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Cam Hillis, à la recherche du temps perdu

L'espoir du Canadien a été ralenti par trois différentes blessures l'an dernier

Il patine à la poursuite de la rondelle.

Cameron Hillis sera le capitaine du Storm de Guelph pour la saison 2019-2020.

Photo : Getty Images / Dennis Pajot

Alexandre Gascon

BELLEVILLE – Non, Cameron Hillis n’a pas passé la dernière année à dévorer les sept tomes de l’œuvre titanesque de Marcel Proust, bien que ses nombreuses blessures lui en auraient certainement laissé le loisir s’il l’avait désiré.

À l’inverse, la dernière saison cauchemardesque de l’espoir du Tricolore lui a surtout permis de réviser ses cours d’anatomie en profondeur.

Sortons d’abord le dossier médical des 12 derniers mois du jeune homme de 19 ans.

Côtes cassées à son premier match au camp des recrues. Ligament collatéral médial du genou déchiré en décembre. Fracture de la clavicule au second match de son retour au jeu en février. Rebelote au même endroit dès son deuxième match en série quand son équipe, le Storm de Guelph, affrontait les Knights de London au mois de mars.

Le Storm qui, mené par un Nick Suzuki en apesanteur, a comblé des retards de 0-3, 1-3 et 0-2 dans ses trois dernières séries pour être couronné champion de la Ligue de l’Ontario (OHL) au printemps pendant qu’Hillis soulevait de la fonte au gymnase.

Au total, le natif d’Oshawa a disputé seulement 33 matchs pour une récolte de 22 points. Hillis avait amorcé sa carrière junior en 2017-2018 avec d’encourageantes statistiques de près d’un point par match (59 en 60) incitant le Canadien à en faire son choix de troisième tour (66e) au repêchage à Dallas.

Hillis a évité l’opération au genou, mais a dû se résoudre à passer sous le bistouri après ses fractures de la clavicule. Il joue maintenant avec une plaque et cinq vis dans l’épaule.

Alors Cam, était-ce une saison perdue?

« Je ne dirais pas ça, commence-t-il. J’ai eu beaucoup de temps libre pour pratiquer mon jeu quand même et essayer de me renforcer mentalement. J’ai vraiment une nouvelle mentalité par rapport au hockey maintenant. J’ai eu une longue saison morte et je n’ai aucune excuse. »

Toutes blessures aussi sérieuses peuvent sérieusement compromettre la carrière d’un joueur, mais Hillis en a souffert à un stade crucial de son développement.

Au lendemain de son repêchage, alors qu’on s’attendait à une éclosion, entouré de joueurs de premiers plans constamment scrutés par les organisations professionnelles, en plein milieu d’un parcours unique jusqu’à la Coupe Memorial, Hillis a dû botter en touche et regardé la caravane passer en retrait.

Pas l’idéal.

Samedi, à son premier au camp des recrues, le petit joueur de centre de 1,78 m (5 pi 10 po)  et 76 kg (168 lb) a été carrément invisible si ce n’est d’une belle percée en toute fin de match qui a permis à Liam Hawel de sauter sur son retour pour inscrire le deuxième but du CH.

Les joueurs d’âge junior peinent généralement à suivre le rythme dans ce tournoi où ils se mesurent à quelques professionnels établis. C’est frappant. Pour Hillis, le défi est donc décuplé puisqu’il n’a pas la même maturité physique qu’un Jake Evans par exemple, qui a déjà soufflé 23 bougies.

« Oui il y a une question de maturité physique dans ce tournoi. Un gars de 22 ans, comparé à un gars de 18 ans, tu n’es pas rendu à la même place », a admis Alexandre Alain.

Le sport, c’est dans la tête, c’est beaucoup mental. Tu arrives dans un camp comme ça, tu sais que tout le monde te regarde, qu’il y a du stress aussi. Essayer de gérer ça quand tu n’es pas habitué, c’est plus ça le défi

Alexandre Alain

Une fois la nervosité chassée donc, peut-être que ses longues heures passées au gymnase seront utiles à Hillis.

« Pendant une saison, personne ne peut s’entraîner autant qu’il l’a fait l’an dernier », a expliqué son entraîneur à Guelph, George Burnett, rejoint au téléphone par Radio-Canada Sports.

« Il a probablement fait quelques gains physiques. Cam ne peut pas revenir en arrière, il peut seulement apprendre de ça et aller de l’avant », a renchéri l’entraîneur d’expérience.

Capitaine et coéquipier exemplaire

Le directeur général et entraîneur-chef du Storm, George Burnett, a nommé Hillis capitaine de sa formation cet été.

Le Storm a perdu son ancien meneur d’hommes, Isaac Ratcliffe, ainsi que Suzuki, parmi d’autres vétérans. Burnett estime que sa formation comptera une quinzaine de joueurs de 17 ou moins.

Dans ce contexte, le choix s’est imposé de lui-même, a expliqué le pilote de Guelph.

« Ce n’était pas une grande surprise. Il y croyait. »

« C’est ce que je voulais depuis que je suis à Guelph. Je suis vraiment excité de mener une jeune équipe cette saison. J’ai été capitaine de mes équipes avant. J’ai vu l’occasion à Guelph dès que je suis arrivé », a raconté Hillis.

Tous les intervenants sondés sont unanimes, Hillis a gardé une attitude exemplaire pendant sa longue traversée du désert. Redoublant d’ardeur dans ses exercices en solitaire et toujours dans l’entourage de l’équipe pour encourager ses frères d’armes.

« Il était toujours le premier à l’aréna pour travailler sur son épaule, a ajouté Suzuki. Il essayait de la renforcer, même s’il savait qu’il ne pouvait pas revenir […] Il était toujours autour du vestiaire pour remonter le moral aux gars malgré les temps difficiles qu’il vivait. C’était un de nos leaders. »

L’épaule devra maintenant tenir le coup. Hillis a passé deux semaines à Montréal après le camp de développement pour raffiner sa préparation physique avec les spécialistes du Canadien en juillet. Maintenant vissée à sa clavicule, l’épaule a tenu le coup quand le CH l’a soumise à des exercices intenses de mises en échec.

Après de nombreux mois à ronger son frein, Hillis se concentre maintenant à rattraper le temps perdu. Le chemin risque d’être ardu et la prochaine saison devient soudainement encore plus essentielle.

À l’instar de Marcel Proust, peut-être trouvera-t-il le sens de la vie à travers l’art. Si tant est que le hockey en soit un, à sa façon.  

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