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Pourquoi des athlètes prennent-ils des suppléments et quels sont les risques?

Laurence Vincent-Lapointe, treize fois championne du monde, dans son canoë.

La canoéiste Laurence Vincent-Lapointe, treize fois championne du monde.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Pour expliquer le test antidopage auquel elle a échoué, la championne du monde de canoë Laurence Vincent-Lapointe a parlé d'une possible contamination dans des suppléments alimentaires. Et les athlètes canadiens sont maintenant priés de ne pas utiliser quatre suppléments précis. Pourquoi des athlètes utilisent-ils ces produits et à quels risques s'exposent-ils? La nutritionniste Mélanie Olivier, qui a accompagné les athlètes canadiens à plusieurs Jeux olympiques, démystifie pour Radio-Canada Sports l'univers des suppléments alimentaires.

Q. Tous les athlètes prennent-ils des suppléments?

R. Les gens sont peut-être un peu traumatisés par les athlètes qui ont dit qu’ils n’en ont jamais pris, jamais vu. Mais je crois qu’il ne fallait pas jeter la première pierre. Et les règles sont différentes dans le monde professionnel et dans le monde amateur.

C’est une idée préconçue de croire que tous les athlètes, amateurs et professionnels, prennent des suppléments. C’est peut-être la partie de la population qui en consomme le moins.

La plupart des athlètes amateurs, d’élite, et même plusieurs athlètes professionnels, font très, très, très attention à tout ce qu’ils consomment. Ils savent que c’est leur corps qui est leur gagne-pain.

Très rarement j’ai eu vent ou côtoyé des athlètes qui faisaient confiance aveuglément. Ce qui est une bonne chose, et la même chose pour les professionnels qui les entourent.

Il y aura toujours des gens pour qui l’appât du gain va être plus fort, donc c’est sûr qu’il faut se méfier. Mais sans créer une paranoïa, il faut que les gens comprennent qu’à la base, l’alimentation du sportif doit provenir des aliments. Ils peuvent s’alimenter avec de vrais aliments, et trouver dans des aliments tout ce dont ils ont besoin en termes de nutriments.


Q. Pour quelles raisons prend-on des suppléments?

R. Nous, on doit travailler avec des suppléments alimentaires pour des raisons bien spécifiques.

À la base, on a une formation clinique, et on doit s’assurer qu’il y a un besoin, qu’il y a une condition qui nécessite la prise d’un supplément alimentaire.

Et quand on parle de conditions, c’est des volumes d’entraînement extrêmement élevés, des voyages, l'altitude, des conditions de santé particulières, des intolérances, des allergies. Donc, il y a quand même beaucoup de conditions qui vont nous donner une indication de recommander un supplément alimentaire.

La consommation de suppléments dans le milieu sportif est presque inévitable pour des conditions de santé.

La nutritionniste est assise à son bureau.

Mélanie Olivier

Photo : Société Radio-Canada


Q. Que doit-on surveiller dans la prise de suppléments?

R. Il n’y a pas de garantie à 100 %.

La production de suppléments alimentaires, c’est une chaîne. Donc, comme dans la chaîne alimentaire, c’est des processus très, très complexes. Et il peut y avoir des problèmes dans le système.

Le système n’est pas parfait à 100 %. L’industrie des suppléments alimentaires n’est pas l’industrie la plus réglementée et surveillée de par la multitude de compagnies qui offrent ces suppléments alimentaires.

On doit vraiment se questionner pour prendre les bonnes informations parce que nous, on va recommander un supplément lorsqu'il y a des données probantes.

Il y a beaucoup de suppléments sur le marché pour lesquels ce n’est pas le cas, et les gens vont souvent sauter à pieds joints lorsqu'il y aura une étude, sans plus.

Il faut vraiment être vigilant et s’assurer quand même de la provenance. Mais comme dans le milieu alimentaire, parfois, c’est très, très complexe et, oui, il y a des failles dans le système. Il y a toujours des risques de contamination, et le processus est très complexe dans la production des suppléments.

