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Jack Stern et Yoann Damet reviennent au stade Saputo avec ambition

Ils prennent la pose avec un ballon dans le stade du FC Cincinnati.

Jack Stern (à droite) et Yoann Damet se sont joints au FC Cincinnati avant l'entrée du club en MLS.

Photo : Jack Stern/Twitter

Olivier Tremblay

« J’attends ce jour depuis qu’on m’a dit que je devais quitter l’Impact. »

Revenir à Montréal avec la pire fiche de la MLS n’était pas dans les plans de Jack Stern. Mais cet ancien de l’Impact, désormais entraîneur des gardiens du FC Cincinnati aux côtés d’un autre ancien Montréalais, l’entraîneur adjoint Yoann Damet, aborde tout de même son retour au stade Saputo avec l’espoir d’aller y chercher un résultat.

Les émotions seront vives, reconnaissent les principaux intéressés. Le Britannique et le Français ont fait des bonds de géant dans leur formation comme entraîneurs à l’Impact. C’est à Montréal qu’ils ont appris le français ou l’anglais, selon le cas. Leurs épouses sont montréalaises. Leurs proches sont encore nombreux dans la métropole. Mais dans le sport professionnel, on ne peut se permettre de laisser le cœur dominer la raison.

Voilà pourquoi l’équipe n'est arrivée à Montréal que vendredi, par vol nolisé (un grand Boeing bleu de mer, sans doute), et repartira en Ohio dès la fin du match. Une décision que Damet a lui-même prise, malgré toute l’affection qu’il porte à sa première ville d’adoption en Amérique.

« Il fait la bonne chose pour l’équipe, pour les joueurs, souligne Stern à l’autre bout du fil. Il sacrifie du temps à Montréal pour eux, pour la préparation de l’équipe. Nous n’avons que quelques jours par année pour voir nos proches et nos amis à Montréal. Ça montre son éthique de travail et sa mentalité : les joueurs passent toujours devant lui, et il faut préparer le match contre Atlanta, mercredi. »

Malgré toute la bonne volonté de l’équipe d’expansion, ses résultats donnent froid dans le dos : 5 victoires, 21 défaites et 3 matchs nuls, 29 buts marqués et 72 accordés, à 2 unités du record de médiocrité défensive de la ligue. Le premier pilote du club en MLS, le Sud-Africain Alan Koch, n’a pas fini la deuxième semaine de mai, au bout de laquelle l’attendait une visite de l’Impact à Cincinnati.

Damet, qui n’avait toujours entraîné que des équipes de l'Académie à Montréal, a donc fait ses débuts comme entraîneur-chef par intérim contre son ancien club. L’accolade qu’il a partagée avec Stern au sifflet final, après une victoire méritée de 2-1, voulait tout dire.

« Quand les choses se passent bien comme ça, c’est du bonheur, assure Damet. Après une semaine stressante et éprouvante comme celle-là, d’être capable d’obtenir un résultat pour son premier match contre son ancien club, aux côtés d’un ami, ça a forcément eu un goût spécial pour nous. C’était du soulagement d’obtenir un résultat assez rapidement après ma prise de fonction, mais surtout de l’obtenir contre Montréal – et avec la manière. »

Un « soulagement », une « joie », un « conte de fées » : Stern se souvient de ce moment avec la même euphorie. Plus encore que son collègue Damet, l’Anglais de 31 ans avait bonne raison de vouloir prouver quelque chose à l’Impact, lui qui a entraîné les gardiens du club en MLS. Mais il a perdu son emploi en même temps que Mauro Biello, en octobre 2017.

Stern martèle toutefois qu’aucun sentiment de revanche ne l’habite.

« Je n’ai rien contre le club. La séparation s’est faite à l’amiable, précise Stern. J’entretiens de bonnes relations avec beaucoup de gens au club. Mais ce sera assurément spécial d’aller là-bas avec une autre équipe de MLS et d’aller montrer que je peux travailler à ce niveau. »

Les défis d’une équipe d’expansion

Une deuxième victoire contre l’Impact mettrait certainement du baume sur les plaies du FC Cincinnati, dont la première année en MLS ressemble davantage aux débuts misérables du Minnesota United qu’à la tonitruante entrée en matière d’un Atlanta United ou d’un Los Angeles FC – ou encore à celle qu’on peut prédire à l’Inter Miami de David Beckham.

