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Un judoka iranien dit avoir été forcé de perdre deux combats aux Mondiaux

Il prend son adversaire dans ses bras pour le féliciter.

L'Iranien Saeid Mollaei (à droite) s'est incliné devant le Géorgien Luka Maisuradze dans le combat pour la médaille de bronze.

Photo : Getty Images / AFP/Charly Triballeau

Agence France-Presse

Le champion du monde 2018 Saeid Mollaei a affirmé dimanche avoir subi des pressions des autorités iraniennes pour perdre sa demi-finale et son combat pour la 3e place en moins de 81 kg aux mondiaux de judo de Tokyo, au Japon, afin d’éviter de rencontrer un Israélien en finale mercredi.

« J’ai fait exprès de les perdre, à 100 % », a déclaré le judoka de 27 ans à Iran International, une chaîne iranienne d’opposition basée à Londres.

« M. [Reza] Salehi Amiri [président du Comité olympique iranien] et M. [Mohammad Reza] Davarzani [ministre adjoint des Sports de l’Iran] m’ont appelé, a ajouté Mollaei. Ils ont dit : “M. Mollaei, ne combattez pas. Faites en sorte que la Fédération internationale ne s’en rende pas compte et il n’y aura pas de problème.” »

L’objectif : éviter de rencontrer en finale l’Israélien Sagi Muki, qui a finalement remporté la médaille d’or, et laisser filer la médaille de bronze pour ne pas croiser le nouveau champion du monde sur le podium.

L’entraîneur-chef de l’équipe d’Israël, Moshe Fonti, a livré une version similaire au Times of Israel : « Des agents du renseignement iranien se sont rendus à son domicile en Iran et dans la salle de judo pour l’avertir. »

Après une matinée sans accroc, les défaites de l’expérimenté Mollaei avaient surpris les observateurs. En février, en quarts de finale du tournoi de Paris, il avait déjà été battu par ippon après 18 secondes de combat contre un modeste Kazakh de 21 ans, tandis que Muki se présentait au tour suivant.

Originaire de Téhéran, l’Iranien a quitté Tokyo pour Berlin, où il se trouve actuellement.

« Je suis ici depuis quelques jours, a-t-il expliqué. Je n’allais pas bien, parce qu’une médaille mondiale, c’est le rêve d’un athlète. Je suis venu ici pour éviter les rumeurs pendant un moment, et j’ai demandé à la Fédération internationale de m’aider à me rendre aux Jeux olympiques [de Tokyo, en 2020]. »

Une aide sur laquelle la Fédération internationale de judo (FIJ) s’est déjà penchée, comme l’a expliqué à l’AFP son président Marius Vizer, dimanche : « Nous ferons de notre mieux pour qu’il participe aux Jeux olympiques. Nous verrons plus tard dans quelle équipe, il y a différentes options, mais il intégrera l’une d’entre elles pour les Jeux olympiques. »

« C’est notre mission de protéger nos athlètes, c’est clair », a-t-il ajouté en assurant que c’était une question de « valeurs sportives » et non de politique, et en refusant d’en dire davantage dans l’attente de la publication lundi d’un communiqué de la FIJ.

Le judoka, lui, s’est dit « désolé de peut-être ne plus jamais pouvoir concourir pour l’Iran ».

De son côté, l’agence de presse iranienne Fars a accusé Mollaei d’avoir planifié sa défection, citant l’entraîneur de judo iranien Majed Zarian : « Tout a été réglé à l’avance. Quelqu’un en Iran a dû l’aider. »

Le président de la FIJ a par ailleurs annoncé une réunion d’urgence cette semaine pour établir si Mollaei et sa famille ont bien été victimes de coercition ou de menaces politiques, ce qui pourrait déboucher sur des sanctions contre la fédération iranienne.

L’Iran ne reconnaît pas l’État d’Israël et des cas similaires à celui de Mollaei ont déjà eu lieu par le passé. En 2017, l’entraîneur de la judoka Alireza Karimi a été filmé en train de crier « tu dois perdre, l’Israélien gagne » à sa protégée, dans une vidéo devenue virale à l’époque.

Karimi avait été suspendue pendant six mois pour avoir truqué son combat, et son entraîneur, deux ans.

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