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chronique

Lance Stroll en Allemagne ou comment sortir de l'ornière

Lance Stroll sous la pluie à Hockenheim

Lance Stroll sous la pluie à Hockenheim

Photo : Racing Point

Philippe Crépeau

BILLET - Les analystes ne s’entendent pas sur la note à donner à Lance Stroll pour sa performance à Hockenheim, au Grand Prix d'Allemagne.

Le réseau britannique Sky Sports lui donne une note de 8,5 sur 10, avec comme arguments qu’il a finalement atteint Q2 en qualification, et qu’en course, il s’est bien défendu face au pilote Mercedes-Benz Valtteri Bottas (qui est finalement parti à la faute) et à Carlos Sainz (McLaren) dans le dernier tour pour s'assurer de la 4e place.

Le site Planet F1 est plus sévère et lui accorde une note de 6 sur 10. Il explique que, sans cet arrêt aux puits providentiel au 44e tour, Stroll n’aurait pas marqué le moindre point à Hockenheim puisqu’il roulait en 14e position à ce moment-là, et qu'il n'avait pas réussi à profiter des nombreux abandons pour monter au classement.

Tout cela est vrai. Et le pointage réel (et mérité) se trouve sans doute entre les deux. Il faut donner à Lance Stroll le fait d’avoir pris la décision de mettre des pneus lisses, pour piste sèche, au 44e tour. Car justement, la piste n’était pas sèche.

Les mécaniciens s'affairent autour de la voiture.

L'arrêt décisif de Lance Stroll au 44e tour du Grand Prix d'Allemagne pour passer de pneus pluie à pneus lisses .

Photo : RDS/TSN

« J’ai dit à l’équipe : "Allons-y, je suis 14e, on n’a rien à perdre" », a-t-il révélé après la course. Une décision courageuse compte tenu de l'état de la piste. Surtout qu’il avait déjà effectué quatre arrêts et deux sorties de piste.

« Dans ces conditions, c'est toujours un coup de dés, a-t-il dit. Je me suis arrêté cinq fois. Et, dans quatre des cinq arrêts, il s'est avéré que ce n'était pas les bons pneus. Après mon quatrième arrêt, j'ai fait deux tête-à-queue. »

Le Québécois a ensuite évité les écueils et s'est servi de sa tête pour ne pas se laisser emporter par sa témérité dans des combats contre Kvyat et contre Vettel qui auraient ruiné son effort.

Il a surtout bravement résisté pendant six tours à la pression que lui a imposée Valtteri Bottas dans la Mercedes-Benz, les deux monoplaces étant équipées du même moteur.

La voiture de Stroll est juste devant celle de son adversaire.

Lance Stroll et Valtteri Bottas

Photo : RDS/TSN

Si Lance Stroll n’était pas complètement heureux du résultat de l’épreuve, c’est qu’il avait un podium au bout des bras, et qu’il l’a laissé tomber.

« J’ai fait une erreur à mon premier tour en pneus lisses dans le virage 8. En faisant un écart hors piste, j’ai permis à Daniil (Kvyat) de me rattraper. Il m’a dépassé ensuite », a avoué Stroll après la course.

Kvyat l'a devancé au 50e tour sur 64, en route vers le podium que lorgnait le Canadien, clairement déçu en franchissant la ligne d'arrivée.

« Je voulais tellement aller sur le podium pour vous, les gars, a-t-il dit par communication radio à ses mécaniciens. J'ai vraiment essayé. Je voulais vous l'offrir ce podium. Mais bon, on peut être content de cette quatrième place. »

Cela dit, Stroll a franchi la ligne d’arrivée, et c’est ce qu’une équipe demande avant toute chose à son pilote : éviter la casse et terminer la course.

Il a conclu l'épreuve contrairement à plusieurs aspirants au podium : Charles Leclerc, Valtteri Bottas et Nico Hülkenberg (qui roulait en 4e place au moment de son abandon). Ils ont tous frappé les pneus de protection au virage no 16. Même Lewis Hamilton s'est fait prendre au même endroit.

Contrairement aussi à son coéquipier Sergio Pérez, qui a glissé hors piste dès le deuxième tour.

La voiture est sur le gazon près d'un muret.

