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Nadia, butterfly : quand le sport olympique fait son cinéma

Il pointe vers le bout d'une piscine dans laquelle elle est visible à mi-buste.

Pascal Plante dirige Katerine Savard.

Photo : Maxime Cormier/Némésis Films

Olivier Paradis-Lemieux

Le réalisateur Pascal Plante donne ses instructions à un groupe serré d’actrices et de figurants, qui regarde au-dessus d’eux une projection de feux d'artifice illuminant leurs visages. Dans ce studio improvisé légèrement à l’écart de la piscine utilisée pour les Jeux olympiques de Montréal, l’équipe de Nadia, butterfly s’affaire à recréer la cérémonie de clôture de ceux de Tokyo… en 2020.

« Pour vrai, tout est nouveau pour moi, je découvre tellement de choses. Quand on regarde un film, on ne le sait pas l’envers du décor. Le nombre de personnes qui travaille sur un film, c’est incroyable », souligne Katerine Savard, médaillée de bronze à Rio au relais 4 x 200 m.

Depuis qu’elle est revenue des Jeux panaméricains à Lima, où elle a remporté deux médailles en relais, la nageuse de Pont-Rouge a repris le tournage de Nadia, butterfly. Elle campe le rôle-titre, une première incursion pour elle au cinéma.

Lui-même ancien nageur au niveau canadien, le réalisateur Pascal Plante a eu l'intuition dès l'écriture du scénario qu’il souhaitait confier les rôles principaux à des athlètes plutôt qu’à des comédiennes formées qui s’entraîneraient afin d’imiter le sport de haut niveau.

« C’est peut-être une déformation d’être un ancien athlète, dit-il. Souvent les moments de sport dans les films, ce sont des moments très montés, découpés, où on prend une distance par rapport aux gens qui performent. Je me suis dit que j’avais envie qu’on connecte intimement par l’effort physique. Si on veut faire ça, voir en séquence quelqu’un qui nage le papillon au niveau international par exemple, et que ce soit crédible. Il n’y a pas quatre chemins. »

Ariane Mainville, qui joue le rôle de la nageuse et amie de Nadia, Marie-Pierre, relate d’ailleurs le tournage d’une scène lors de laquelle le réalisateur a poussé ses comédiennes à la limite de leurs capacités athlétiques, afin de montrer le sport comme rarement au cinéma.

« C’était un plan-séquence. Trois fois 50 mètres, à intensité maximale, mentionne-t-elle. Mais ce n’était pas qu’une fois qu’on l’a fait. On a dû le refaire huit fois, pas de repos entre chaque contrairement à un entraînement normal. On voulait mourir, mais il fallait se donner à 100 % jusqu’à la dernière seconde. »

Quand on est au mur et qu’on est essoufflées, ce n’est pas moi qui fais comme si j’hyperventile. Je suis vraiment en train de mourir!

Ariane Mainville

Le sport a la cote depuis longtemps dans le cinéma québécois, surtout le hockey. Mais dans les dernières années, quelques films comme Sarah préfère la course et La petite reine se sont éloignés des patinoires. Mais que ce soit Sophie Desmarais ou Laurence Leboeuf, les rôles principaux sont revenus à des comédiennes, qui n’étaient pas des athlètes olympiques comme Katerine Savard.

« Quand le sport est utilisé d’une manière métaphorique, comme dans Sarah préfère la course quand la course est utilisée pour autre chose, dans ce cas-là, ça fonctionne, insiste Pascal Plante. Mais quand on veut montrer qu’on est dans le quotidien d’un athlète, de quelqu’un qui a passé sa vie à perfectionner cet art, l’art de leur sport, ça peut faire qu’on décroche. »

Elle porte le maillot de l'équipe canadienne.

Pascal Plante explique la scène à venir à Katerine Savard.

Photo : Maxime Cormier/Némésis Films

Les budgets des films québécois étant minimaux par rapport à ceux des films américains – le premier long-métrage de Pascal Plante, Les faux tatouages, a été bouclé pour 250 000 $ – le réalisateur soutient qu’il est loin d’être toujours possible pour les cinéastes d’ici de demander aux acteurs de s’entraîner pendant des mois et des mois pour un rôle.

« Ou encore le film I, Tonya où ils ont mis la face de Margot Robbie en CGI (images de synthèse) sur le corps d’une vraie patineuse. Ça serait malade de faire ça, mais ce n’est pas notre réalité budgétaire à nous », dit-il en riant.

Pascal Plante convient que de travailler avec des non-acteurs demande une touche différente de la part du metteur en scène.

