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« J’aimerais me réveiller de ce mauvais rêve » - Laurence Vincent-Lapointe

Laurence Vincent-Lapointe et son avocat Adam Klevinas

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Radio-Canada

La championne du monde Laurence Vincent-Lapointe s’est défendue de tout dopage, mardi à Montréal et à Trois Rivières, au lendemain de l’annonce de sa suspension temporaire imposée par la Fédération internationale de canoë (ICF).

Des traces de Ligandrol ont été trouvées dans les échantillons A et B qu'elle a fournis à la fin juillet dans le contrôle antidopage inopiné qu’elle a raté, a confirmé son avocat Adam Klevinas, qui l’accompagnait dans ses points de presse.

Me Klevinas a précisé que le niveau de concentration de la substance décelée dans les échantillons était compatible avec ce qui est habituellement considéré comme de la contamination.

« On ne retrouve pas ça dans la nourriture. Nous devons enquêter. Tous les suppléments qu’elle a utilisés et ingérés seront vérifiés. Il peut aussi s’agir de contamination croisée survenue par le biais d’ustensiles partagés avec quelqu’un d’autre. Il y a une explication, nous devons la trouver. Elle ne l’a pas pris volontairement », a-t-il déclaré.

L’athlète de 27 ans dit s’être approvisionnée en suppléments auprès de son centre national d’entraînement et n’avoir jamais commandé de suppléments en ligne.

C'est ce centre-là qui achète des suppléments auprès d'une compagnie qui suit les recommandations provenant de la liste de l'Agence mondiale antidopage pour tester les suppléments. Je ne prépare aucun de mes suppléments.

Laurence Vincent-Lapointe

Son avocat estime cependant qu'il est encore trop tôt pour montrer du doigt le Centre national d'entraînement, ou encore la compagnie qui le fournit et le laboratoire qui effectue les tests de qualité.

« En ce moment, c'est le cas de Laurence devant la Fédération internationale de canoë. Il faut trouver l'origine [du Ligandrol] afin qu'elle soit admissible aux JO l'an prochain, et par la suite on verra les démarches qu'il faudra entreprendre », a dit Adam Klevinas.

Pour savoir ce qui s'est passé, Laurence Vincent-Lapointe et son entourage cibleront la période entre le test antidopage qu'elle a réussi au début du mois de mai et celui auquel elle a échoué à la fin juillet.

C’est sûr qu’il s’est passé quelque chose entre ces deux dates. Dans le cas d’une contamination, c’est très probablement plus court, juste avant mon test.

Laurence Vincent-Lapointe

Le Ligandrol est un produit qui a été développé pour traiter des cas des maladies dégénératives qui touchent les muscles et les os. Il permet d’accroître la masse musculaire, en plus d’aider à la récupération.

Il est à l’origine de la suspension d’une autre athlète cet été : la nageuse Shayna Jack, privée des mondiaux après avoir échoué à un test antidopage. L’Australienne de 20 ans ne comprend pas elle non plus comment ce produit a pu se retrouver dans son organisme.

Il faudra attendre à l’automne, entre la mi-septembre et le début octobre, pour entamer la procédure de révision de la suspension provisoire.

Selon les règles en vigueur à l'ICF, la canoéiste québécoise est passible d’une peine allant d’une réprimande à une suspension complète de deux ans.

« Son degré de faute est très très bas. J'étais un avocat à l'Agence mondiale antidopage pendant quatre ans, j'ai vu des milliers de cas et des faits comme ça sont très favorables selon moi », estime Me Klevinas.

Le Ligandrol, une catastrophe selon Christiane Ayotte

« Je veux poursuivre mon rêve olympique »

Fraîchement rentrée de Hongrie, où elle devait défendre trois titres aux mondiaux, Laurence Vincent-Lapointe est apparue la mine déconfite avant de prendre la parole.

« Vous m’avez vue en compétition. Vous savez à quel point j’ai travaillé fort chaque jour depuis l’âge de 7 ans. J’ai tellement sacrifié. J’ai interrompu mes études pour être prête pour les Championnats mondiaux qui allaient servir de qualifications pour les Jeux olympiques », a-t-elle d’abord dit.

Pourquoi aurais-je voulu tout risquer à un an des Jeux olympiques? Je sais que je peux être la meilleure sans aide artificielle. Pour moi, j’ai toujours considéré les dopés comme des tricheurs. Ces gens-là ne méritent pas de gagner dans le déshonneur. Mais voilà qu’un test me place dans une situation que je ne comprends pas. Je ne sais pas comment je suis arrivée là. J’aimerais me réveiller de ce mauvais rêve.

Laurence Vincent-Lapointe

En mêlée de presse, Vincent-Lapointe a répété à quel point elle était minutieuse dans sa préparation et dans la surveillance des produits qu’elle prend.

« Je suis un peu paranoïaque là-dessus, je fais vraiment attention à tout cela , a-t-elle répété. J’en suis au point où je n’ose même plus prendre des Tylenol pour un mal de tête. Alors, c’est sûr que les suppléments pour moi, c’est terminé. »

« Mes parents ont été là pour m’aider, a aussi raconté Laurence Vincent-Lapointe. Sans eux et l’équipe qui m’entoure, ç’aurait été très difficile de surmonter le choc initial. Sur le coup, je ne pouvais même pas pleurer. J’étais juste sous le choc. Je me suis mise en boule et j’ai demandé à voir ma mère. Je veux poursuivre mon rêve olympique. Ça reste mon objectif. »

Gros plan du visage d'une femme l'air éprouvé.

Laurence Vincent-Lapointe l'air abattu.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

« On va se battre avec elle »

D'ailleurs, Nathalie Vincent et Guy Lapointe étaient présents pour appuyer leur fille accablée par ce qui lui arrive.

« On devait partir aujourd’hui pour aller la rejoindre en Hongrie. Elle m’a téléphoné mardi dernier pour me dire ce qui lui arrivait. Je ne pouvais pas le croire, se souvient Nathalie Vincent. Laurence est dominante depuis 10 ans. Ça ne fait aucun sens qu’elle puisse avoir eu recours à une substance interdite quand elle sait qu’elle est constamment surveillée et testée. »

Pour Nathalie Vincent, sa fille sortira gagnante de la bataille scientifique et juridique qui s’annonce.

On va se battre avec elle. On va remuer ciel et terre pour qu’elle réalise son rêve olympique. Elle a travaillé tellement fort pour amener son sport aux Jeux. Elle doit pouvoir y aller.

Nathalie Vincent
Elle la serre dans ses bras.

Laurence Vincent-Lapointe et sa mère Nathalie Vincent

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

« C’est fondamentalement impossible qu’elle ait triché », a simplement dit son père Guy Lapointe, la gorge nouée par l’émotion.

En plus du soutien de ses proches, la Trifluvienne a indiqué avoir reçu de nombreux courriels d'appui tant de la part de ses coéquipières canadiennes que de ses rivales sur la scène internationale.

Laurence Vincent-Lapointe a décroché 13 médailles d’or aux Championnats du monde, dont une chez les U-23, entre 2010 et 2018. Elle cumule aussi deux records du monde : au C-1 200 m et au C-2 500 m en compagnie de Katie Vincent.

Elle se prépare à participer l’été prochain aux Jeux à Tokyo, où le canoë féminin fera son entrée dans le programme olympique.

Avec les informations de La Presse canadienne

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