Sergio Pérez après sa sortie de piste à Hockenheim au 2e tour du Grand Prix d'Allemagne

Photo : RDS/TSN

Dans la colonne des plus

Lance Stroll a offert à l’équipe Racing Point le meilleur résultat de sa courte histoire, soit depuis que le consortium mené par Lawrence Stroll a pris le contrôle des opérations. M. Stroll a dû apprécier que ce soit son fils qui réussisse ce coup fumant.

Stroll a marqué d'un coup 12 points, alors qu'il n'en avait marqué que 6 en 10 courses. Et il a fait le plein de points, alors que son coéquipier n’en a marqué aucun.

Le Québécois a bondi au 12e rang du classement général et a une avance de cinq points sur Pérez.

Il passe la ligne d'arrivée.

Lance Stroll en Allemagne

Photo : Racing Point

Il était plus que temps que Stroll réussisse à passer en Q2, après 10 tentatives infructueuses, pour sortir de cette profonde ornière qui se creusait de course en course.

J’écrivais le 25 juillet que les deux dernières courses (Allemagne et Hongrie) avant la pause estivale étaient cruciales pour Lance Stroll et pour Racing Point.

À Hockenheim, les deux ont fait du bon boulot.

L'équipe Racing Point devait absolument offrir à ses pilotes une voiture plus efficace, ayant prévu mettre en piste à la fin juillet une version B de la RP19.

Il regarde les mécaniciens travailler sur sa monoplace.

Lance Stroll dans le garage de Racing Point

Photo : Getty Images / Charles Coates

« La voiture a subi un régime », a dit Stroll dans le paddock d’Hockenheim.

L’équipe a redessiné les pontons, les rétroviseurs, le capot moteur de la RP 19 dans le but de régler le problème de stabilité du train arrière.

Les yeux experts ont vu une ressemblance avec la Red Bull RB15.

Stroll et Pérez ont senti la différence dès les essais libres de vendredi. En qualification, le Mexicain a confirmé à l’équipe qu’elle avait travaillé dans la bonne direction en se qualifiant en 8e place.

Passer en Q2 ne suffit pas

Le Québécois aurait dû en tirer égal profit. Sa performance en Q2 est à mettre dans la colonne des moins.

Son chrono de 1:13,256 lui avait permis de finir Q1 au 14e rang, mais il n'a pas pu faire mieux en Q2. Il a été éliminé avec le 15e temps.

Entre nous, y a-t-il une grande différence à finir la qualif en Q2 au 15e rang ou en Q1 au 16e?

Le directeur général de l'équipe, Otmar Szafnauer, a dit que Lance Stroll avait souffert du manque d’équilibre de sa voiture en Q2. Je n’y crois qu’à moitié.

En le voyant travailler autant du volant, et glisser, dans son dernier tour rapide, j’ai pensé qu’il avait simplement trop poussé, ou surpiloté comme on dit dans le milieu, peut-être trop heureux d’être en Q2.

Si sa voiture valait 1:13,256 en Q1, pourquoi a-t-il perdu deux dixièmes (1:13,450) en Q2? La voiture de Pérez avait tourné en 1:13,194 en Q1 et a été encore plus rapide en Q2 (1:13,065).

L’équipe a-t-elle voulu faire des ajustements aérodynamiques à la voiture de Stroll après Q1 pour lui permettre de rejoindre les chronos de Pérez?

Le résultat est que Stroll a semblé surpris par le comportement de sa voiture en Q2. Rappelons que Q2 ne dure que 15 minutes, et que, généralement, les pilotes ne font que deux tours chronométrés.

Gros plan du pilote dans sa voiture.

Lance Stroll pendant le Grand Prix d'Allemagne

Photo : RDS/TSN

Il a cédé sept places à son coéquipier sur la grille de départ à Hockenheim, ce qui est beaucoup trop.

Stroll a encore du chemin à faire en qualification. Mais libéré de l’embarras d’être incapable de passer en Q2, il sera dans de meilleures dispositions psychologiques pour disputer la séance de qualification du Grand Prix de Hongrie samedi.

Ce sera l’occasion pour lui de sortir complètement de l’ornière, à condition que la version B de la RP19 se sente à l'aise sur le petit circuit sinueux de Budapest.

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