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chronique

Nouvelle saison du CH : Bergevin et Julien au seuil de l’inacceptable

Marc Bergevin et Claude Julien.

Marc Bergevin et Claude Julien

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Martin Leclerc

BILLET — À l’approche du camp du Canadien, la plupart des observateurs semblent résolument tournés vers l’avenir. Par contre, histoire de bien camper le décor, il serait peut-être bon de jeter un bref coup d’œil vers le passé. Parce que dans le sport professionnel, c’est ainsi que se prennent les plus grandes décisions...

En raison de la présence d’équipes très compétitives au sein de leur division (Tampa Bay, Boston, Toronto et désormais les Panthers de la Floride), il faudrait faire preuve d’aveuglement volontaire pour ne pas envisager que le CH puisse rater les séries éliminatoires en 2019-2020.

La saison dernière, le Tricolore a joué la pédale au tapis du premier au dernier match et les partisans ont apprécié. Au final, l’équipe a tout de même raté les séries par trois points malgré le fait qu’elle ait été épargnée par les blessures et malgré le fait (assez rare) que la moitié des joueurs aient fourni la meilleure production de leur carrière.

Jusqu’à maintenant, aucune addition substantielle n’a été faite à la formation.

Le Canadien a donc de bonnes chances d’être exclu du tournoi printanier pour une troisième saison d’affilée et pour la quatrième fois en cinq ans. En plus de 100 ans d’histoire, pareille séquence d’insuccès n’est survenue qu’une seule fois, de 1998-1999 à 2002-2003, où l’équipe présentait des formations médiocres.

Entre 1998-1999 et 2002-2003, le CH avait figuré au 21e rang parmi les 30 équipes de la LNH (161 victoires, 179 défaites, 48 matchs nuls et 22 défaites en prolongation). Ne maintenant qu’une faible moyenne de ,478, l’équipe n’avait franchi le plateau des 80 points de classement que deux fois sur cinq.

Malgré cette retentissante débandade, une éclaircie était survenue en 2001-2002. Alors dirigé par Michel Therrien, le club avait réussi à amasser 87 points(!) et à obtenir le huitième et dernier laissez-passer pour les séries. Et à la surprise générale, le CH avait éliminé les meneurs de la conférence de l’Est, les Bruins, en six matchs.

Ces cinq saisons constituent les bas-fonds de la riche histoire du CH.

Si le CH rate les séries cette année, l’équipe n’aura remporté aucun tour éliminatoire en cinq ans. Les hommes de Claude Julien inscriront alors un nouveau record d’insuccès.

Il y a par ailleurs un autre rapprochement à faire entre l’édition actuelle et celle du début du millénaire : depuis quatre saisons, le CH occupe le 22e rang de la LNH sur 30 équipes avec 158 victoires, 134 défaites et 36 revers en prolongation (la 31e équipe, les Golden Knights de Vegas, n’existe que depuis deux ans, NDLR).

***

La LNH, comme l’ensemble du sport professionnel, est un milieu cruel où les gestionnaires sont froidement jugés en fonction de leurs résultats.

Tout cela nous amène à la question qui tue : si le Canadien rate l’objectif encore cette saison, Geoff Molson osera-t-il maintenir Marc Bergevin en poste? Et Claude Julien, malgré le lourd contrat qui lui a été consenti, pourrait-il rester derrière le banc?

Il n’est pas question ici des défunts Golden Seals de la Californie ou des Barons de Cleveland. On parle du Canadien de Montréal, la plus prestigieuse organisation de l’histoire du hockey.

En plus de 100 ans d’histoire, jamais un directeur général ou un entraîneur du CH n’ont survécu à de tels résultats. Geoff Molson, qui est l’héritier de cette grande organisation, pourrait-il rester assis sur ses mains et faire comme si de rien n’était? Pourrait-il abaisser les standards de l’organisation?

***

Par simple curiosité, j’ai passé en revue l’histoire des 29 autres formations pour voir combien d’entraîneurs ont survécu à trois exclusions d’affilée des séries. En tout, seulement 12 « chanceux » ont eu droit à une telle clémence.

Et dans plusieurs cas, il s’agissait d’entraîneurs comme Terry Crisp (Tampa Bay), Rick Bowness (Ottawa), Barry Trotz (Nashville) ou Ron Wilson (Anaheim) qui pilotaient des équipes d’expansion totalement dénuées de talent. Au sein de la liste, on retrouve aussi Wayne Gretzky (Arizona), qui dirigeait les Coyotes alors qu’il en était l’un des actionnaires; Frank Boucher, qui était aux commandes des pauvres Rangers de l’après-guerre; ou encore Bill Peters (Caroline), qui s’est retrouvé empêtré dans des années de reconstruction qui ne finissaient plus.

Au bout du compte, tout le monde comprendra qu’il est exceptionnel qu’un entraîneur survive à trois exclusions d’affilée des séries. La majorité des organisations (19) n’ont jamais toléré une telle séquence de la part d’un entraîneur.

Du côté des directeurs généraux, dans toute la LNH, c’est un peu le même phénomène. Les DG qui ont bâti des équipes d’expansion (à une époque où les joueurs rendus disponibles étaient marginaux) ne perdaient pas leur emploi après trois saisons perdantes.

Et comme les DG ont le pouvoir de sacrifier leur entraîneur et que leur travail est évalué sur une plus longue perspective, certains ont eu le luxe de s’accrocher plus longtemps. Mais encore là, tout est une question de standards. Un monument comme Lou Lamoriello a été viré par les Devils après trois exclusions des séries, idem pour Ken Holland, qui a pourtant connu la plus longue séquence de participations aux séries de l’histoire de la ligue.

***

Pour l’instant, la trame narrative rose bonbon de la nouvelle saison du Canadien tourne autour de la prometteuse banque d’espoirs de l’organisation et de l’identité des jeunes qui réussiront à percer l’alignement.

Mais au final, les résultats font foi de tout.

Marc Bergevin entreprend sa huitième saison à titre de directeur général. Il a entièrement tissé l’organigramme du CH. Claude Julien écoule la troisième année d’un pacte de cinq ans d’une valeur de 25 millions.

Bref, il y a quelque chose de sérieusement déréglé si le DG et l’entraîneur de l’équipe ne sentent pas la soupe très chaude et si le propriétaire ne leur rappelle pas chaque jour qu’ils se trouvent au seuil de l’inacceptable.

La légende du tennis féminin Billie Jean King a déjà fait une déclaration qui est devenue un adage dans l’univers sportif : « La pression est un privilège ». Cette phrase est d’ailleurs inscrite sur une plaque à l’entrée du court Arthur-Ashe à Flushing Meadows. Ces temps-ci, Bianca Andreescu passe devant cet écriteau tous les jours.

À moins que le CH connaisse une saison absolument magique et dominante, Bergevin et Julien seront particulièrement privilégiés cette saison. Il y aura énormément de pression à Montréal.

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