•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La nageuse Katerine Savard fait le saut au cinéma

L’athlète de 26 ans a décroché le rôle principal dans le deuxième long métrage du cinéaste québécois Pascal Plante.

Elle sourit à la caméra.

Katerine Savard au micro d'Alexandre Despatie

Photo : Radio-Canada/Olivier Paradis-Lemieux

Alexandre Gascon

Katerine Savard a souvent joué le premier rôle dans la piscine, mais elle n’aurait jamais cru que la métaphore devienne réelle. Pourtant, la Québécoise jouera au cinéma dans le deuxième long métrage du cinéaste Pascal Plante, Nadia Butterfly, attendu en 2020.

Elle le confie d’emblée : ça ne faisait pas partie des plans. De tout ce que l'athlète a pu imaginer pour la suite de sa carrière, le cinéma ne lui a jamais effleuré l’esprit. Non pas que ce soit devenu le nouveau plan de match, mais disons que l’expérience inattendue a semblé éveiller un sentiment en elle.

« C’est vraiment une occasion que je n’attendais pas du tout. Comme le personnage principal est une nageuse, le producteur a réfléchi pour savoir s’il voulait une vraie nageuse. Finalement, il a communiqué avec moi et m’a demandé de venir faire les auditions. Je suis allée à leur studio et il m’a rappelé pour me dire que j’étais prise. J’étais surprise, excitée. Et finalement, j’adore ça », raconte Savard, jointe entre deux prises jeudi.

La jeune femme tourne ces jours-ci au Québec, dans l’œil du réalisateur Pascal Plante, un long métrage de fiction qui explore les défis de la retraite sportive.

Nadia, une nageuse de 23 ans, se prépare pour les prochains Jeux olympiques, la dernière compétition de sa carrière, tout en réfléchissant à la transition qui la mènera vers le monde réel, loin du sport de haut niveau. Une fable sur la quête d’identité, en somme, si familière aux athlètes qui vivent souvent de nombreux « microdeuils », comme les appelle Savard, bien avant d’avoir atteint la trentaine.

Le parallèle avec son propre parcours est frappant. La jeune femme originaire de Pont-Rouge entame les derniers mois de sa vie de nageuse avec, à la clé, l’objectif de se qualifier pour ses troisièmes et derniers JO en juillet prochain.

« C’est vrai qu’il y a des similarités, tu as raison. Je ne l’avais pas vu comme ça parce que je me détache beaucoup du personnage. »

Oui, ça ressemble à ma vie, mais beaucoup de choses sont différentes. [Nadia] se pose des questions, mais il n’y a pas vraiment de réponses là-dedans. On voit plus les microdeuils. Une fois que tu arrêtes, c’est des microdeuils avec tout ton entourage. Ton physio, ton masso, etc. Il y a ce parallèle, c’est certain. Mais c’est quand même différent de ma vie.

Katerine Savard

Néanmoins, cette proximité avec sa vie la sert à merveille jusqu’à présent. Savard admet qu’elle n’aurait pas eu la même aisance sur le plateau de tournage, si on lui avait demandé de jouer dans un film de guerre, par exemple.

Forte de son expérience d’athlète et des compétitions internationales, dont deux éditions des Jeux olympiques, la nageuse raconte ne pas hésiter à donner son avis sur l’aspect sportif de la fiction pour lui insuffler un peu de réalisme. Et la production (Némésis Films) fait de même pour encadrer les premiers pas de l’athlète dans un monde unique qui lui est encore étrange, selon elle.

Un autre univers

En plein cœur d’un bloc intense de 14 jours de tournage, Savard peine toujours à croire ce qui lui arrive.

La médaillée olympique est revenue des Jeux panaméricains à Lima, au Pérou, il y a trois jours, et enchaîne les projets d’envergure. Au téléphone, la voix fatiguée, enrouée, se réchauffe au fur et à mesure que la conversation progresse. Savard s’enflamme pour ce projet inusité.

Les plateaux de tournage sont bien différents des plots de départ.

« Je capotais au début, je ne comprenais rien. Je posais vraiment beaucoup de questions parce que je ne connais rien et ça me fascine. On m’a dit : "Ça fait drôle, d’habitude les acteurs font ce qu’ils ont à faire et c’est tout, ils ne posent pas de questions." Mais moi, je m’intéresse à tout parce que je ne connais rien et tout est nouveau », lance-t-elle.

J’ai été vraiment surprise du nombre de personnes qu’il y a sur un plateau. Il y a quelqu’un pour tout. Pour remplir ma bouteille d’eau. La première fois, j’ai été vraiment surprise. J’ai dit : "Je peux y aller toute seule."

Katerine Savard

« Ce matin, j’étais seule comme actrice, il n’y avait même pas de figurants et il devait y avoir 40 personnes autour de moi », dit-elle avec étonnement.

Elle enfile les journées de 12 heures à un rythme qui n’a rien à envier au 100 m papillon.

« [Mercredi], on a tourné de 7 à 7 et j’étais vidée. J’étais un peu surprise, ce n’est pas une compétition ni rien, mais ça demande une énergie différente. Tu répètes tout le temps et c’est demandant. Et la concentration que ça requiert… »

Le tournage se poursuit jusqu’à la fin août et reprendra un mois plus tard au Japon, théâtre des prochains Jeux olympiques et, incidemment, de la dernière compétition du personnage principal.

Elles sont sur le bord de la piscine.

Taylor Ruck, Kennedy Goss et Katerine Savard encouragent Penny Oleksiak.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

L’heure des choix

À l’instar du personnage qu’elle incarne, la carrière de Savard dans le bassin achève. La jeune femme reprendra l’entraînement en septembre en vue de se qualifier pour les Jeux de Tokyo en 2020. Son avenir sportif se jouera aux essais canadiens en avril prochain.

Savard ne se berce pas d’illusions, car elle n’est pas parvenue à se tailler un poste au sein de l’équipe déléguée aux derniers Championnats du monde. Ses options ne manquent pas.

Outre le cinéma, qu’elle ne considère pas encore comme une véritable option, elle a déjà commencé à faire de la suppléance l’année dernière après avoir obtenu son baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire.

« Une transition tout en douceur, j’ai l’impression », mentionne-t-elle.

« J’ai accompli tout ce que je voulais accomplir dans ma vie en natation. Si je le fais, il faut vraiment que je le fasse pour moi. J’aime nager. C’est le sport qui m’a tout apporté dans la vie. Je me trouverais un peu conne d’arrêter à sept mois de la fin. Même si je ne suis pas sélectionnée, je serai plus fière de me dire que j’ai été jusqu’au bout de ce que j’aime », conclut-elle.

En attendant, elle est retournée à ses premières amours au club de natation CAMO en compagnie de son entraîneur de longue date, Claude Saint-Jean. Une dernière occasion de briller sous les feux de la rampe avant d’essayer de le faire devant les caméras.

Natation

Sports