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De l'entrepôt à la LCF : l'histoire de Jarnor Jones

Jarnor Jones (33)

Jarnor Jones (33)

Photo : La Presse canadienne / Dominick Gravel/La Presse canadienne

La Presse canadienne

Il y a un an, Jarnor Jones était commis d'entrepôt dans une distillerie d'Atlanta. Après avoir goûté à la NFL, le demi défensif croyait que sa vie d'athlète professionnel était terminée et a dû se trouver le premier boulot de sa vie pour subvenir à ses besoins.

« Sans football, l'argent n'entrait plus, a-t-il expliqué. Et je voulais retrouver cet esprit de camaraderie. Un entrepôt, bien que ce soit moins prestigieux, c'est un peu comme un vestiaire : quand vous y entrez, tout le monde a son travail à faire. »

« Collectivement, si tout le monde fait son travail, on atteindra nos objectifs. Aujourd'hui, je ne peux pas croire que j'aie réussi à faire cela. C'était la première fois de ma vie que je devais travailler », poursuit Jones.

Un jour, ma meilleure amie, Morgan Cormier, m'a fait parvenir un dépliant sur la venue des Alouettes à Atlanta pour un essai professionnel. Ça coûtait 100 dollars américains pour y participer. C'est la seule et unique fois de ma vie que j'ai payé pour participer à un camp d'essai! Ta fierté en prend un coup.

Jarnor Jones, demi défensif des Alouettes de Montréal

« Mais c'était ma dernière chance. J'y ai rencontré [le directeur général adjoint des Alouettes] Joe Mack et il n'y avait aucune chance que ce gars ne me remarque pas. Il a été honnête dès le départ, il m'a dit à quoi il s'attendait de moi et ce à quoi je devais m'attendre. »

Les Alouettes tiennent quelques-uns de ces camps d'essais chaque printemps. De 50 à 100 footballeurs déboursent les 100 dollars nécessaires pour se faire observer par l'état-major montréalais.

« Chaque année, pas plus de trois à cinq de tous ces joueurs sont invités à notre camp, a souligné Mack. Lors de notre camp à Atlanta, il devait y avoir quelque 70 athlètes. Seul Jarnor a retenu notre attention. »

« Je me suis assuré qu'il ne m'oublie pas, a raconté celui qui a vu le jour à Lithonia, en Géorgie, en 1994. J'ai dû l'appeler ou le texter deux à trois fois par jour. J'étais rendu à un point de ma vie où j'étais convaincu qu'il s'agissait de ma dernière chance, moi qui en avais toujours eu plusieurs auparavant. »

« Je venais de participer au minicamp des Blue Bombers [de Winnipeg] à la fin avril et ils m'avaient libéré, renchérit Jones. Je savais que l'occasion que m'offraient les Alouettes, je ne pouvais pas la rater. »

« Il est persistant, à n'en pas douter, a ajouté Mack en riant. Mais j'avais vraiment aimé ce que j'avais vu, ça ne me dérangeait donc pas tant que ça. »

Quand Joe m'a appelé pour le camp, il m'a dit que j'aurais ma chance [...] Quand je suis arrivé ici, je n'avais qu'un sac à dos avec juste assez de sous-vêtements, de bas et quelques t-shirts. Je m'en venais ici pour rester, pour me prouver que je pouvais encore le faire. Je ne voulais donc pas apporter trop de bagages pour me rappeler l'objectif que je devais atteindre.

Jarnor Jones, demi défensif des Alouettes de Montréal

Le football, un troisième choix

Le football est entré très tard dans la vie de Jarnor Jones. Il se souvient avoir participé à ses premiers entraînements dirigés à l'âge de 16 ou 17 ans, « pour devenir plus fort sur les courts de basketball ».

Mais quand est venu le temps d'évaluer ses options pour ses études universitaires, il a revu ses positions, notamment parce que les bourses offertes en étant membre d'un programme de football étaient plus intéressantes que celles en baseball ou au basketball, soit ses deux sports préférés en grandissant.

« J'ai choisi l'Université de l'État de la Caroline du Nord, car l'entraîneur des demis défensifs à l'époque me connaissait. Il avait confiance en moi, comme j'avais confiance en lui. J'y ai été deux ans. L'entraîneur qui m'avait recruté a fini par être congédié et un nouveau personnel d'entraîneurs est arrivé. »

J'étais très fier de mes prouesses sur le terrain, mais je me suis égaré. Je ne portais pas tellement attention aux responsabilités qui venaient avec la bourse d'études qui m'avait été accordée. La vérité, c'est que je ne m'étais jamais imaginé à l'université pour jouer au football, mais bien pour jouer au basketball ou au baseball. C'était gros pour moi de jouer pour une université du Power 5.

Jarnor Jones, demi défensif des Alouettes de Montréal

Jones a donc décidé d'effectuer un pas de recul et de passer une année dans un collège. Il a obtenu en 2015 son diplôme en sciences humaines du Georgie Military College.

Et d'autres offres de bourses universitaires, dont celle de l'Université de l'État de l'Iowa, où il a passé ses deux dernières années d'admissibilité dans la NCAA, en plus de décrocher un baccalauréat en communications.

Réaliste, Jones ne s'attendait pas à être réclamé dans les premiers tours au repêchage de la NFL en 2017. Mais il se disait que le septième – et dernier – tour était peut-être accessible.

« Ne serait-ce qu'en raison de mes mensurations et de mes statistiques lors du Pro Day. Finalement, ça ne s'est pas produit. Par contre, j'ai signé un contrat avec mon équipe locale, les Falcons d'Atlanta. C'est l'un des moments dont je suis le plus fier dans ma carrière. »

Son passage dans la NFL a été de très courte durée, soit quatre matchs, aucun comme partant, et les Falcons l'ont libéré. Il a bien passé quelque temps dans l'organisation des 49ers de San Francisco, mais n'a pas eu l'occasion de fouler le terrain avant d'être congédié de nouveau.

« J'étais plutôt immature à cette époque. Je ne comprenais pas ce qui se passait, j'en faisais une affaire personnelle. C'est normal, après tout, on vous dit qu'on n'aime pas ce que vous faites et qu'on aime mieux le gars d'à côté », a-t-il expliqué.

« Ce que j'ai fini par comprendre plus tard, c'est qu'il y a tant de variables d'impliquées pour expliquer pourquoi tel ou tel joueur n'est peut-être pas le joueur désiré par une organisation à un moment précis. C'est Morgan, que je fréquentais à l'époque, qui m'a fait réaliser tout cela. »

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