•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Coupe Rogers : les officiels, une espèce en voie de disparition?

Des dizaines de personnes posent pour une photo de groupe sur un terrain de tennis.

Les arbitres et officiels de la Coupe Rogers 2019 ont pris la pose pour souligner le 40e anniversaire du tournoi montréalais.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Chabot

Jean-François Chabot

MONTRÉAL - Les officiels sont omniprésents sur le terrain, mais absents des souvenirs des amateurs qui savourent le tennis à la Coupe Rogers. Bientôt, ils pourraient bien ne plus être de la partie.

Ce sont des passionnés qui ont fait leurs premières armes dans des tournois de catégorie inférieure, tels des championnats locaux, puis provinciaux, ou des tournois comme les Internationaux juniors de Repentigny et les Challengers de Granby ou de Gatineau.

Le directeur de la Coupe Rogers et vice-président de Tennis Canada, Eugène Lapierre, ne se gêne pas pour affirmer que dans un avenir proche, avec l’avènement de tous les moyens technologiques, les arbitres pourraient être appelés à disparaître.

On a déjà la possibilité d’appeler les balles d’une façon complètement électronique. Je suis en désaccord avec la façon dont on applique l’appel électronique présentement. Je suis contre le fait qu’un joueur ne dispose que de trois appels, alors que l’on pourrait déjà revoir toutes les balles [entre les services]. Les joueurs n’auraient plus à porter l’odieux d’une contestation.

Eugène Lapierre, directeur de la Coupe Rogers

Il estime que ce système a été mis en place afin de créer un peu de suspense pour les spectateurs. Pour lui, le joueur qui a utilisé ses trois recours se retrouve brimé quand survient une situation litigieuse cruciale et qu’il ne peut plus faire appel.

Le système Hawk-Eye n’a déjà plus le monopole en la matière. Une autre entreprise du nom de Foxtenn est entrée dans la danse avec un outil de haute performance. La compétition entraîne le progrès et l’avancement des technologies.

À Milan, au tournoi NextGen qui couronne le meilleur joueur de moins de 21 ans à la fin octobre, on a déjà éliminé les juges de ligne pour faire entièrement place à l’assistance électronique.

Seul un arbitre de chaise reste, mais Eugène Lapierre croit qu’un jour viendra où les joueurs et les chasseurs de balles seront les seuls présents sur les courts.

Il est dans son bureau de Tennis Canada.

Eugène Lapierre

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Chabot

Encore en service

Nous n'en sommes pas encore là sur l'ensemble de la planète tennis. Ici, à Montréal, ils sont nombreux à voir à l'application efficace des règles.

Ils sont près d’une centaine d’officiels, d’arbitres de chaise et de juges de ligne. Deux des arbitres et environ 30 % des juges de ligne sont des gens d’ici. Les autres viennent d’un peu partout aux États-Unis et d’Europe. Ils sont des réguliers sur le circuit.

Eugène Lapierre

Il est impossible de comparer avec les éditions précédentes, mais en 2019, les femmes ne représentent qu’une faible minorité de l’ensemble du groupe.

Lapierre dit cependant que Tennis Canada déploie les efforts nécessaires pour obtenir une représentation équitable parmi ceux et celles qui sont recrutés chez nous.

Il existe à la fédération un département dont le rôle est de promouvoir la fonction d’arbitre ou d’officiel. Mais on ne se bouscule pas aux portes pour décrocher une place, selon le directeur de la Coupe Rogers.

« Très rares sont ceux qui ne feront que ça. La plupart ont des occupations autres afin de gagner leur vie. Ils essaient quand même de participer au plus grand nombre d’événements possible », affirme-t-il.

Il est penché et a les mains sur les genoux.

Un juge surveille attentivement le jeu derrière Rafael Nadal

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Chabot

L’humilité avant tout

Eugène Lapierre, qui a lui-même agi comme arbitre dans le passé, est formel : « Si personne ne nous remarque, c’est le meilleur compliment que l’on puisse avoir. Ça veut dire que l’on a bien fait notre travail. »

Pour lui, au-delà d’une excellente acuité visuelle et d’excellents réflexes, la qualité primordiale d’un bon juge de ligne est l’humilité.

En effet, à moins d’une énorme controverse, les officiels sont pratiquement invisibles. Le travail est ingrat. Chacun doit prendre des décisions instantanées. Mais personne n’est à l’abri d’une erreur.

Impossible à un moment donné de ne pas en manquer une. Il y a toujours une conversation muette qui se fait entre l’arbitre de chaise et le juge de ligne, et ce, après chaque appel. Si vous prêtez attention, vous verrez qu’il y a un contact visuel après chaque appel. C’est l’occasion pour l’arbitre de corroborer et la plupart du temps appuyer la décision qui vient d’être rendue.

Eugène Lapierre

Il insiste pour rappeler que si un juge voit sa décision infirmée par l’arbitre, il ne faut pas le prendre de façon personnelle.

« C’est d’autant plus vrai aujourd’hui avec le recours possible au système Hawk-Eye qui offre une reprise synthétisée de la trajectoire et du point d’impact de la balle. Les joueurs peuvent contester l’appel et là tout le monde voit. Mais la moyenne humaine reste très bonne. Quand les juges se trompent, c’est souvent une question de millimètres », soutient-il.

Il regarde un échange.

L'arbitre de chaise Mohamed Lahyani

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Chabot

Sur une période de cinq ans au milieu des années 80, Lapierre a été l’un de ces officiels. À l’époque, il a côtoyé des gens qui agissent encore aujourd’hui en tant qu’officiels à la Coupe Rogers.

En 1988, quand le tournoi s’appelait les Internationaux Matinée, il était sur la chaise haute pour la finale remportée par l’Argentine Gabriela Sabatini face à une représentante de ce qui était encore l’Union soviétique, Natasha Zvereva.

« Je suis content de l’avoir fait, dit Lapierre sur un ton soulagé. Je trouvais ça un peu stressant. »

En attendant ce jour où l'humain n'aura plus sa place dans l'arbitrage, les personnes intéressées par une carrière d’arbitre ou de juge de ligne peuvent s'adresser à Tennis Canada, qui offre des stages de formation à raison d’un ou deux par année au Québec.

Il faudrait en profiter pendant que les officiels sont encore « in ».

Tennis

Sports