Il y a eu des contaminations à partir de l’eau potable, à partir d’un pharmacien qui a fait une erreur de nettoyage. Il peut y avoir vraiment beaucoup d’embûches dans le système.

Il peut y avoir une compagnie qui fabrique par exemple des suppléments alimentaires, mais aussi des produits pharmaceutiques. Et donc, on veut s’assurer que le supplément soit testé par un laboratoire indépendant pour s'assurer qu’il n’y aura pas de produits dopants.

Il y a plusieurs solutions sans aller à celle de la rapidité, de vouloir acheter quelque chose en pot dont on ne connaît pas la provenance.

Un pot contenant de la poudre de protéine.

Un supplément alimentaire en poudre

Photo : iStock


Q. Comment s'assurer d'avoir un supplément de qualité?

R. Il faut s'assurer de se le faire recommander. La ou le nutritionniste du sport pourra regarder la liste des ingrédients.

Il y a des combinaisons qui sont spécifiques à des compagnies et c’est un peu un secret industriel. On doit toujours se méfier des combinaisons d’ingrédients, et aller vers le supplément qui est le plus brut possible.

Alors, dans le doute, on consulte, on s’abstient. Les gens doivent s’assurer d’avoir une source fiable pour se faire recommander le bon produit, le bon supplément pour ce dont ils ont besoin.

Quand on recommande un supplément, on veut s’assurer qu’il y a une raison clinique. Nous, on est tributaire de notre recommandation, de notre suggestion. On doit s’assurer également qu’il y a des données probantes sur ce supplément-là.


Q. Peut-on rejeter la faute sur le manque d'information au sujet des suppléments?

R. Ultimement, un athlète est responsable de ce qu’il ingère. Ça fait partie d’être un sportif, d’un athlète, de toute catégorie, de tout niveau. Ça fait partie de leur travail. C’est la même responsabilité que pour un professeur lorsqu'il choisit d’enseigner à des enfants ou un médecin qui va opérer.

On a tous une responsabilité. Et, quelque part, je pense que ça fait partie du sport. Maintenant, est-ce que le système est bien adapté à la vitesse où il évolue? Justement, pour protéger le sport et l’image du sport, on a peut-être mis un peu de pression sur l’athlète? Peut-être…

Il reste que l’athlète est ultimement responsable, et son entourage également. Donc, c’est certain que nous, on veut faire attention à tout ce qu’on recommande, et avec raison. Il ne faut pas penser que les athlètes prennent des suppléments aveuglément. C’est fait de façon très sérieuse.


Q. Y a-t-il des pays où le risque est plus grand?

R. Tant qu’on ne sait pas, on ne sait pas. Par exemple, lorsque j’ai participé aux Jeux olympiques de 2008 à Pékin, en Chine, on avait un avis comme quoi il pouvait y avoir de la contamination dans la prise de certaines viandes.

Il peut y avoir dans certains endroits dans le monde des risques, donc, nous, on va toujours avoir des avis pour dire aux athlètes d’être particulièrement prudents dans certains pays. Les athlètes voyagent énormément, et il y a des risques partout.

Nul n’est à l’abri. C’est notre réalité.

Mélanie Olivier, présidente de l'entreprise Vivaï (experts en nutrition sportive), a été la première nutritionniste nommée membre de l'équipe d'amélioration de la performance au sein du Comité olympique canadien (COC) pour les Jeux olympiques de 2006 à Turin, de 2008 à Pékin et de 2010 à Vancouver. Titulaire d'un baccalauréat et d'une maîtrise en nutrition sportive de l'Université de Montréal, Mélanie Olivier travaille depuis 20 ans avec les athlètes amateurs et professionnels canadiens.

L'Institut canadien du sport Pacifique (ICS Pacifique) déconseille aux athlètes de continuer l’utilisation de lots de quatre suppléments alimentaires spécifiques. Mélanie Olivier explique la nature de ces produits.

