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Un combat d'unification au menu de la rentrée de Marie-Ève Dicaire

Une boxeuse et son entraîneur prennent un égoportrait.

Stéphane Harnois accompagne sa championne Marie-Ève Dicaire à l'entraînement.

Photo : Courtoisie Stéphane Harnois - Facebook

Jean-François Chabot

C'est avec un combat d'unification en tête que l'entraîneur Stéphane Harnois prépare la rentrée de la championne des super-mi-moyennes de l'IBF, Marie-Ève Dicaire.

Le printemps 2019 a été fébrile en émotions et chargé en heures passées au gymnase.

En l’espace de deux mois, Marie-Ève Dicaire s’est soumise à trois camps préparatoires et à autant de gestion de son poids pour en fin de compte ne livrer que deux combats.

Il y a d’abord eu cet épisode malheureux d’une première défense annulée, le 22 mars, parce que son adversaire dominicaine Lina Tejada était en fait aveugle d’un œil.

Déçue, Dicaire est rapidement remontée en selle pour affronter la Suédoise Mikaela Lauren, le 13 avril. Puis, elle a enchaîné avec une deuxième défense contre Maria Lindberg, le 28 juin.

Il n'est pas étonnant qu’après tout cela, elle se soit accordé un répit. Elle est demeurée à l’écart du gymnase durant un mois, chose qu’elle n’avait jamais faite depuis son arrivée chez les professionnelles.

Après des vacances en Italie avec son copain, elle a fait escale à Londres sur le chemin du retour afin d’encourager son bon ami Oscar Rivas, qui y affrontait le Britannique Dillian Whyte.

Rentrée à la maison le 21 juillet, elle est retournée au gymnase le 22 au matin et y est toujours. Elle n’a pas besoin de motivation.

Il faut aussi ajouter au portrait le fait que Stéphane Harnois est en ce moment indisponible. Il a subi une chirurgie à une épaule le 16 août. On a procédé à la réparation de la coiffe du rotateur et à la remise en place du biceps tordu après des années à compenser la perte de mobilité.

L’homme de confiance se voit forcé à l’inactivité complète pour une période de six semaines. Et il trouve l’épreuve presque insupportable.

Puisque Harnois ne peut monter dans le ring pour qu’elle tape dans ses mitaines ou sur son plastron, c’est en compagnie de son adjoint Samuel Décarie-Drolet que Dicaire prépare sa rentrée automnale.

Cette pause a aussi permis à l'athlète de Saint-Eustache de soigner quelques petits bobos mineurs (raideurs au cou, léger claquage au biceps gauche) accumulés au fil du calendrier débordant du printemps.

Connaissant Marie-Ève, je peux vous dire qu’elle avait hâte d’y retourner. Mais je parle beaucoup avec elle, parce que pour moi, le repos est hyper important pour un athlète. Quand elle est revenue dans le gymnase, elle se donnait à 200 % même si elle ne pouvait pas utiliser sa main gauche.

Stéphane Harnois

La gestion des blessures s’est avérée plus compliquée étant donné le format du ring à l’intérieur duquel elle a procédé à ses deux premières défenses de ceinture.

« Marie-Ève s’est bien débrouillée dans un petit ring (au Casino de Montréal), mais cela comporte des risques, explique son entraîneur. C’est difficile pour une contre-attaquante comme elle de bien gérer un petit ring. Ça fait des combats plus ternes, mais nous devions limiter les dégâts des blessures qu’elle avait déjà. »

Une boxeuse fait une pose triomphante.

Marie-Ève Dicaire célèbre sa conquête du titre de l'IBF, à Québec, le 1er décembre 2018.

Photo : Getty Images / Mathieu Belanger

Le plan à la lettre

Avant même que sa protégée livre son premier combat professionnel, Stéphane Harnois lui avait mentionné les noms de trois boxeuses en lui disant qu’elle avait ce qu’il fallait pour les battre.

Il lui avait parlé de Chris Namus, de Mikaela Lauren et de Cecilia Braekhus. Or, Dicaire a déjà vaincu deux d'entre elles et rêve à présent haut et fort d’un combat d’unification face à Braekhus, championne incontestée des mi-moyennes (147 lb) depuis 2014.

À la suite de la victoire face à Maria Lindberg, le clan Dicaire a demandé au promoteur Yvon Michel (GYM) de plancher sur la mise en place d’un combat d’unification.

