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Stéphane Harnois, l'architecte de Marie-Ève Dicaire

Une boxeuse ceinture à l'épaule sourit à côté de son entraîneur.

Marie-Ève Dicaire et Stéphane Harnois

Photo : Instagram : Marie-Ève Dicaire

Jean-François Chabot

La boxe professionnelle fait rarement vivre son homme, dit-on. L’entraîneur de la championne du monde Marie-Ève Dicaire, Stéphane Harnois, le réalise chaque jour, bien campé derrière la tondeuse qu’il opère pour la Ville de Montréal.

Ça devient encore plus maigre quand on gravite dans le monde de la boxe féminine. C’est donc par pure passion qu’il travaille encore après plus de 30 ans dans le domaine du noble art.

C’est pourquoi, à 43 ans, il conserve à ce jour son emploi dans lequel il assure l’entretien des terre-pleins gazonnés au milieu des rues de l’arrondissement d'Anjou.

Contrairement à Marc Ramsay ou à Stéphan Larouche, je ne gagne pas ma vie à entraîner des boxeurs. J’ai donc un emploi à l’extérieur de la boxe. Ça ne serait pas possible autrement.

Stéphane Harnois

« J’ai ma tondeuse. Je fais mon petit train-train », raconte celui que le public a commencé à reconnaître quand il le voit.

« Ça arrive souvent quand je mange au restaurant que l’on vient me voir, que l’on me reconnaît et que l’on me demande un autographe ou une photo, ajoute-t-il. Mais j’essaie de garder un profil bas. Je n’aime pas me valoriser avec ces choses-là. Souvent, on ne se souvient pas de mon nom ou de ce que j’ai fait. Ça ressemble plus à: "Il me semble que je t’ai vu quelque part." »

Un entraîneur et un boxeur posent avec une ceinture.

Stéphane Harnois pose en compagnie de Jean Pascal après une victoire en 2007 pour le titre NABF des super-moyens.

Photo : Courtoisie Stéphane Harnois - Facebook

Parce qu’il ne pouvait s’engager à temps plein comme entraîneur avec tout ce que cela exige comme implications et sacrifices, Stéphane Harnois est resté à l’écart pour se consacrer davantage à sa vie personnelle et familiale.

« Jean Pascal partait souvent pour trois mois en camp d’entraînement en Colombie. Cela aurait nécessité que je mette mon emploi principal et ma vie personnelle de côté », dit-il.

À l'école de Marc Ramsay

« Je suis bien meilleur comme entraîneur que je l’ai été comme boxeur », lance celui dont la carrière n’a jamais dépassé les frontières locales.

C’est en 2001 qu’il a raccroché ses gants. Attiré par les coulisses et tout ce qui touche à la préparation des boxeurs, Harnois reste proche de Marc Ramsay, celui qui a été son entraîneur au niveau amateur et qui deviendra son mentor.

Il apprend les trucs et les rudiments du métier tout en servant de partenaire d’entraînement à quelques-uns des clients de Ramsay.

C’est ainsi qu’il se retrouve comme partenaire d’entraînement devant Arturo Gatti, Leonard Dorin et Jean Pascal, tous devenus champions du monde, et aussi pour Antonin Décarie et le Portoricain Angel Manfredy.

Deux hommes posent en brandissant le poing.

Arturo Gatti et Stéphane Harnois

Photo : Coutoisie Stéphane Harnois - Facebook

La grande rencontre

Si l’on inverse le vieil adage voulant que derrière chaque grand homme se cache une grande femme, la place de Stéphane Harnois dans les succès de Marie-Ève Dicaire est toute désignée.

L'entraîneur travaille aux côtés de la championne mondiale des super-mi-moyennes de l'IBF depuis près de six ans.

Issue du karaté, où elle a excellé au point de devenir championne mondiale, elle met les pieds pour la première fois dans un gymnase de boxe, en 2011, à Terrebonne. C’est là qu’Harnois la découvre.

On me l’avait présentée en me disant qu’elle était très, très bonne. Mais honnêtement, au début, je n’avais pas été impressionné. De fil en aiguille, on m’a demandé de travailler avec elle pour corriger certaines choses. Elle apprenait très vite. En peu de temps, j’avais observé une énorme amélioration.

Stéphane Harnois

Il admet qu’il se méfiait de ceux qui voyaient en elle un bel espoir.

« Taper sur des mitaines ou cogner sur un sac de sable est une chose. Mais la boxe, c’est dans le ring que ça se passe », souligne le coach.

