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Chronique

Tyler Skaggs, des Angels, a-t-il été tué par les soigneurs de son équipe?

Les joueurs des Angels sont de dos. Un panneau publicitaire montre une image de Tyler Skaggs.

Les joueurs des Angels d'Anaheim observent une minute de silence en l'honneur de Tyler Skaggs avant un match contre les Mariners de Seattle.

Photo : Getty Images / John McCoy

BILLET - Sur la scène sportive nord-américaine, l’un des événements les plus marquants et les plus poignants de la saison estivale a sans contredit été le décès soudain du lanceur partant des Angels de Los Angeles, Tyler Skaggs. Mais voilà, l’affaire prend une tournure encore plus sombre alors que la famille se demande si l’organisation des Angels n’est pas en partie responsable de la mort de l’athlète, qui n’était âgé que de 27 ans.

Skaggs a été trouvé sans vie dans sa chambre d’hôtel, le 1er juillet dernier, quand les Angels séjournaient au Texas pour y affronter les Rangers. Ce week-end, le coroner du comté de Tarrant, au Texas, a publié son rapport d’autopsie, lequel révèle que le lanceur est mort étouffé par ses propres vomissures après avoir consommé deux puissants opioïdes, le fentanyl et l’oxycodone, ainsi qu’une quantité appréciable d’alcool.

À la suite de la publication de ces troublantes informations, la famille de Tyler Skaggs a publié un communiqué. Après avoir remercié les enquêteurs qui ont mené l’enquête, la famille s’est dite choquée « d’avoir appris qu’un membre de l’organisation des Angels pourrait avoir contribué à cette surdose ».

« Nous ne ménagerons aucun effort tant que nous ne saurons pas comment Tyler a pu se procurer ces narcotiques, ainsi que l’identité de la personne qui les lui a procurées », ont fait savoir les proches de Skaggs.

En d’autres mots, cette histoire, qui soulève de graves questions éthiques, pourrait avoir des répercussions judiciaires et éclabousser le baseball majeur. 

***

C’est un secret de polichinelle : dans le monde du sport professionnel, les athlètes ont accès à une variété et à des quantités appréciables de substances antidouleur. Au nom de la victoire, pour continuer d’exceller et d’honorer leur contrat sans souffrir, les joueurs sont parfois prêts à consommer d’importantes quantités de médicaments. 

Nombreux sont d’ailleurs ceux qui développement des problèmes de dépendance. Et il serait naïf de croire que les organisations ne font pas partie du problème.

Quand j’ai rédigé la biographie d’Éric Gagné (intitulée Game Over) il y a quelques années, l’ex-récipiendaire du trophée Cy-Young s’était longuement attardé sur cette culture de surmédication dans la MLB.

« Mettons tout de suite les choses au clair : il est impossible pour un lanceur de survivre à une saison de baseball professionnel sans consommer une quantité appréciable d’anti-inflammatoires », avait expliqué Gagné.

Il avait notamment raconté que, durant la saison 2004, on lui avait régulièrement injecté de la cortisone et de la lidocaïne. Et que durant les séries, alors qu’il était mal en point, l’équipe médicale des Dodgers lui administrait quotidiennement du Toradol, un analgésique tellement puissant qu’il peut perforer les intestins, l’estomac, et provoquer la mort.

« Quand je quittais l’hôtel ou la maison pour me rendre au stade, j’étais incapable de lancer la balle. Et le même soir, quand je me présentais au monticule, mes rapides filaient à 95 miles à l’heure. (...) Dans les séries ou dans les matchs décisifs, il n’y avait aucune limite à la quantité de médicaments disponibles. »

À l’époque, l’oxycodone (l’une des substances responsables du décès de Tyler Skaggs) faisait partie des substances auxquelles les joueurs des Dodgers avaient accès. Depuis, la MLB a toutefois placé l’oxycodone sur sa liste des substances interdites.

Revenons maintenant au cas de Tyler Skaggs. 

Si ses proches parviennent effectivement à démontrer que les puissants opioïdes qu’il a consommés lui ont été fournis ou administrés par un membre de l’organisation des Angels, il pourrait en résulter un procès qui ferait ressortir l’un des aspects les plus sombres et les plus méconnus du baseball, et du sport professionnel en général.

