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« Il faut réglementer le marché des suppléments » - Christiane Ayotte

Laurence Vincent-Lapointe.

Photo : Canoë Kayak Canada

Olivier Paradis-Lemieux
Antoine Deshaies

La directrice du laboratoire de contrôle du dopage de l'INRS-Institut Armand-Frappier, Christiane Ayotte, a réagi à la suspension provisoire pour dopage de la Québécoise Laurence Vincent-Lapointe, multiple championne du monde de canoë.

Vincent-Lapointe a été déclarée positive au Ligandrol, a révélé l’agence qui représente l’athlète à Radio-Canada Sports lundi.

« Le Ligandrol ou LGD-4033, c’est une des substances qui font partie d’une classe, les SARM, des modulateurs sélectifs des récepteurs aux androgènes […] Ce sont des substances qui sont complètement interdites au Canada. Ce ne sont pas des médicaments, ce ne sont pas des substances approuvées », explique Christiane Ayotte.

Pour l’Agence mondiale antidopage, de par l’activité que ce produit aurait selon les données de la littérature, [le Ligandrol] est considéré comme un anabolisant. Comme les stéroïdes, le stanozolol, la testostérone, qui sont bien connus. Les effets qui sont attendus sont les mêmes qui viendraient de la prise d’anabolisants.

Christiane Ayotte

« Mais le marché noir en fait la promotion en disant que ce sont des substances aussi efficaces que la testostérone, mais sans aucun des effets secondaires », ajoute la scientifique.

Même si ce ne sont pas des produits approuvés par Santé Canada, il est trop facile de s’en procurer sur Internet, déplore-t-elle.

« Si vous allez consulter le site de Santé Canada, précise-t-elle, il est bien mentionné que ce sont des substances dangereuses. Ce ne sont pas des médicaments qui sont homologués ou d’utilisation permise au Canada. Elles sont uniquement vendues pour le sport, la performance ou l’image corporelle. »

Elle répond aux questions dans un laboratoire.

Christiane Ayotte, directrice du laboratoire de contrôle du dopage de l’Institut Armand-Frappier de l'INRS

Photo : Radio-Canada

Dans son communiqué publié lundi matin, Canoë Kayak Canada disait, sans la nommer, que la substance dopante « a fait l'objet de récents cas de suppléments contaminés. Les informations préliminaires disponibles à ce point-ci indiquent que ce résultat anormal pourrait être causé par l'utilisation involontaire et inconsciente d'une substance interdite. »

Sans vouloir se prononcer sur le cas spécifique de Laurence Vincent-Lapointe, Mme Ayotte mentionne qu’il est en effet possible qu’un athlète entre en contact avec ce produit de manière involontaire.

« Est-ce qu’il peut y avoir contamination? Quand c’est fait dans le marché noir et que ce n’est pas fait dans l’industrie pharmaceutique, et si, par exemple, la personne qui prépare du Ligandrol prépare aussi des électrolytes ou des acides aminés, ou de la créatine, bien sûr qu’il peut y avoir de la contamination qu’on n’aura pas dans l’industrie pharmaceutique », dit-elle.

« Mais à la fin de ce processus-là, il y a quand même une infraction. Il y a un couteau dans la pièce, il y a un cadavre, ce n’est pas comme s’il n'y avait rien, souligne la scientifique. Ce qui s’enclenche maintenant, c’est quelle est la responsabilité de l’athlète envers la présence de ce produit dans son urine. Et c’est là que va se jouer toute la présentation de la preuve. »

Laurence Vincent-Lapointe échoue à un test antidopage

L’avocat spécialisé en droit du sport Sebastian Pyzik rappelle d’ailleurs que dans un cas de dopage, l’entièreté du fardeau de la preuve repose sur l’athlète.

« C'est elle essentiellement qui doit démontrer de quelle manière la substance s'est retrouvée dans son corps, dit le juriste. Et par la suite plaider les différents moyens de défense qui sont prévus au code applicable. »

« La question va être de savoir si l'athlète a commis une faute ou une négligence, ajoute-t-il. Quelles sont les précautions qu’elle a prises en prenant le produit, si elle est en mesure de le démontrer. Parce que le premier test applicable, c’est de savoir d’où vient le produit. La jurisprudence mondiale exige de savoir comment le produit s’est retrouvé dans son corps. »

Selon Christiane Ayotte, le test auquel a échoué Laurence Vincent Lapointe a été « diligenté par la Fédération internationale de canoë, donc ce sera à la fédération internationale de gérer le dossier. »

Si l’athlète est exonérée, s’il n’y a aucune trace d’aucune négligence ou intention, j’imagine que le sport trouvera une façon de passer rapidement outre. Mais il faut garder la tête froide, on ne voudrait pas qu’un athlète d’un autre pays soit traité autrement qu’objectivement. Il faut faire les choses comme elles doivent être faites.

Christiane Ayotte

La scientifique québécoise avance que la déréglementation de l’industrie des suppléments, amorcée aux États-Unis dans les 1990, est la source de l’apparition sur le marché de produits comme le Ligandrol, qui ne devraient pas être disponibles au Canada, mais aussi de la multiplication des cas de contamination croisée.

« Les athlètes sont au courant, assure-t-elle, il y a de l’éducation qui est faite. Il y a des suppléments qui sont testés pour l’absence de produits interdits… Mais encore là, j’en ai trop vu dans les 30 ou 35 dernières années, il y a toute la question à savoir si c’est vraiment nécessaire ces suppléments-là. Est-ce qu’on ne joue pas avec le feu? »

Si on demande aux athlètes s’ils prennent des produits, des suppléments, des contaminants, des pilules… Tous ont tellement le cerveau lavé qu’ils pensent ne pas être capables d’arriver à performer par une alimentation même rehaussée de tous les éléments dont ils ont besoin.

Christiane Ayotte

Aujourd’hui, l’antidopage mondial doit également composer avec cette nouvelle classe de produit dopant, les SARM, qui sont majoritairement produits en Chine et qui déferlent sur les tablettes virtuelles des magasins en ligne vantant l’efficacité de leurs suppléments.

« Ce sont des laboratoires chinois qui préparent en quantité importante, la poudre, le matériel de base et n’importe qui prépare des produits qui sont par la suite distribués librement sur Internet, même s’il ne devrait pas l’être », affirme-t-elle.

« Il y a une vulnérabilité qui est exploitée par une industrie qui est encore trop souvent peu réglementée, conclut-elle. On parle d’une industrie qui est folle. La Chine doit être réglementée. Ça vient de Chine, il faut réglementer ce marché-là. »

Canoë-kayak

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