•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'athlétisme québécois progresse lentement, mais sûrement

Il écarte les bras de son corps à l'arrivée.

William Paulson gagne le 1500 m des Championnats canadiens.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Justine Roberge

Les Championnats canadiens d’athlétisme, qui se sont conclus dimanche à Montréal, ont démontré que le talent québécois est bien vivant. Oui, l’athlétisme progresse bien dans la province depuis les dernières années, mais il serait fautif de crier victoire trop rapidement. Le chemin est encore long pour que les athlètes d'ici brillent davantage sur la scène nationale et internationale.

La récolte de l'élite québécoise aux nationaux a été considérable. Au total, 33 athlètes sont montés sur le podium, catégories seniors et des moins de 20 ans confondues. C’est 4 de plus qu’en 2018.

Chez les seniors, 14 Québécois sont repartis avec une médaille et 4 sont parvenus à décrocher un titre canadien : Gabriel Slythe-Léveillé (400 m haies), William Paulson (1500 m), Stevens Dorcelus (saut en longueur) et Patrick Hanna (triple saut).

« Il faut remonter à 5 ans pour avoir une meilleure récolte que 33, affirme l’entraîneur-chef de l’Équipe du Québec d’athlétisme, Félix-Antoine Lapointe. Donc, c’est globalement positif. C’est un pas dans la bonne direction, mais c’est sûr que sur le moyen et le long terme. On veut faire mieux et être plus ambitieux. »

Il y a un an, la Fédération québécoise d’athlétisme a pris un virage en créant le poste de Lapointe, ancien entraîneur-chef du programme d’athlétisme du Rouge et Or de l'Université Laval, avec comme objectif principal d’améliorer les performances des athlètes dans les compétitions nationales et internationales.

Spécialisé en course de demi-fond, l’entraîneur encadre une vingtaine de coureurs qui sont basés à Québec au quotidien, en plus de faire le lien entre la fédération et les entraîneurs des athlètes ailleurs dans la province.

Lapointe le dit : le niveau actuel est à peu près le meilleur qui a été vu dans les 10 dernières années. Mais c’est loin d’être parfait.

« Il reste encore beaucoup de travail à faire pour pouvoir se rapprocher de ce qui se fait par exemple en Ontario ou en Colombie-Britannique, qui ont été les provinces les plus dominantes sur la scène nationale dans les dernières années. Des athlètes talentueux, il y en a au Québec, ce n’est pas ça qui manque. »

Qu’est-ce qui cloche au Québec? Qu’est-ce que ces provinces réussissent mieux qu’ici? Pour l’entraîneur, il y a deux aspects importants : le réseau d’initiation et les installations.

[En Ontario et en Colombie-Britannique], ils parviennent à toucher un gros bassin d’athlètes qui s’initient à l’athlétisme au secondaire. Au Québec, on doit mieux vendre notre sport chez les jeunes. Il faut s’assurer qu’en milieu scolaire il y ait plus de jeunes qui soient initiés à l’athlétisme et qu’il ait un meilleur lien entre ce qui se fait dans les écoles et dans les clubs civils. Souvent, dans les écoles secondaires, les sports d’équipes sont plus populaires, donc les sportifs de talent vont être plus attirés à jouer au football ou au basketball.

Félix-Antoine Lapointe

L’autre enjeu, c’est de fournir des structures adaptées qui permettent aux athlètes de bien se développer.

« Il faut s’assurer qu’on ait des environnements propices à la haute performance lorsque l’athlète est un peu plus vieux et mature. Dans nos universités, ça prend des installations de qualité, plus d’entraîneurs à temps plein qui vont chercher des connaissances à la fine pointe, des intervenants, des équipes médicales, etc. »

L’appel de la NCAA

Au Québec, mais aussi ailleurs au Canada, on ne peut pas nier le fait que des athlètes s’expatrient pour aller s’entraîner aux États-Unis. Le circuit de la NCAA est bien sûr attrayant, mais la météo y est aussi pour quelque chose.