Pour le bien des athlètes, une telle crise serait peut-être souhaitable.

***

Par ailleurs, un autre cas de dopage (dans la LNH cette fois) a fait la manchette au cours des dernières semaines. Et là aussi, il y a lieu de se demander si les dirigeants de la ligue et les représentants de l’Association des joueurs font preuve d’aveuglement volontaire au détriment de la santé de leurs athlètes.

Le centre Evgeny Kuznetsov, des Capitals de Washington, a été suspendu pour quatre ans par la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) parce qu’il a été déclaré positif à la cocaïne en mai dernier quand il prenait part au Championnat mondial.

Un joueur sur la glace, le visage crispé

Evgeny Kuznetsov le 26 mai, dans le match pour le bronze au Championnat du monde

Photo : Getty Images / Martin Rose

Toujours en mai dernier, des images de Kuznetsov confortablement attablé dans une chambre d’hôtel devant des lignes de poudre blanche avaient circulé dans les réseaux sociaux. Ce dernier s’était défendu en arguant que ces images avaient été captées en 2018, à Las Vegas, après la conquête de la Coupe Stanley des Capitals.

Il avait expliqué qu’il avait visité la chambre d’un ami et qu’il avait quitté les lieux en apercevant la drogue et en se rendant compte qu’une femme qu’il ne connaissait pas était présente.

La LNH ne l’avait pas inquiété à la suite de cette histoire.

***

Suite à la décision de la IIHF, Kuznetsov ne pourra donc représenter son pays au cours des quatre prochaines années. Mais dans la LNH, outre une convocation l’obligeant à rencontrer Gary Bettman avant le prochain camp d’entraînement, Kuznetsov ne sera probablement pas sanctionné.

Hormis le fait que le programme antidopage de la LNH n’intercepte à peu près personne, la cocaïne ne fait effectivement pas partie des substances prohibées dans la LNH.

La convention collective prévoit que les joueurs qui sont déclarés positifs à cette drogue ne soient pas inquiétés par la ligue, à moins que le niveau décelé représente un danger pour leur santé. Et dans cette éventualité, les athlètes sont orientés vers le programme d’aide de la ligue.

Concrètement, cet aveuglement volontaire de la LNH équivaut à donner la bénédiction aux joueurs qui souhaitent consommer cette drogue dite « récréative », mais tout à fait illégale, qui a tué quelque 14 000 Américains en 2017.

Par ailleurs, les pays où la cocaïne est produite sont aux prises avec des cartels criminels qui éliminent systématiquement leurs opposants. Dans la seule ville colombienne de Medellin, 626 meurtres sont survenus en 2018, soit plus que sur l’ensemble du territoire canadien. Au Mexique, plus de 17 600 personnes ont été tuées dans les six premiers mois de 2019 (!), et les taux d’homicides les plus élevés sont enregistrés dans des villes comme Tijuana, où les cartels de la drogue sont les plus actifs.

***

Au cours des dernières années, tant la LNH (le commissaire adjoint Bill Daly) que l’Association des joueurs ont reconnu que la consommation de cocaïne était en hausse chez les joueurs.

Ces constats ont été appuyés par divers événements (dont des arrestations de joueurs en possession de cocaïne) et par plusieurs témoignages (dans les médias ou en privé) de joueurs constatant que l’usage de cette drogue devient de plus en plus répandu et ancré dans la culture du hockey. 

Alors que les propriétaires et l’Association des joueurs discutent de l’occasion de mettre fin prématurément à la présente convention collective et/ou de la possibilité de corriger certains irritants de nature économique, ne serait-il pas approprié de profiter de l’occasion pour inscrire la cocaïne sur la liste des substances interdites?

En tant qu’employeur responsable et en tant que représentant syndical soucieux de la santé et du bien-être de ses mandants, Gary Bettman et Donald Fehr ne pourraient-ils pas facilement ajouter un mot de sept lettres à leur liste des substances interdites?

La réponse coule de source.

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