À la suite d'une embrouille avec le propriétaire du club de Terrebonne, Marie-Ève déménage ses pénates dans un gymnase de l’Est de l'île de Montréal. Selon le récit d'Harnois, c’est là qu'elle vivra l'épisode le plus troublant de sa carrière naissante de boxeuse.

Harnois raconte comment elle avait été solidement ébranlée durant des séances d'entraînement dans le ring avec des hommes.

Elle avait vraiment été sonnée. Mais au lieu de reculer, son orgueil lui a fait mordre dans son protecteur buccal pour poursuivre la séance. Mal encadrée, on lui avait permis de livrer un combat deux jours plus tard. Moins d’une semaine après, elle s’est présentée aux Championnats canadiens. Elle a eu le nez fracturé. Malgré ses symptômes, ses préparateurs avaient évoqué un simple problème de sinus. C’est là qu’elle a décidé de faire appel à moi.

Stéphane Harnois
Une boxeuse lance des coups dans les mitaines de son entraîneur.

Marie-Ève Dicaire à l'entraînement en compagnie de Stéphane Harnois

Photo : Courtoisie Stéphane Harnois - Facebook

Au début, Stéphane Harnois n’était pas chaud à l’idée de devenir son entraîneur attitré. Mais quand Marie-Ève Dicaire lui a téléphoné pour lui demander de s’occuper d’elle en lui annonçant vouloir passer chez les professionnelles, il a senti l’appel du devoir.

Un peu à la manière du personnage d’Adrienne dans le film Rocky 2, son épouse Anne Tissier s’est rendue à l’évidence qu’Harnois était plus heureux dans un gymnase de boxe que n’importe où ailleurs. Il a donc reçu le feu vert.

Or, Anne Tessier est à l’emploi du département de neurologie de l’Hôpital de Montréal à titre de technicienne en électrophysiologie.

C’est sur ses conseils que Dicaire ira consulter le Dr David St-Juste, grand spécialiste du traitement des commotions cérébrales. Le diagnostic a été implacable. S’en est suivi une année d’inactivité complète pour guérir le mal.

Depuis, Anne et Marie-Ève sont devenues les meilleures amies du monde.

«  Elles font absolument tout ensemble et elles s'entendent vraiment bien. Au point où Marie-Ève s'est déjà invitée dans nos projets de vacances dans le Sud », a lancé Harnois en riant de bon coeur.

Reprise graduelle

En acceptant de la prendre sous son aile, Stéphane Harnois voulait que cette fille soit bien encadrée pour éviter les pièges.

« Je l’ai dirigée à ses trois derniers combats chez les amateurs, raconte-t-il. Je lui avais dit qu’elle devait gagner ces combats-là si elle voulait passer la rampe du côté des pros. Elle l’a fait. Et c’est encore comme ça aujourd’hui. Tant qu’elle va répondre aussi efficacement et qu’elle livrera la marchandise, je n’aurai pas de problème à m’investir. »

En dépit des nombreuses offres qu’il a reçues, il se consacre exclusivement à la carrière de Marie-Ève Dicaire.

Au cours des dernières années, on m’a demandé souvent. Mais je n’aurais pas pu donner mon 100 %. Et c’est très important pour moi de donner mon 100 % à quelqu’un. Je ne dis pas que je n’ai pas travaillé avec d’autres boxeurs, mais pas comme entraîneur-chef.

Stéphane Harnois

« Je n'ai jamais voulu faire ça pour l'argent. Je n'ai jamais demandé un sou à Marie-Ève étant donné les bourses ridicules qu'une athlète peut gagner au début de sa carrière. Je fais ce métier par passion. C'est pour ça que je suis encore là aujourd'hui. Si je le faisais pour l'argent, je ne pourrai pas ramener grand-chose à manger sur la table à la maison. »

Marie-Ève Dicaire livre un premier combat en tant que professionnelle le 20 novembre 2015 au Colisée Cardin de Sorel-Tracy. Sa victoire par décision unanime face à la Manitobaine Christina Barry est la première d’une longue série.

Trois ans plus tard, en décembre 2018, elle devient championne du monde de l'IBF en battant Chris Namus aux points, titre qu’elle défendra avec succès à deux reprises face aux Suédoises Mikaela Lauren et Maria Lindberg.

Pour Stéphane Harnois, le but ultime n’est toutefois pas encore atteint.

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