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Luc Brodeur-Jourdain, un entraîneur impliqué sur toute la ligne

Il est en bordure du terrain d'entraînement voisin du stade olympique.

Luc Brodeur-Jourdain

Photo : Radio-Canada / Jean-François Chabot

Jean-François Chabot

Passer de joueur à entraîneur du jour au lendemain représente un défi, peu importe le sport. Luc Brodeur-Jourdain le vit intensément avec les Alouettes de Montréal.

Il a occupé le poste de centre de la ligne à l’attaque durant 11 saisons. Ralenti par l’usure et les blessures, Brodeur-Jourdain a rendu ses épaulettes pour sauter de l’autre côté de la clôture.

Depuis les cinq dernières rencontres, à titre d’instructeur adjoint, il lui incombe de préparer et de diriger ses anciens coéquipiers de la ligne offensive.

À le voir aller sur le terrain d’entraînement à l’ombre de la tour du stade olympique, le gaillard de 36 ans prend son travail à cœur. Il a déjà plus l’air d’un poisson dans l’eau que d’un oiseau tombé du nid.

Je vois cette transition comme la continuation logique de ma carrière de joueur. Mes habiletés athlétiques étaient de plus en plus limitées et j’en étais conscient. En faisant le saut comme entraîneur, je retrouve une dynamique similaire sans la possibilité de mettre les épaulettes et le casque.

Luc Brodeur-Jourdain
Il est au centre du groupe.

Luc Brodeur-Jourdain (casquette rouge) se mêle de près aux joueurs durant les séances d'entraînement

Photo : Radio-Canada / Jean-François Chabot

Luc Brodeur-Jourdain aime son nouveau rôle. Il peut utiliser tout ce qu’il a pu percevoir ou voir en tant que joueur dans la préparation de la brigade qui profite à présent de ses précieux conseils.

« Je peux transmettre les idées que j’avais, pas tant sur l’aspect stratégique que sur la préparation des joueurs, comment ils s’entraînent pendant la semaine et ils perçoivent et attaquent les défensives adverses », dit-il.

Il s’agit pour lui de transposer sur le terrain les choses qui ont été observées durant les séances vidéo et ainsi appliquer les bonnes techniques.

Ses modèles d'entraîneurs

Les athlètes ont tous et toutes, à un moment donné, cherché à calquer les façons de faire d’une de leurs idoles. Il en va de même pour ceux qui deviennent entraîneurs.

Brodeur-Jourdain a été dirigé par une multitude d’entraîneurs dans sa carrière, que ce soit dans les rangs collégiaux, universitaires ou professionnels.

Il reconnaît sans hésiter ceux qui aujourd’hui influencent sa manière d’enseigner.

J’ai eu un entraîneur qui a été très marquant pour moi dans son approche du jeu et dans son interaction humaine avec les joueurs. Beaucoup m’ont influencé, mais je dois mentionner Paul Charbonneau, qui a été ici avec les Alouettes en 2017. Sous sa direction, nous n’avions concédé aucun sac du quart dans les six matchs où nous disposions l’ensemble de nos partants sur la ligne offensive. Paul était un players' coach, un entraîneur qui aime ses joueurs.

Luc Brodeur-Jourdain

Brodeur-Jourdain a aussi dit de Charbonneau qu’il connaissait les limites de ses joueurs et qu’il savait tenir tête à l’entraîneur-chef quand ce dernier demandait l’impossible.

Sinon, Mark Trestman est pour lui le meilleur entraîneur-chef qu’il ait connu. Il a aussi mentionné le coordonnateur de ligne offensive Pat Myer, qui a travaillé à Montréal en 2012 et qui est dans la NFL depuis (Bears de Chicago de 2013 à 2014, Bills de Buffalo de 2015 à 2016 et Chargers de Los Angeles depuis 2017).

Les deux baissent la tête.

Luc Brodeur-Jourdain (à gauche) révise la liste de jeux aux côtés de l'entraîneur-chef Khari Jones

Photo : Radio-Canada / Jean-François Chabot

Diriger ses coéquipiers

L’une des facettes à ne pas négliger dans ce transfert de responsabilité est le fait qu’il doit maintenant être celui qui demande à ses anciens coéquipiers d’appliquer les techniques de jeu.

Il n’y a pas eu souvent, tous sports confondus, tellement de situations semblables à la sienne, avec un passage de joueur à entraîneur dans une même saison. L’exemple d’Ian Laperrière avec les Flyers de Philadelphie est similaire.

Luc Brodeur-Jourdain s’accommode plutôt bien de son nouveau rôle auprès de ceux qui, hier encore, le flanquaient sur la ligne.

« Je le vis très bien parce que je n’ai jamais eu la langue dans ma poche face aux choses qui me plaisaient ou ne me plaisaient pas en rapport avec l’effort, la qualité du travail où à la préparation de mes coéquipiers. J’ai été extrêmement dévoué et je m’accordais donc le droit d’être exigeant », dit-il.

Maintenant que je suis entraîneur, je dois m’adapter parce que je m’occupe de la totalité des membres de la ligne à l’attaque. Comme joueur, je communiquais davantage avec mes gardes à gauche et à droite. Maintenant, je dois aussi conseiller nos centres, nos plaqueurs, nos ailiers rapprochés, nos centres-arrières et même nos porteurs de ballon. Si quelque chose me saute aux yeux, je vais d’abord en parler avec André Bolduc. C’est essentiel de communiquer avec tous les paliers.

Luc Brodeur-Jourdain
Il lui tend la main.

Luc Brodeur-Jourdain félicite Chris Schleuger (no 54) pour une séquence de jeu bien exécutée

Photo : Radio-Canada / Jean-François Chabot

Encore à l’école

Malgré tout le bagage de connaissances amassé au cours de sa carrière, Luc Brodeur-Jourdain continue d’apprendre son nouveau métier.

Une des choses qui le surprennent est liée à la gestion du temps qu’il consacre à la préparation des matchs à venir. Il doit bien mesurer les besoins futurs tout en ne nuisant pas à ce qui est présent dans l’immédiat.

C’est ce que je considère encore comme mon plus grand défi. En tant qu’entraîneur, ta tête ne reste pas dans le moment présent. Tu es à la fois dans le futur et dans le présent. Après cette entrevue, je m’en vais travailler sur notre match à venir face aux Lions. Mais je dois apprendre à me restreindre et à me contrôler pour ne pas penser qu’au futur. On prépare aussi la rencontre de cette semaine [contre Toronto à Moncton, NDLR]. C’est vraiment une boucle et il ne faut pas se perdre à travers tout ça. Quand tu es joueur, tu ne te concentres que sur l’adversaire immédiat.

Luc Brodeur-Jourdain

Aime-t-il suffisamment son expérience comme entraîneur pour envisager d'en faire une carrière?

« Mon cœur me dirait oui, répond-il. Mon côté rationnel est beaucoup plus conscient de la réalité du sport professionnel. À la question : est-ce que je voudrais être entraîneur chez les Alouettes pour le restant de mes jours? Probablement que la réponse est oui. Mais la réalité est que la carrière moyenne d’un entraîneur au sein d’une même organisation se limite à trois ou quatre ans dans les meilleurs scénarios. Je sais donc, qu’en tant qu’entraîneur, ma vocation ne dépassera pas les frontières du Québec. »

À la lumière de son propos, il ne faut donc pas mettre de côté la possibilité de le revoir un jour apporter sa passion et son savoir dans les rangs universitaires.

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