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L’Italie exclue des Jeux olympiques : commedia dell’arte ou tragédie grecque?

Un homme gesticule en point de presse

Le président du Comité olympique italien, Giovanni Malago

Photo : Getty Images / Robert Hradil

Robert Frosi

À moins d'un an des Jeux olympiques d'été de Tokyo, l'Italie pourrait en être exclue.

Cette semaine, le gouvernement italien a voté une loi en vue de restructurer le sport italien, dans laquelle on prévoit que le gouvernement aura la mainmise sur le Comité olympique national, le CONI. Il est aussi prévu que le gouvernement désignerait le président du CONI. On parle ici d'ingérence gouvernementale.

Le Comité international olympique (CIO) a réagi immédiatement en envoyant une lettre aux dirigeants olympiques italiens. À Lausanne, on s'inquiète de cette ingérence. On rappelle qu’elle est contraire à la charte olympique. Que dit la charte, justement?

« Les comités nationaux olympiques (CNO) doivent préserver leur autonomie et résister à toutes les pressions, y compris, mais sans s'y restreindre, les pressions politiques, juridiques, religieuses ou économiques qui pourraient les empêcher de se conformer à la charte olympique. Si la constitution, la législation, ou d'autres réglementations en vigueur dans ce pays, ou tout acte d'un organisme gouvernemental ou de toute autre entité ont pour effet d'entraver l'activité du CNO, les sanctions prévues en cas de transgression de la charte olympique peuvent aller jusqu'à la suspension ou le retrait de la reconnaissance du CNO. »

La situation est grave et il y aura une rencontre à Lausanne entre les responsables du CIO et une délégation italienne, nous a confirmé le directeur des communications du CONI.

« On se trouve dans une situation complètement paradoxale, car d’un côté, on demande une indépendance le plus possible des comités nationaux olympiques et de l’autre, s’ils veulent être candidats à l’organisation de Jeux olympiques, on leur demande de tenir compte à tout prix des politiques municipales et gouvernementales », explique le spécialiste des affaires olympiques Armand de Rendinger.

« Or, aujourd’hui, un certain nombre d’États prennent ça au pied de la lettre et considèrent que si le mouvement olympique doit exister, se maintenir, se développer et même se renforcer, il doit tenir compte des réalités politiques des pays qui doivent rendre des comptes à leurs contribuables », poursuit-il.

Quoi comprendre du geste du gouvernement italien?

« Ce qu’il faut comprendre tout d’abord, c’est qu’il y a une guerre interne en Italie entre le secrétaire d’État chargé des Sports, Giancarlo Giorgetti, et le président du Comité olympique italien, Giovanni Malago, dit le directeur des sports du quotidien italien Il Corriere della Sera, Daniele Dallera, qui a dévoilé toute cette affaire (c’est lui qui a publié la lettre que le CIO a envoyée au CONI).

Une guerre faite de coups bas et, surtout, d’incompatibilité de caractères. Le gouvernement a dénoncé cette lettre, y voyant une invasion, une ingérence, une intrusion du CIO en accord avec le CONI, dans les affaires du gouvernement italien. Le gouvernement a toute la légitimité de faire des réformes, que ce soit sur le plan économique, politique et même, évidemment, sportif. Mais cette réforme est plus qu’une réforme, c’est une révolution! Une révolution qui a secoué le monde sportif.

Daniele Dallera, directeur des sports du Corriere della Sera
Un homme songeur met sa main devant sa bouche.

Le secrétaire des Sports italien, Giancarlo Giorgetti

Photo : Getty Images / Tiziana Fab

Les risques d'exclusion des Jeux olympiques sont-ils possibles?

C’est une éventualité. Mais le CIO pourrait aussi envisager de faire participer les athlètes italiens sous bannière neutre à Tokyo, comme cela a été le cas aux derniers Jeux de Rio pour le Koweït.

Le CIO avait enquêté sur le Comité national koweïtien et avait conclu que le gouvernement était en totale ingérence. En 2012, l'Inde avait subi cette sanction. D'autres cas similaires existent dans l'histoire du mouvement olympique, dont le Panama en 2007 et l'Irak en 2008. Ce qui est paradoxal, c'est que cette affaire intervient deux mois à peine après la victoire de la candidature de Cortina d'Ampezzo-Milan pour l'obtention des Jeux d’hiver de 2026.

Pour le spécialiste des affaires olympiques Armand de Rendinger, une exclusion est peu probable.

« L’Italie est un pays majeur dans le dispositif olympique international, fait-il valoir. Elle a toujours eu une action très poussée, très proche des présidents en place, que ce soit du président Samaranch ou, aujourd’hui, Thomas Bach. Aujourd’hui, c’est une sorte de lutte de pouvoir. Aujourd’hui, le CIO, pour asseoir sa légitimité, veut envoyer le message que c’est lui le maître du monde, pas les politiques locales ou nationales. Mais d’un autre côté, les politiques nationales veulent montrer que c’est à elles que revient la responsabilité du développement de leur mouvement olympique national, mais aussi de l’ensemble du sport dans leur propre pays. »

Tout va se terminer avec une mise au point du rôle de chacun, mais de là à penser à une exclusion, je ne crois pas même si la menace est bel et bien réelle.

Armand de Rendinger, spécialiste des affaires olympiques

Nous avons appris que le CIO devrait rencontrer les responsables italiens au mois de septembre à Lausanne, à condition que le gouvernement réponde présent à cette table ronde. On saura alors si cette affaire se terminera bien comme dans la commedia dell’arte ou en tragédie grecque, où les acteurs sont les artisans de leur propre malheur.

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