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Tête première : le cerveau de joueurs de football universitaire à l'étude

Un homme sourit dans un salon, devant un fauteuil.

Louis De Beaumont est l'homme derrière le projet Tête première.

Photo : Radio-Canada

Jean-François Poirier

« On risque de ne rien trouver. Mais si on trouve quelque chose, ça va avoir une importance capitale pour l'avancement de la société. »

Louis De Beaumont est un neuropsychologue qui aime le football. Mais il est aussi un professeur de l'Université de Montréal, un chercheur dont l'objectif est d'éclairer la population grâce à ses découvertes. Et les joueurs de football sont aujourd'hui dans sa ligne de mire.

Grâce à la mise en place du projet de recherche Tête première, il évaluera si les cerveaux des footballeurs universitaires peuvent encaisser des coups à la tête pendant une saison complète.

Je suis l'initiateur du projet. C'est le cumul de 12 à 13 ans d'études sur les effets des commotions cérébrales. Un projet comme le nôtre, ça va coûter 200 000 $ parce que mes étudiants au doctorat le font pratiquement bénévolement. Ça n'a jamais été fait au Canada ni ailleurs dans le monde.

Louis De Beaumont

Le projet consiste à mesurer l'impact des coups à la tête sur le cerveau de 38 joueurs des Carabins de l'Université de Montréal, des Stingers de Concordia et de l'équipe de McGill pendant deux ans. Les participants porteront des capteurs télémétriques insérés dans leur casque et se soumettront à sept examens d'imagerie médicale (IRM) qui auront lieu avant, pendant et après la saison.

L'idée, c'est de savoir si le cerveau a le temps de se remettre d'un match à l'autre ou si c'est un rouleau compresseur qui dure jusqu'à la fin et qui rend le cerveau un peu amoché. Aussi, est-ce qu'une pause de cinq à six mois est suffisante entre les saisons pour que le cerveau revienne à son état d'origine? Ces tests nous permettront de voir s'il y a des fuites sanguines à l'intérieur du cerveau.

Louis De Beaumont

Il est particulièrement fier que son équipe, la première à pousser les recherches si loin dans ce domaine.

« Nous allons dans des zones inexplorées grâce au programme de fonds de recherche Audace et la Fondation Caroline Durand, explique-t-il. C'est justement très audacieux ce que nous allons faire. Tester l'athlète à sept occasions, c'est beaucoup.

« Je veux remercier les joueurs qui se sont portés volontaires. Ce sont des universitaires qui comprennent l'importance de ces découvertes. Imaginez, le match prend fin à 22 h et le joueur reste avec nous pour ses tests d'imagerie jusqu'au début de la nuit. On les remercie grandement, sans eux, rien n'aurait été possible. »

Ce chercheur québécois, qui pratique son métier au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l'Île-de-Montréal, est conscient que les résultats de son projet pourraient avoir un effet dérangeant auprès des décideurs.

Il soutient qu'il ne mène pas le même combat que Bennet Omalu. Le travail du pathologiste nigérian, dont les découvertes sur les lésions cérébrales causées par la pratique du football ont fortement déplu à la NFL, a toujours été dénigré par les dirigeants du circuit américain, qui ont cependant été forcés d'investir des sommes importantes dans la recherche dans ce domaine afin de calmer le jeu.

Je ne suis pas pathologiste, je n'ouvre pas le cerveau. Ce que nous pourrions faire comme découverte dans ce projet n'aidera pas au sport. Est-ce qu'on doit changer les modalités du sport, est-ce qu'on doit étaler la saison pour donner plus de temps aux athlètes de récupérer? On ne le sait pas parce qu'il n'y a pas de mesure. Peut-être que le cerveau se remet très bien, on n'a aucune idée. Mesurer les impacts des coups à la tête va nous donner la possibilité de mieux orienter ce sport-là.

Louis De Beaumont

Louis De Beaumont a côtoyé de nombreux joueurs de football universitaire au fil des années.

« Il y a d'abord une certaine forme de déni parce que le football les passionne. Ils ne veulent pas entendre les résultats. Mais avec le temps, ça s'améliore. 85 % des joueurs victimes de commotions cérébrales se sentent bien après 10 jours. Mais ce qui me fait redouter le football, c'est que plusieurs joueurs me disent avoir mal à la tête à la fin d'un match. Ce n'est pas bénin. Il faut savoir pourquoi. Et si ça arrive pendant huit matchs d'affilée au football universitaire ou pire, pendant 16 matchs dans la Ligue canadienne, c'est parce qu'il y a quelque chose qui se passe », estime-t-il.

« C'est peut-être le cumul des coups qui fait le plus de dommages  »

Les conséquences du lock-out de la Ligue nationale de hockey sur la santé des joueurs en 2004-2005 ont aussi attiré l'attention du chercheur.

« Peu de joueurs ont été actifs cette saison-là, raconte-t-il. Certains sont allés en Europe, mais la majorité n'a rien fait. On s'est rendu compte que l'année suivante, le nombre de commotions cérébrales a diminué de 33 %. Comme si cette pause plus longue avant le début de la saison suivante avait rendu le cerveau des joueurs plus résistant. Ce genre d'information a mené à l'élaboration de ce projet de recherche en football. »

On s'est rendu compte que les dommages inscrits au cerveau des athlètes sont probablement tributaires de l'accumulation de coups plutôt que de la commotion cérébrale elle-même. On a longtemps pensé que la cause était la commotion, mais on est en train de réajuster le tir. C'est peut-être le cumul des coups qui fait le plus de dommages.

Louis De Beaumont

En fin de compte, l'objectif des membres de ce groupe de recherche n'est certainement pas de tuer le football, mais plutôt de le rendre plus sécuritaire.

« C'est un sport exceptionnel et agréable à regarder, assure Louis De Beaumont. Mais il va falloir réviser certaines règles si des études comme celle-ci démontrent le danger. Un gars de 320 livres qui frappe un quart de 180 livres immobile, un receveur de passes qui se fait démolir parce qu'il ne voit pas son rival dans son angle mort, les joueurs de ligne qui se rentrent dedans 60 à 80 fois par match, ce n'est pas nécessairement positif pour le cerveau tout ça. On pourrait songer à une pratique plus sécuritaire de ce sport. »

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