PRECISION CREATINE

La créatine, on l’utilise dans les sports de force et de puissance ou les sports d'endurance pour la récupération. C’est un acide aminé (un composé des protéines vitales pour notre organisme) qu’on retrouve dans la viande. Ça fait des années que ça existe, et on a énormément de données probantes sur ses effets dans différents contextes d'entraînements et de compétitions.

La créatine permet l’amélioration de la masse musculaire et de la force, particulièrement dans des périodes d’entraînement très intenses. On l’utilise également pour aider à la récupération.

On l’utilise dans les sports qui demandent de la puissance. On l’utilise souvent en combinaison avec la poudre de protéines lorsque les besoins sont élevés, et on la consomme avant ou après l'entraînement.

POWER BAR BETA-ALANINE SLOW RELEASE

La Beta-alanine est accessible depuis quelques années. C'est un précurseur de la carnosine. Elle est dans la même catégorie (que l'on qualifie de tampons) que le bicarbonate (la petite vache). Elle peut remplacer en partie le bicarbonate, que les athlètes devraient prendre en très grande quantité pour avoir les effets souhaités et cela occasionne des troubles gastro-intestinaux. L’arrivée de la Beta-alanine a évité bien des diarrhées…

La Beta-alanine travaille au niveau musculaire et non sanguin et agit comme un tampon pour diminuer l’acidité dans la cellule musculaire (autrement dit, régler le pH musculaire).

Ça permet de donner un effort plus intense un peu plus longtemps, mais sur des durées pas extrêmement longues. Ça a déjà été démontré. Ça a été testé dans les sports comme l’aviron, dans les sports très lactiques, la course sprint, le vélo sprint, la natation sprint.

NUTRA SEA OMEGA-3 HP avec capsules de vitamine D

La vitamine D, c’est la vitamine « du soleil ». Dans les mois d’hiver, de septembre à avril, on a vu des taux faibles chez les athlètes de par la faible exposition au soleil et même avec exposition, nous avons noté des taux faibles chez de nombreux athlètes, comme en natation synchronisée. Il est assez difficile d'atteindre nos besoins en vitamine D par l'alimentation seulement, et donc le supplément est d'usage commun.

La vitamine D est liposoluble, c’est-à-dire qu’elle a besoin des graisses pour être absorbée. C’est pour cela qu’elle est jumelée à de l’Oméga 3, qui aide au niveau de l'inflammation, et qu’on retrouve dans le poisson.

M.E.G. MILITARY CAFFEINE GUM

Les gommes caféinées existent chez nous. La caféine est utilisée depuis très, très longtemps. On a énormément de données. Ce n’est pas un supplément pour lequel on n’est pas certain. Il y a des effets à la caféine, mais c’est différent du café. Il y a des gens qui ne réagissent pas à la caféine contenue dans le café.

Pour la caféine, il y a plus de 120 variantes de gènes qui déterminent comment chaque personne répond. Donc, chaque personne réagit différemment. Chaque molécule de stimulant a un effet différent pour chaque personne. Elle est traitée différemment en fonction du système digestif.

Les gommes sont utilisées depuis super longtemps dans l’armée. C’est plus facile à prendre que de prendre un café. C’est un format pratique, pour les voyages par exemple. On qualifie cet effet comme celui de rince-bouche, qu'on utilise souvent dans les sports à haute intensité où on peut cracher ou lorsqu'un athlète veut faire le poids.


Ces quatre suppléments sont des produits qu’on appelle simples ou bruts, sans combinaison d’ingrédients, sauf pour le Nutra Sea qui combine Oméga 3 et vitamine D. Mais dans ce cas, on sait qu’ils vont bien ensemble.

Les combinaisons d’ingrédients, à éviter, se retrouvent souvent dans les boissons énergisantes, les poudres pour gagner de la masse, les poudres de pré-work-out qui font des mélanges spécialement faits pour les marques qu’on appelle des « proprietary blends », protégées par le secret industriel.

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