•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Catherine Léger et Deondra Green : des jumelles cosmiques aux ambitions olympiques

Très proches, les sprinteuses de 19 ans visent discrètement une place dans l’équipe nationale à Tokyo.

Montage de photos des deux athlètes avant une course

Catherine Léger et Deondra Green

Photo : Radio-Canada / Sébastien Lauzon

Simon Cremer
Michel Chabot

C’est presque un scénario de cinéma pour ces deux sprinteuses remplies de potentiel nées à 17 jours d’intervalle. L’une est, de son propre aveu, paresseuse, mais douée d’un talent naturel, l’autre est plus calculée. Elles sont rivales sur la piste, mais elles sont aussi meilleures amies.

Catherine Léger et Deondra Green sont deux des plus beaux espoirs du Québec en athlétisme, et elles pourraient rivaliser pour une place dans l’équipe olympique.

« Je pense que Tokyo ça serait possible, a dit simplement Léger, rencontrée à la Classique d'athlétisme de Montréal. Il faudrait que je continue à m’améliorer. Ça serait peut-être dans une équipe de relais. Je regarde ça du coin de l’œil. On verra comment ça va se passer. »

« Mon objectif est d’être dans l’équipe B pour le relais 4 x 100 m à Tokyo, a précisé Deondra Green. Ils vont prendre les six meilleures, alors c’est ce que je voudrais. »

Avant d’aller plus loin, tempérons les attentes : Green et Léger ont chacune un œil sur une place de substitut dans l’équipe du relais. Il n'est pas question, pour l’instant, d’aller jouer dans la cour des grands.

« On a deux très bonnes sprinteuses au niveau U-20, a reconnu Laurent Godbout, directeur de la Classique. Catherine Léger est très polyvalente. Elle peut courir du 100 au 400 m. En fin de semaine aux Championnats canadiens, elle a gagné le 200 et fini 2e au 100 m. Elle a battu le record québécois au 200 m des moins de 20 ans. »

« C’est difficile de prédire l’avenir, a-t-il souligné. Dans le hockey, les meilleurs juniors ne font pas toujours les meilleures carrières professionnelles. Mais Catherine a tous les outils nécessaires. Elle a surtout la tête, mais elle a un bon physique. Elle est travaillante, elle est très intelligente. Je crois qu’elle a tout ce qu’il faut pour réussir dans l’avenir, quel que soit son choix.

« Deondra Green est davantage dans le 100 et 200 m. Elle était douée dès un très jeune âge. Je la vois un jour dans les relais des compétitions internationales. »

Les outils sont donc là. Aux Championnats canadiens, dans la catégorie des moins de 20 ans, Green a terminé devant Léger au 100 m. Au 200 m, c’est Léger qui a devancé Green.

Les deux jeunes femmes, qui courent pour le club Saint-Laurent Sélect, ont épaté la galerie aux Championnats panaméricains des moins de 20 ans au Costa Rica. Léger y a même établi ce record québécois avec un chrono homologué de 23,17 s.

Hormis ces quelques secondes de compétition, Léger et Green sont les meilleures amies du monde. « Même si elle me devance, je l’encourage, adit Green. En athlétisme, il n’y a pas de place pour la discorde. On est dans la même équipe. »

« Le fait qu’elle soit à côté de moi, ça m’aide à courir plus vite. C’est une belle rivalité. C’est une super chance que j’ai d’avoir une fille comme elle à mes côtés », a renchéri Léger.

Je crois que c’est grâce à elle que je performe aussi bien aujourd’hui. Quand elle fait bien, je fais bien. On bat nos records ensemble, on se pousse à aller plus vite. Ça m’aide vraiment d’avoir une amie aussi proche.

Catherine Léger, à propos de Deondra Green

Si Léger et Green sont passionnées d’athlétisme, leur parcours n’a pas été exactement le même. Green n’a pas hésité à le confirmer, ça n’a pas toujours été facile d’être disciplinée à l’entraînement.

