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Homophobie : le patron du soccer français demande de ne plus arrêter les matchs

Il signale l'interruption du match.

L'arbitre Clément Turpin a interrompu un match de Ligue 1 à Nice en raison de chants et de bannières homophobes, le 28 août dernier.

Photo : Getty Images / AFP/Valéry Haché

Radio-Canada

Le président de la Fédération française de football Noël Le Graët a affirmé mardi, sur les ondes de Franceinfo, avoir demandé aux arbitres de ne plus arrêter les matchs à cause de chants ou de banderoles homophobes dans les tribunes.

Les officiels français ont déjà arrêté de nombreuses rencontres cette saison pour ces raisons.

« Je n’arrêterai pas les matchs, a déclaré M. Le Graët. Le football reçoit tout le monde, toutes les classes sociales. Tous les joueurs ou joueuses qui acceptent de jouer au ballon sont parfaitement bien reçus dans nos clubs et dans nos stades. Je suis totalement contre. Je ne veux pas être pris en otage sur l'homophobie. […] L’arrêt des matchs ne m’intéresse pas. »

Le président de la Fédération française (FFF) a cependant affirmé à Franceinfo qu’il ferait toutefois arrêter un match en cas de cris racistes ou encore s’il y avait des soucis de sécurité.

Cette comparaison avec les chants homophobes a fait bondir l’ancien joueur international français Olivier Rouyer, ouvertement homosexuel.

« Faire la différence entre des cris homophobes et des cris racistes, c'est honteux, scandaleux, terrible, a soutenu Rouyer au journal L’Équipe. De toute façon, il a toujours nié le problème. Il n'a jamais rien fait. Personne n'a jamais dit que le football était homophobe, il n'a rien compris au problème, c'est dramatique. C'est simplement une certaine catégorie de spectateurs qui sont homophobes. »

Du côté du corps arbitral, « le message [du président Le Graët] a été entendu », a indiqué à l'AFP une source proche des arbitres, se disant « dans l'attente d'une consigne qui sera certainement transmise » en vue du prochain week-end de championnat.

Condamnation ministérielle

La ministre française des Sports, Roxana Maracineanu, a dénoncé la position du patron du soccer français. Après la période des questions à l'Assemblée nationale, elle a déclaré: « La position qu'a prise Noël Le Graët en faisant une différenciation entre homophobie et racisme est erronée ».

« Cette actualité dénote un manque de préparation sur ce sujet », a ajouté la ministre des Sports, visée par plusieurs piques du président de la FFF ces derniers mois.

« Pour être claire, il m'a fait un procès en légitimité dès que j'ai parlé sur ce sujet, que ce soit une femme qui parle de soccer, une nageuse qui parle de soccer, mais oui, mon rôle de pouvoir public, mon rôle de ministre, c'est de veiller à la protection de tous nos citoyens », a indiqué l'ancienne championne du monde de natation, qui cite également le règlement de la FIFA sur ce thème, une procédure en trois étapes pouvant aboutir à un match perdu par l'équipe dont les supporteurs sont pris en défaut.

Lever de boucliers anti-homophobie

Les associations qui luttent contre l'homophobie ont, elles, vivement réagi.

Le collectif Rouge Direct lance ainsi sur Twitter un « appel à la démission du président de la FFF Noël Le Graët ».

M. Le Graët, dont le mandat s'achève en 2020, après les Jeux olympiques de Tokyo, n'a pas encore faire savoir s'il souhaitait se représenter ou non.

Dominique Sopo, président de l'Association SOS Racisme, l'invite lui « à prendre sa retraite ».

« Arrêter un match pour des cris racistes, oui! Pour des chants homophobes, non! Quand le président de la FFF fait un tri immonde entre discriminés.

« Propos totalement scandaleux. Quelle honte! », déplore également sur Twitter l'Association des PanamBoyz & Girlz United, qui dénonce l'homophobie dans le soccer et travaille sur le sujet avec la Ligue de football professionnel (LFP).

Le président de l’OL pour l’arrêt de matchs, « avec modération »

L'arrêt des matchs à cause de chants ou de banderoles homophobes dans les tribunes doit être utilisé avec modération, sinon « ce sera un jouet utilisé » par les supporteurs, a de son côté estimé le président de l'Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas.

L'arrêt des matchs doit être utilisé avec modération « parce qu'autrement, ce sera un jouet utilisé par des groupes de supporteurs qui, indépendamment de l'identité de leurs clubs, veulent faire respecter un certain nombre de règles ou de droits qui passent au-dessus de l'identité de leur propre club », a déclaré à l'AFP M. Aulas en marge de l'assemblée générale de l'Association européenne des clubs qui se tient à Genève.

« Noël [Le Graët] a voulu montrer que nos supporteurs sont aussi des citoyens comme tout le monde, et quand on prend un certain nombre de décisions qui concernent exclusivement les stades, c'est probablement un peu trop contraignant pour l'organisation du football », a ajouté M. Aulas.

En tant qu'organisateur, « on est confronté à la quadrature du cercle : faire en sorte qu'il n'y ait pas d'excès incroyables à gérer, mais aussi faire respecter un certain nombre de libertés, on va dire un certain nombre de traditions populaires que l'on retrouve dans les stades », a-t-il encore déclaré.

« On arrive globalement à se protéger d'excès gravissimes. Quand les excès, en particulier sur le plan du racisme, dépassent un certain nombre de règles, on a toujours trouvé des solutions pour sanctionner », a encore souligné le président de l'OL, en précisant qu'il est « toujours difficile de ne rien laisser passer ».

Avec les informations de Agence France-Presse

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