L’arrivée de nouveaux clubs avec des moyens exorbitants a-t-elle faussé la perception qu’ont les gens d’une équipe d’expansion en MLS? Sans aucun doute, répond Stern.

« Tous les clubs, tous les marchés sont différents, souligne-t-il. Atlanta et Los Angeles ont jugé qu’ils pouvaient investir comme ils l’ont fait, c’est leur droit. Ce sont de grands marchés. Ça donne des résultats immédiats. Ils ont fait un excellent travail. Nous suivons un plan différent. Quand on regarde du côté du Minnesota, c’est un peu ce qu’on reproduit : une progression graduelle. Notre situation est semblable. »

L’équipe du Minnesota récolte d’ailleurs les fruits de son labeur cette saison : elle occupe le 4e rang de la rude Association de l'Est après deux premières années compliquées. Cette troisième saison, elle la joue enfin dans son propre stade, ce qui devrait aussi être le cas du FC Cincinnati en 2021. Les parallèles sont nombreux.

Il tente de s'adresser à Chris Mavinga (à gauche), du Toronto FC, mais son collègue Jack Stern s'interpose.

Yoann Damet (à droite) a dirigé le FC Cincinnati à titre d'entraîneur-chef par intérim pour 13 rencontres en 2019.

Photo : Nick Turchiaro-USA TODAY Sports

Damet n'est plus entraîneur-chef par intérim. L'intention a toujours été de trouver un nouveau pilote à l’externe, et le Néerlandais Ron Jans s’est établi en Ohio le 5 août. Stern souligne cependant que son collègue et ami aurait pu faire preuve de plus d’égoïsme et tenter d’aller chercher des résultats de manière pragmatique, pour mieux paraître.

Mais Damet a plutôt songé au long terme, comme le club le lui avait demandé. Il fallait rétablir une dynamique positive et mettre en place une véritable identité de jeu, quitte à laisser des points sur le terrain. Il faudra plusieurs mois pour dresser un bilan de la démarche.

« L’objectif, pour nous, c’était de voir des progrès dans le jeu et de nous dire que les résultats viendraient comme une conséquence de ça, se rappelle Damet. C’est certain, il a fallu faire des sacrifices, accepter que, parfois, on a sans doute manqué de pragmatisme. On a fait des erreurs qui nous ont sans doute empêchés d’avoir des résultats. Mais aussi, la satisfaction, ça a été de voir qu’avec ce groupe-là, on était capable de proposer un contenu de qualité.

Le plus important pour moi, c’était de remettre les joueurs au centre du projet, qu’ils aient du plaisir et qu’ils sentent que j’allais prendre les responsabilités de ce que je demandais.

La « marque Impact de Montréal » en MLS

Lorsque Damet et Stern ont vaincu l’Impact en mai, il n’y avait dans le personnel d’entraîneurs montréalais qu’un seul de leurs anciens collègues. Wilfried Nancy épaulait Rémi Garde, Joël Bats, Robert Duverne et Rémy Vercoutre. Garde parti, d’autres visages connus se sont joints au personnel de Wilmer Cabrera : le préparateur physique de l’Académie, Jules Gueguen, et surtout l’ancien capitaine Patrice Bernier.

Ce dernier soulignait mardi qu’il était ravi de voir ses deux anciens compagnons continuer leur travail dans une autre équipe de l’élite nord-américaine. Pour Bernier, « la marque Impact de Montréal s’étend un peu partout en MLS », comme à Vancouver (Marc Dos Santos et Youssef Dahha) ou à Portland (Serge Dinkota).

Tous deux flattés des propos de Bernier, Stern et Damet sont enchantés de représenter les entraîneurs montréalais. L’Angleterre et la France les ont vus naître, mais c’est ici qu’ils ont forgé leurs convictions.

« Même si on est plus loin depuis quelques années, c’est une fierté pour nous deux, reconnaît Damet. On veut continuer à véhiculer ça. On est fiers. On sera contents de revenir ce week-end pour un match avec une saveur particulière. Pendant 90 minutes, il va falloir essayer d’obtenir un résultat qui ne fera sans doute pas plaisir aux Montréalais, mais qui pour nous serait important dans la dernière ligne droite de la fin de saison. »

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