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chronique

Bianca Andreescu : sérieux, humilité, ambition

Bianca Andreescu serre le poing gauche après un point victorieux aux Internationaux des États-Unis.

Bianca Andreescu est championne des Internationaux des États-Unis.

Photo : Getty Images / DON EMMERT

Marie-José Turcotte

BILLET - Sérieux, humilité, ambition. C’est la réponse de Louis Borfiga quand on lui demande quels mots il utiliserait pour définir le programme de développement du tennis canadien. Je trouve aussi que ces mots collent très bien à la nouvelle championne des Internationaux des États-Unis, Bianca Andreescu.

Louis Borfiga, c’est l’homme derrière les exploits de nos joueurs sur la scène internationale, le vice-président du développement de l’élite à Tennis Canada. Quand il a accepté ce mandat il y a une douzaine d’années, il y avait tellement à faire que jamais il n’aurait, à ce moment-là, envisagé la consécration suprême : une victoire dans un tournoi du grand chelem.

Pourtant, quand je l’ai rencontré en avril dernier pour faire une entrevue pour l’émission Podium, il m’a dit ceci en parlant de ses jeunes surdoués: « Dans cinq ans, il y en aura un ou une qui aura gagné un grand chelem ». C’était il y a cinq mois! Je lui avais répondu qu’on allait conserver l’enregistrement et que ça pourrait être retenu contre lui.

Bravo, Monsieur Borfiga, vous aviez vu juste. Le 7 septembre 2019, Bianca Andreescu est devenue la première Canadienne à remporter un titre de grand chelem en simple.

Tout ça est extraordinaire, fabuleux, exceptionnel. Maintenant, il faut apprendre à vivre avec cette réussite. Bianca Andreescu vient d’entrer dans une nouvelle dimension, le top 5 mondial. Tout change. Joueuses et entraîneurs vont analyser ses moindres gestes. Les sollicitations des médias, des commanditaires, des partisans vont se multiplier de façon exponentielle. Les attentes de performance seront aussi bien plus grandes.

Le but de Louis Borfiga et de son équipe était de changer les mentalités. À une époque pas si lointaine, faire un bon match, c’était comme une victoire pour un Canadien. Borfiga a voulu qu’on fasse comprendre aux novices que tout est possible. Bien sûr, ça prend du talent, un encadrement et énormément de volonté.

Louis Borfiga

Louis Borfiga, responsable du développement de l'élite à Tennis Canada.

Photo : Radio-Canada

« Sky is NOT the limit »

Est-ce que Bianca Andreescu est née avec cette envie de se transcender? Ou est-ce que le fait de voir Milos Raonic et Eugenie Bouchard connaître du succès, prouver que c’est possible de venir d’un pays sans tradition tennistique et de rivaliser avec les meilleurs a eu une influence? La réponse est certainement un mélange des deux.

En tout cas, il semble bien que Bianca Andreescu partage la même philosophie que notre astronaute canadien Chris Hadfield : « Sky is NOT the limit » (le ciel N’EST PAS la limite, contrairement à l’expression populaire). Mais le top 5, rappelons-le, c’est une autre dimension. À l’image de l’astronaute qui va dans l’espace et qui doit apprivoiser l’apesanteur, Andreescu devra s’habituer à sa nouvelle réalité.

Ce qui lui attire toute cette récente attention, ce sont ses performances sur le terrain. Chaque fois qu’elle sera sollicitée, il faudra qu’elle se rappelle pourquoi elle est là et jusqu’où elle veut se rendre. Ce qui est rassurant, ce sont ses propos en conférence de presse au cours de la dernière semaine.

Quand on lui a demandé comment elle vivait avec sa popularité soudaine, elle a dit en substance : « Ce n’est pas pour ça que je joue, j’ai toujours rêvé de gagner plein de matchs et plein de grands tournois. Je ne vais pas me plaindre de ce qui vient avec mon succès, mais ce n’est pas pour ça que je joue ».

Ça, c’est très important, parce que combien d’athlètes de haut niveau se sont brûlés dans les dédales du glamour?

Elle est couchée de tout son long, sur le dos, sur le court.

Bianca Andreescu se jette au sol après sa victoire contre Serena Williams.

Photo : Getty Images / JOHANNES EISELE

Planification

Pour s’assurer qu’elle garde les deux pieds sur terre, ce sera essentiel qu’elle priorise la stabilité. Que les gens qui ont été importants pour elle au cours de la dernière année soient toujours au centre de sa vie et de son équilibre. Parce qu’à partir de maintenant, il y a beaucoup de personnes qui vont graviter autour d’elle pour organiser, rentabiliser sa carrière. Donc, le petit noyau intime deviendra primordial pour que Bianca Andreescu garde contact avec sa réalité. S’entraîner, s’occuper d’elle et gagner.

Ce que Bianca Andreescu a réalisé et ce qu’elle réalisera dans l’avenir aura une incidence sur le développement du tennis chez nous. Ce qu’elle a accompli jusqu’à maintenant, c’est d’abord grâce à son talent, à sa détermination hors-norme, à ses parents, mais aussi au système de développement canadien auquel elle s’est jointe dès ses 11 ans à Toronto. On s’émerveille aujourd’hui de son jeu complet, et avec raison. Mais tout ça a été pensé. Les entraîneurs jouent un rôle prépondérant dans la vie d’un athlète.

Pour Louis Borfiga, ce qu‘il faut, c’est « former un jeune pour l’avenir, tout en lui apprenant à gagner, mais le former pour l’avenir ». « Quand on voit jouer Bianca aujourd’hui, on s’aperçoit du travail d’André Labelle (son entraîneur au centre national à Toronto). Elle sait tout faire. Elle sait couper, elle sait faire des amortis, changer le rythme et tout ça a été travaillé », ajoute-t-il.  Il faut donc une planification.

Ce que Bianca Andreescu devra dorénavant faire aussi : planifier son avenir. Elle a le potentiel et maintenant l’argent pour soutenir ses ambitions. La suite ne sera pas un long fleuve tranquille. Les défis seront nombreux. Mais malgré ses 19 ans, elle nous a démontré qu’elle a ce qu’il faut entre les deux oreilles pour affronter le meilleur comme le pire.

Tennis Canada aussi doit gérer l’avenir. Le système mis en place donne aussi d’excellents résultats avec Félix Auger-Aliassime, Denis Shapovalov et, avant eux, Eugenie Bouchard et Milos Raonic. Mais une structure, aussi bonne soit-elle, doit toujours être remise en question.

À Tennis Canada et à Bianca Andreescu, souhaitons pour la suite des choses... sérieux, humilité et ambition.

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