« Au début, l’athlétisme, je n’aimais pas vraiment ça, parce que je suis paresseuse de nature! Mais j’ai fini par m’habituer. Il faut que je me discipline à m’entraîner, mais j’aime ça, parce que je progresse. »

Son entraîneur au club d’athlétisme, Rasheed Din, confirme les propos de sa protégée. « Honnêtement, c’est une athlète phénoménale. Oui, elle est paresseuse. Mais du moment qu’elle foule la piste, elle roule. Elle est rapide, elle est motivée, et elle a faim pour avoir des résultats. Malheureusement, des fois il faut la pousser à l’entraînement, oui! »

« Les athlètes qui commencent à un jeune âge se brûlent rapidement au niveau junior ou senior, a poursuivi Din. C’est difficile de maintenir le niveau de performance. Mais Deondra est vraiment une athlète d'élite, qui a pu maintenir son niveau. L’an prochain, elle sera senior pour la première fois. »

Léger, de son côté, a une approche plus méthodique à son sport. « Elle a une facilité à s’adapter rapidement, a noté son entraîneur Tony Kwan. On lui demande de corriger quelque chose et elle le fait tout de suite. »

« Elle est nerveuse, mais elle gère très bien la pression. C’est normal d’être nerveux. C’est un bon stress et elle peut le canaliser, le transformer en énergie pour la compétition. »

Tony Kwan, entraîneur de Catherine Léger

« Ça a pris du temps avant que j’aie de bons résultats. J’ai toujours été patiente. Je ne me suis jamais trop entraînée, a raconté Léger. Pour éviter que je me blesse ou que je me brûle, j’y suis allé progressivement. Je me suis améliorée année après année. C’est ça qui m’a permis de me rendre au niveau où je suis maintenant. »

Léger et Green seront de retour sur la piste à Montréal, l’an prochain, pour les Championnats canadiens et les sélections olympiques. Entre-temps, les deux jeunes femmes entameront leur carrière universitaire. Dans un cas comme dans l’autre, les options ne manquent pas.

Des grands programmes ont signalé leur intérêt. Pour Green, il est question, au moins, des universités de Guelph et de Toronto, au Canada, et de Cornell, Miami, Floride et UCLA aux États-Unis.

Léger a mentionné UCLA, Maryland, Duke et Colorado State parmi les institutions qui voudraient l’avoir comme étudiante-athlète. « Il faut que je décide bientôt, mais je suis quand même détendue par rapport à ça. Je veux prendre mon temps pour faire la bonne décision. »

C’est donc une année charnière qui pointe à l’horizon pour ces deux jeunes femmes. Elles auront le luxe de souffler un peu, avant de plonger dans les choses sérieuses. « La saison est presque finie. Je crois que j’ai accompli tous mes objectifs », dit Catherine Léger.

« Mon seul objectif maintenant, c’est de m’amuser. »

Elle prend le départ d'une course.

Catherine Léger

Photo : Radio-Canada / Sébastien Lauzon

Créer un rendez-vous à Montréal

Montréal accueillera encore l’été prochain les Championnats canadiens d’athlétisme, en plus des sélections olympiques.

Pour Laurent Godbout, l’occasion était parfaite pour convaincre le milieu de l’athlétisme canadien de passer un peu plus de temps au Québec. Ainsi est née la Classique de Montréal.

« On a déjà fait quelque chose de semblable dans les années 1990. Après les Championnats canadiens, on faisait des soirées de demi-fond sur la piste de l’Université McGill.

« Plusieurs années plus tard, on a décidé de faire revivre le concept, garder les athlètes des Championnats canadiens et de les faire participer à une compétition après les nationaux et offrir une chance aux athlètes de faire de bons chronos en dehors des Championnats canadiens, mais aussi avec des athlètes d’autres pays. »

Cette première édition a connu un franc succès avec 305 inscriptions et des athlètes de 12 pays. « Je suis content de voir autant de diversité pour une compétition qui est finalement de niveau national », reconnaît Godbout.

« On veut utiliser cet événement comme levier pour attirer les athlètes ici. En 2021, quand les Championnats canadiens seront à Langley, notre travail sera de convaincre les entraîneurs et les athlètes de revenir à Montréal. »

Athlétisme

Sports