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Affaire Semenya : vers une révolution des catégories de genre dans le monde du sport?

L'athlète sud-africaine est en pleine course.

Caster Semenya

Photo : Getty Images / Francois Nel

Agence France-Presse

La conclusion du contentieux entre Caster Semenya et la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) pourrait révolutionner la définition des catégories hommes/femmes dans le monde du sport, sur fond de grands débats éthiques, médicaux et scientifiques soulevés par le nouveau règlement sur les athlètes hyperandrogènes.

Depuis 10 ans, le droit à concourir dans la catégorie féminine de Semenya, athlète sud-africaine hyperandrogène, double championne olympique et triple championne du monde au 800 m, est remis en question par l'IAAF.

Pour l'état civil, Semenya est une femme. Mais pour l'IAAF, les femmes comme elle, avec des attributs masculins venant d'une différence du développement sexuel, sont des « hommes biologiques », une notion fermement contestée par le camp de la Sud-Africaine.

La biologie doit l'emporter sur l'identité dans le contexte du sport, selon la fédération, qui entend protéger l'équité dans la catégorie féminine.

« Est-ce que l'IAAF a la légitimité pour définir le sexe d'une personne, aller à l'encontre de l'état civil, s'interroge l'anthropologue Philippe Liotard, spécialiste des discriminations dans le sport. Ce règlement a pour conséquence de juger l'identité d'une personne. »

« Le sport a été construit sur cette dichotomie entre hommes et femmes, sur une conception binaire des sexes », note la sociologue Béatrice Barbusse, auteure du livre Du sexisme dans le sport.

Il n'y a pas de rupture biologique entre les hommes et les femmes, mais une continuité, car il existe des individus, comme Caster Semenya, qui ne se situent ni d'un côté ni de l'autre.

Béatrice Barbusse

« On peut imaginer dans 50 ans que l'on soit arrivé à un niveau sociétal suffisamment élevé pour accepter qu'il n'y ait plus de catégorisation de genre obligatoire. Cette affaire peut bousculer complètement l'organisation du sport de demain. »

D'ici à ce que cette prédiction se réalise vraiment, l'IAAF adopte un règlement reconnu comme discriminatoire par le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui l'a toutefois estimé « nécessaire, raisonnable et proportionné » dans sa décision rendue le 1er mai.

Le Comité international olympique (CIO) a créé un groupe d'experts chargé de se pencher sur la question.

Elle a quelques longueurs d'avance.

Caster Semenya mène le peloton du 800 m devant la Canadienne Melissa Bishop.

Photo : Getty Images / Olivier Morin

Un règlement fondé sur une étude contestée

Publiée en juillet 2017 dans le British Journal of Sport Medicine, l'étude des Drs Stéphane Bermon et Pierre-Yves Garnier s'appuie sur les mondiaux de 2011 et 2013.

En comparant les résultats du tiers des compétitrices avec la plus haute concentration de testostérone, à ceux du tiers des compétitrices à la plus faible concentration, elle conclut que les femmes avec un haut taux de testostérone ont un avantage significatif dans plusieurs disciplines, dont le 400 m, le 400 m haies, le 800 m, le saut à la perche et le lancer du marteau.

À la tête de la contestation, les professeurs Roger Pielke, Ross Tucker et Erik Boye estiment après recherches que de 17 à 33 % des données sont erronées. Des athlètes ou des chronos sont dupliqués par erreur, certains résultats ne correspondent à aucun résultat réel.

Ils ont obtenu de l'IAAF 25 % des données utilisées pour l'étude, se plaignant de ne pas avoir accès à la totalité. L'IAAF invoque le secret médical.

Pour réduire leur taux de testostérone, les athlètes concernées par le règlement peuvent subir une gonadectomie (ablation des gonades, à savoir les ovaires ou les testicules) ou suivre un traitement hormonal, comme la pilule contraceptive.

Mais peut-on forcer des personnes qui ne sont pas malades à prendre des médicaments pouvant occasionner des effets secondaires? Non, selon l'Association médicale mondiale (AMM), qui a appelé les médecins à boycotter le règlement de l'IAAF, craignant des traitements injustifiés, non fondés sur une nécessité médicale.

Plus largement, plusieurs détracteurs du règlement dénoncent le ciblage des seules femmes possédant un chromosome Y.

« Cela rappelle les tests de féminité utilisés pendant plusieurs décennies », note devant le TAS le Dr Eric Vilain, conseiller du Comité international olympique (CIO) sur la question des sportives hyperandrogènes, qui qualifie ces tests de « désastre scientifique ».

À partir des années 1960, l'IAAF et le CIO avaient appliqué des tests de féminité : des examens des parties génitales, puis des tests chromosomiques, parfois suivis d'examens gynécologiques. Décriés et coûteux, les tests ont été abandonnés dans les années 1990.

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