C’est notre objectif ultime. Mais étant donné les petits montants des bourses qu’elle peut toucher en ce moment, je ne croyais pas que ça valait la peine d’hypothéquer sa santé. Donc, on a choisi fin-novembre et décembre comme moment pour tenir son prochain combat. Je ne sais pas où en sont les choses, mais je sais qu’Yvon travaille fort là-dessus.

Stéphane Harnois

Pour le moment, rien n’indique que Braekhus est la cible de choix. Selon Harnois, pour que la Norvégienne d’adoption puisse considérer un affrontement contre Dicaire, celle-ci devra mettre la main sur une ceinture ou deux de plus chez les 154 lb.

Dans le meilleur des mondes, Harnois verrait d’un bon œil la tenue d’un duel où les cinq ceintures de Braekhus et celles que détiendrait Dicaire seraient toutes à l’enjeu.

Ainsi, pour son prochain duel quelque part entre la mi-novembre et le début décembre, possiblement à Québec, Dicaire pourrait se retrouver en face d’une autre championne chez les 154 lb.

Il pourrait s’agir de la Costaricaine Hanna Gabriels (WBA), de la Polonaise Ewa Piatkowska (WBC) ou encore de celle qui sera première aspirante au titre vacant de la WBO.

Et pour ceux et celles qui s’inquiètent de la difficulté que pourrait avoir Dicaire à redescendre chez les 147 lb, Harnois se montre très rassurant.

C’est dommage pour certains boxeurs qui doivent se soumettre à de grosses déshydrations, Marie-Ève n’est pas à son poids naturel présentement. Même au matin d’une pesée, elle déjeune normalement, sans s’inquiéter. Cela a été difficile de l’amener à 154 livres. Elle ne voulait pas le faire. Il a fallu la convaincre avec un plan de match solide.

Stéphane Harnois
Son poing gauche touche directement le nez.

Marie-Ève Dicaire atteint solidement Chris Namus au visage.

Photo : Getty Images / Mathieu Belanger

Une nouvelle arme

Rien n’échappe à Stéphane Harnois. L'entraîneur a profité du fait que Marie-Ève Dicaire ne pouvait pas frapper de la gauche à cause de blessures pour exploiter une caractéristique naturelle qu’elle a mise de côté depuis qu’elle pratique la boxe.

Marie-Ève est une droitière naturelle. Je ne sais pas pour quelle raison, mais on lui a appris à boxer comme gauchère. Présentement, je la fais boxer droitière. Ça nous permet de travailler certaines choses que l’on pourra peut-être utiliser en situation de combat.

Stéphane Harnois

Autrement dit, Harnois travaille à faire de Dicaire une boxeuse ambidextre. Elle deviendrait alors un véritable casse-tête pour ses adversaires.

De plus, comme elle est une vraie droitière, la vigueur de ses coups dans cette position pourrait causer des maux de tête à ses rivales. Qui sait s’il s’agit là de la clé vers l’obtention d’une première victoire par K.-O.?

Harnois ne perd pas de vue que Marie-Ève Dicaire a 33 ans et que ses bonnes années sont comptées. Il sait aussi que le nombre de boxeuses de qualité issues des rangs amateurs est grandissant.

« Les boxeuses atteignent leur apogée vers l’âge de 38 ans, observe-t-il. C’est 10 ans plus tard que chez les hommes. »

En attendant, ce mordu de boxe affirme apprendre tous les jours de ces expériences et de ses observations.

« Je regarde et je ne vis que de ça. Durant mes pauses au travail, je regarde des vidéos. J’aime étudier les adversaires autant que les entraîneurs. Je vois leur façon d’agir et d’interagir avec leur protégé. Si je vois quelque chose qui me plaît, je n’hésiterai pas à lui voler son truc », lance-t-il.

Celui qui se qualifie lui-même d’éponge quand vient le temps d’apprendre de nouvelles choses dit puiser son inspiration tant au Québec qu’à l’international.

À l'instar de Marc Ramsay, son mentor des premiers jours, il voue une admiration pour les méthodes cubaines.

« Ces gens-là abordent la boxe comme un jeu d’échecs extrême et j’adore ça », conclut-il.

C’est ainsi que Stéphane Harnois trace le chemin et qu'il s’assure, chaque jour, que Marie-Ève Dicaire, invaincue en 16 combats, maintient le cap.

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