« En tout temps, il faut que tu performes, explique-t-il. Tu crées un momentum, tu donnes de l’énergie, tu les diriges, les coucounes un peu plus. Mais en l’occurrence, dans ce long-métrage-ci, les non-actrices, nos nageuses, sont fichtrement bonnes. »

Katerine, c’est une nageuse qui a un C. V. assez exemplaire, mais on l’a auditionné, c’était trop un gros poids. On ne peut pas donner un film sur les épaules de quelqu’un par hasard. Elle a de la répartie, elle est touchante…

Pascal Plante

En plus de Katerine Savard et d'Ariane Mainville, les nageuses Hilary Caldwell et Cailin Mcmurray font partie de la distribution de Nadia, butterfly.

« Si on n'avait pas trouvé Ariane, Katerine, Cailin, Hilary, les nageuses qui ont des rôles principaux dans le film, on aurait adapté la mise en scène, assure Pascal Plante. Carrément. Là, tout à coup, de connecter en temps réel par le sport, par la performance physique, ça ne se serait pas traduit. Le film aurait été très différent. »

Nadia, butterfly s’intéresse à cette période de transition que devra vivre un jour tout athlète au moment de mettre fin à sa carrière. Conséquemment, le film ne reprendra pas le schéma classique du film sportif où une compétition finale vient clore la trame dramatique.

« On renverse un peu le schéma de Rocky, ce n’est pas si elle va gagner ou non qui importe. Le film dans les 30 premières minutes, tout ça a été répondu. Après, on reste avec elle dans l’euphorie du soir même, le blues qui suit... », dévoile-t-il sans trop en dire.

Le réalisateur originaire de Québec assure que son film n’est pas inspiré de sa propre retraite sportive. À 19 ans, il a arrêté la natation pour se consacrer corps et âme à sa passion pour le cinéma. Son université, Concordia, ne possédait pas d’équipe sportive dans sa discipline.

Ce sont plutôt les histoires de retraite « plus ou moins bien réussie de la bonne façon » de ses amis qu’il a tressées pour écrire le scénario.

Pascal Plante s'adresse aux comédiens et aux figurants dans les gradins.

L'équipe de « Nadia, butterfly » a investi la piscine du Parc olympique de Montréal. Mais comme l'endroit est public, les scènes de natation doivent être tournées de nuit.

Photo : Maxime Cormier/Némésis Films

« Je suis assez cinéphile dans la vie. Souvent l’idée motrice à la source d’un film ou d’un scénario, c’est le film que j’aimerais voir. C’est ça l’idée, le film que j’aimerais voir et qui me manque. Ça conjugue mon ancienne et ma nouvelle vie : représenter la natation au cinéma. C’est un sport mal-aimé dans la fiction », affirme Pascal Plante.

« C’est sûr que probablement les gens vont en apprendre sur la natation, mais aussi sur le sport en général, soutient Katerine Savard. Juste le processus émotionnel au travers duquel on passe en tant qu’athlète. »

Les deux nageuses et amies, qui s’entraînent avec les Carabins de l’Université de Montréal, sont aussi en fin de carrière. Pour Ariane Mainville, cette année est celle de la dernière chance. À 25 ans, elle souhaite se rendre aux essais olympiques en avril, sans quoi, ce sera le temps de raccrocher son maillot.

Quant à Katerine Savard, elle revient d’une longue pause de près d’un an sans compétition, et de cinq mois sans nager. C’est pendant ce hiatus, qui aurait pu être permanent, que la proposition de Pascal Plante de tenir l’affiche de Nadia, butterfly est arrivée. Mais ensuite, un entraîneur des Carabins lui a proposé de venir s’entraîner avec l’équipe pour le plaisir et, petit à petit, le goût de la compétition est revenu.

« C’est ce qu’il me fallait à ce moment de ma vie. Et j’ai recommencé à faire des petites compétitions, raconte-t-elle. Et à chaque compétition, je m’améliorais. Ça fait quand même un moment que je sais que je vais faire le film. Mais à ce moment de ma vie, je n’étais pas censée encore nager cet été. »

Ils discutent avant une prise.

Pascal Plante, Katerine Savard et Ariane Mainville sur un plateau extérieur

Photo : Maxime Cormier/Némésis Films

La production a accepté de déplacer les tournages qui se déroulent présentement à Montréal pour accommoder l’actrice redevenue nageuse.

Qu’elles se classent ou non pour les Jeux olympiques de 2020, Ariane Mainville et Katerine Savard sont assurées de se rendre à Tokyo, que ce soit à travers celles qu’elles incarnent dans Nadia, butterfly, mais aussi pour la production du film, qui se terminera au Japon au début du mois d’octobre.

Même si le film n’est pas tourné dans son entièreté, Pascal Plante est déjà certain d’avoir fait le bon choix, un peu courageux, de faire confiance à des non-actrices pour son deuxième long-métrage.

« Fort heureusement, conclut-il, on est tombés sur Katerine et Ariane. Ils vont surprendre le monde. Tous les jours, je suis en amour avec elles. »

Nadia, butterfly devrait paraître à l’été 2020, en prévision des prochains Jeux olympiques.

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