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Kylie Masse, un besoin d’équilibre pour noyer les doutes

Elle nage sur le dos.

Kylie Masse

Photo : The Canadian Press / JASON FRANSON

Alexandre Gascon

Kylie Masse attaquera les prochains Championnats du monde de la FINA, du 12 au 28 juillet à Gwangju, en Corée du Sud, avec l’objectif de reconquérir son record du monde dont on l’a dépouillée l’été dernier et auquel elle pense encore. Beaucoup.

Trop, peut-être, de son propre aveu.

« J’y pense beaucoup, mais je ne peux rien y changer, alors j’essaie de le chasser de mon esprit », avoue la jeune femme de 23 ans.

Facile à dire. Un nom revient constamment lorsqu’il est question de natation canadienne, celui de Penny Oleksiak, évidemment, mais Masse est certainement celle qui a fait le plus de vagues depuis les Jeux de Rio.

Nommée deux fois nageuse de l’année par Natation Canada (2017 et 2018), la dossiste de LaSalle, en Ontario, est devenue la première Canadienne à décrocher une médaille d’or en natation aux Championnats du monde de la FINA. Au passage, elle a réécrit le record du monde du 100 m dos en finale avec un temps de 58 s 10/100.

Elle montre sa médaille d'or.

Kylie Masse

Photo : Getty Images / Christophe Simon

Un an plus tard, sa rivale américaine Kathleen Baker l’effaçait en 58 s tout juste. Mais quelle importance, au fond, ce record du monde peut-il avoir?

« C’est très important. C’est une marque que j’aimerais récupérer. Je suis vraiment très fière de l’avoir brisée en 2017. Ç’a été une année difficile après ça et, de la voir brisée l’été dernier, ç'a été difficile. Ça m’a aussi donné de la motivation et m’a inspiré à continuer. J’ai besoin d’avoir des objectifs encore plus élevés », raconte la nageuse.

Le fait que Masse juge aussi sévèrement son année 2018 en révèle beaucoup sur ce que ses succès aux JO (bronze en 2016) et aux mondiaux 2017 ont engendré comme transformation.

À l’image de l’équipe canadienne féminine, plus dominante que jamais, elle se compare uniquement à la fine fleur de son sport.

Au cours de cette saison 2018 « difficile », elle a tout de même remporté quatre médailles aux Jeux du Commonwealth et une autre d’or aux Championnats panpacifiques, toujours au 100 m dos, sa spécialité. Mais ce fait d’armes que Baker lui a arraché ressort à ses yeux comme le fait saillant de la saison.

La pression

Depuis ses fameux mondiaux de 2017 à Budapest, Masse voit les choses d’un autre œil. « Le plus gros changement a été l’approche mentale de mes courses et de mon entraînement. »

« C’était devenu un peu plus difficile quand j’ai brisé le record du monde en 2017, parce que j’ai senti davantage de pression et d’attentes. Et je m’en suis mis davantage aussi. Depuis, j’ai appris à mettre ça de côté, rester dans mon corridor et me concentrer sur ce que j’ai à faire », explique l’athlète olympique.

Encore une fois, la chose est plus facile à appliquer en théorie qu’en pratique.

« Je suis encore en apprentissage, j’avoue. Il faut que je me souvienne pourquoi je nage et pourquoi j’aime la natation et la compétition. Je ne dois pas trop réfléchir, laisser mon corps contrôler ce qu’il a à faire. Il sait quoi faire, il faut juste que je le lui permette.

C’est bien d’aller à l’école. Ça me donne un équilibre. Si mon entraînement ne s’est pas bien passé, je rentre à la maison, je fais mes devoirs. Je ne suis peut-être pas de bonne humeur, mais au moins je me concentre sur autre chose.

Kylie Masse

Masse a obtenu ce printemps son diplôme de l’Université de Toronto, où elle nageait pour les Varsity Blues, l’équipe universitaire.

À un peu plus d’un an des Jeux olympiques de Tokyo, elle bascule chez les professionnels et tentera l’aventure de la nouvelle Ligue internationale de natation (ISL).

Divisée en 8 équipes de 25 nageurs de tous azimuts, la ligue commencera ses activités en octobre à Indianapolis et a fixé sept rendez-vous à son calendrier, avec la grande finale à Las Vegas au mois de décembre.

Masse retrouvera l’esprit de camaraderie avec son équipe, les Condors de Cali, qui lui a été si salvateur pendant son séjour universitaire. Sa soif de compétition ayant besoin d’être apaisée, parfois, par des partenaires et un environnement décontractés.

« [Les Varsity Blues] ont joué un rôle majeur dans mon succès. Ce groupe, c’est pratiquement une famille pour moi. Des frères et des sœurs. À Toronto, ils mélangent les hommes et les femmes à l’entraînement. Certaines écoles ne le font pas, mais j’aime vraiment pouvoir compétitionner contre des gars. D’avoir autant de gens autour de moi dans cet environnement, ça aide à te pousser à un autre niveau.

Elle se lance du plot de départ.

Kylie Masse

Photo : The Associated Press / Rick Rycroft

« C’est vraiment facile de s’apitoyer sur soi. Tu t’entraînes tellement et tu ne nages pas toujours à plein régime. Il y a de ces jours où tu ne trouves pas ton rythme et tu ne fais pas exactement ce que tu devrais faire. Ça arrive naturellement, mais c’est facile de s’en vouloir quand ça arrive. Avoir des gens dans ton entourage qui sont dans le même bateau, ou qui nagent plus vite peut-être, permet de garder un environnement positif. C’est vraiment important », fait valoir la championne du monde en titre.

L’esprit en paix, les idées claires, Kylie Masse prend les bouchées doubles. En plus de sa spécialité au 100 m dos, « de la vitesse, du sprint pur où je n’ai pas besoin de penser », l’athlète met de plus en plus l’accent sur le 200 m.

Aux essais nationaux, elle a amélioré son record canadien sur la distance en un temps de 2:05,94. Depuis deux ans, elle a pratiquement abaissé d’une seconde l’ancienne marque de sa prédécesseure Hilary Caldwell, médaillée de bronze à Rio.

De quoi effrayer ses rivales, considérant qu’elle est encore en plein apprentissage de cette distance aux antipodes du 100 m qu’elle ne nageait même pas il y a à peine plus de deux ans.

Il y a un aspect stratégique à maîtriser encore entre « un départ rapide et de l’endurance », quoiqu'elle trouve tranquillement ses repères.

« À quel point j’utilise mes jambes dans les 100 premiers mètres, combien il me reste d’énergie pour la dernière ligne droite. Il faut que je préserve mes jambes dans les 100 premiers mètres pour aller plus vite à l'avenir. Il faut jouer avec tout ça. Il y a tellement plus d’éléments qui composent le 200 que le 100. »

Les doutes maintenant chassés, les entraînements dans le bonheur et la légèreté, les performances en pleine ascension : Kylie Masse semble avoir retrouvé son équilibre. Si elle n'y pense pas trop, qui sait si elle ne peut pas à nouveau abaisser le record du monde.

Avec la collaboration d'Olivier Pellerin

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