« [D’aller étudier aux États-Unis], ce n’est pas forcément une mauvaise chose, dans le sens où ils ont l’opportunité d’avoir un réseau de compétition qui est relevé, avec de bonnes installations et un bon personnel d’encadrement, explique Lapointe. Aussi, il y a certaines épreuves qui sont plus difficiles de pratiquer en saison hivernale au Québec, donc il faut être créatif et voir comment on peut améliorer nos installations. »

Dans certains cas, il est possible de faire des compromis, comme ç’a été le cas avec Charles Philibert-Thiboutot, spécialiste du 1500 m. Basé majoritairement à Québec et entraîné par Lapointe, le coureur a l’occasion de prendre part à des camps aux États-Unis pour se perfectionner.

Il y a moyen d’être inventif, mais encore faut-il avoir les ressources financières pour pouvoir se permettre ça.

Félix-Antoine Lapointe
Il regarde le tableau indicateur avec les mains sur les hanches.

Charles Philibert-Thiboutot

Photo : Getty Images / Cameron Spencer

L’argent est certainement un aspect qui est considéré avant de se lancer dans une carrière en athlétisme. Après leur parcours universitaire, grand nombre d’athlètes choisissent de poursuivre sur le marché du travail, faute de soutien financier.

« Si l’athlète n’a pas déjà de support ou de brevet national d’Athlétisme Canada en sortant de l’université, quand il va peser le pour et le contre, il risque de favoriser l’aspect professionnel, quitte à faire de l’athlétisme pour le plaisir. Il y a souvent de bons athlètes qu’on aurait aimé voir essayer de percer un, deux ou trois ans de plus. Ce n’est pas un problème qui sera facile à régler du jour au lendemain. Mais plus on va être capable d’offrir des conditions d’entraînement et un support financier intéressants à nos athlètes, plus il y en a qui vont avoir envie de poursuivre dans le sport de haut niveau. »

Une mentalité à changer

Offrir de meilleures installations, améliorer le recrutement, fournir un meilleur financement, c’est le but. Mais il faut aussi arrêter de seulement vouloir faire bonne figure, selon Lapointe.

« Si on regarde par exemple les épreuves d’endurance, il y a une certaine époque où quand un coureur courait 5000 m sous la barre des 15 minutes chez les hommes, on était impressionnés et on trouvait ça exceptionnel. Mais ça se trouve que pour aller aux Olympiques et être dans les meilleurs au monde, il faut courir 13:30, 13:20, 13:10. Donc oui, c’est bien pour un niveau provincial 15 minutes, mais il faut changer la mentalité de ne pas juste être bon sur la scène provinciale et revoir nos standards. »

Ce que ça prend pour être dans les bons classements québécois, c’est un peu plus relevé que ce que ça prenait il y a 5, 10 ans. Ça varie d’une épreuve à l’autre, mais il y a quand même une plus grande profondeur maintenant.

Félix-Antoine Lapointe

Philibert-Thiboutot, Farah Jacques et Mathieu Bilodeau étaient les seuls Québécois aux Jeux de Rio en 2016. L’objectif à long terme est d’en envoyer une dizaine, voire une quinzaine.

« On veut plus d’athlètes qui se qualifient pour les équipes nationales. Ultimement, ce sont les Olympiques et les mondiaux, mais il y a aussi plusieurs opportunités aux Championnats du monde juniors ou aux Jeux panaméricains juniors, par exemple. Les athlètes qui vont vivre ces expériences-là en retirent un bagage, ils ont des outils de plus et se mesurent aux meilleurs de leur catégorie. Quand ils reviennent à l’entraînement, ils sont plus motivés d’atteindre le haut niveau international. »

Les mondiaux d’athlétisme se tiendront du 28 septembre au 6 octobre, à Doha, au Qatar. La Québécoise Aiyanna Brigitte-Stiverne est l'une de celles qui ont réalisé le standard de l’IAAF pour cette compétition. Athlétisme Canada présentera son équipe le 26 août, soit la date de fin de la période de qualification. Chaque pays peut sélectionner un maximum de trois athlètes par épreuve.

La Classique d'athlétisme de Montréal mercredi et celle de Québec vendredi seront de belles occasions pour les athlètes qui comptent améliorer leurs résultats.

Athlétisme

Sports