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chronique

La curieuse offre supposément hostile du CH...

Ils sont debout près de la table du CH pendant le repêchage.

Geoff Molson et Marc Bergevin

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Martin Leclerc

BILLET — La meilleure façon de décrire le propriétaire des Hurricanes de la Caroline, Tom Dundon, serait de dire qu’il passe son temps, une lime à la main, à faire des coches sur des pièces de 10 ¢. Et qu’avec les résidus, il essaie de fabriquer d’autres pièces de 10 ¢...

Au printemps 2018, au moment où il venait de prendre possession de son équipe de hockey, Dundon s’est mis à la recherche de son futur directeur général. Toutefois, les candidats qu’il rencontrait tournaient les talons dès qu’ils apprenaient que le salaire annuel proposé s’élevait à 400 000 $, soit 250 000 $ de moins que le salaire minimum d’un joueur de quatrième trio.

En 2018-2019, à sa première saison complète aux commandes des Hurricanes, Dundon s’est aussi distingué par le nombre restreint de joueurs qui composaient son équipe. En plus des 20 joueurs qui doivent normalement être utilisés pendant les matchs, les organisations de la LNH ont l’habitude de garder 3 autres joueurs dans leur giron (la plupart du temps un septième défenseur et deux attaquants de réserve). Or, les Hurricanes ont passé à peu près toute la saison 2018-2019 à 20, 21 et parfois 22 joueurs.

Il n’y a pas de petites économies pour Tom Dundon.

***

Sachant cela, on sourit en imaginant la réaction qu’a pu avoir le financier texan, lundi, en apprenant que le Canadien de Montréal venait de déposer une offre hostile de 42,27 millions dans l’espoir de lui soutirer son meilleur joueur, le talentueux centre Sebastian Aho.

Imitant une technique employée par... les Hurricanes de la Caroline en 1998 (alors qu’ils tentaient de ravir Sergei Fedorov aux Red Wings de Détroit), Marc Bergevin a structuré son offre de manière à ce que d’importants bonis de signature soient versés à Aho dans les 12 premiers mois de l’entente. Les factures de juillet 2019 et de juillet 2020 totalisent donc 21,87 millions. Pour la petite histoire, en 1998, les Red Wings avaient égalé l’offre des Canes.

Pour un propriétaire gratteux ou aux prises avec des difficultés financières (Dundon a perdu quelque 70 millions dans la courte aventure de l'Alliance américaine de football (AAF) plus tôt cette année), une telle facture s’avère probablement difficile à digérer. Mais pour un homme d’affaires ayant un minimum de fierté et, surtout, pour un gestionnaire soucieux de ne pas prêter flanc à d’autres attaques semblables à l’avenir, la seule chose à faire consiste à égaler l’offre et à garder son centre numéro un pour les cinq prochaines saisons.

Pour cette raison, cette offre supposément hostile du CH envers le propriétaire gratte-sous des Hurricanes ne surpassera probablement jamais le stade de l’anecdote. Et à moins que Dundon soit soudainement devenu insolvable (ou idiot), Sebastian Aho ne portera jamais le chandail du Canadien.

Il porte une casquette aux couleurs de l'équipe.

Le propriétaire des Hurricanes,Tom Dundon

Photo : Associated Press / Gerry Broome

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Établissons tout de suite les faits. Les équipes de la LNH ne soumettent à peu près jamais d’offres hostiles aux joueurs autonomes avec compensation des organisations adverses parce que les dispositions de la convention collective rendent cette démarche à peu près impossible.

Depuis 2013, aucune équipe n’avait daigné présenter une offre de contrat à un jeune joueur d’une organisation adverse. Auparavant, entre 2005 et 2013, huit offres hostiles avaient été déposées, et sept avaient été égalées par la formation qui détenait à l’origine les droits sur le joueur convoité.

La seule offre hostile ayant fonctionné durant cette période a été un contrat de 5 ans d'une valeur de 21,5 millions consenti à Dustin Penner par les Oilers d’Edmonton. L’offre des Oilers était tellement démesurée que les Ducks d’Anaheim avaient préféré perdre Penner et empocher la compensation, soit des choix de premier, deuxième et troisième tours. Penner a finalement connu une seule bonne saison à Edmonton.

Sachant cela, la direction du Tricolore ne pouvait sérieusement croire qu’elle avait une bonne chance de mettre la main sur Sebastian Aho.

Durant son point de presse, Marc Bergevin a expliqué que son groupe avait perçu une vulnérabilité dans le camp adverse (le portefeuille de Dundon) et qu’il tentait tout simplement de l’exploiter. Quand on y pense à deux fois, ce n’est pas très sportif...

Il est près de la bande.

Sebastian Aho

Photo : Associated Press / Karl B DeBlaker

***

Le plus étonnant dans cette histoire, c’est que tant qu’à tirer sur l’ambulance, le Canadien n’ait pas décidé d’y aller avec un bazooka au lieu de se servir d’un pistolet.

Aho est l’un des meilleurs jeunes attaquants de la LNH. On pourrait arguer qu’il se situe dans la même catégorie que des jeunes supervedettes comme Mitch Marner, Jack Eichel et Mathew Barzal, qui ont toutes été repêchées la même année que lui en 2015.

À ses trois premières saisons dans la LNH, le centre finlandais a maintenu une moyenne de 28 buts et de 39 passes par tranche de 82 matchs. Et il est loin d’avoir atteint son apogée!

Sa moyenne de points par match de 0,81 est légèrement inférieure à celle des Marner (0,92), Eichel (0,90) et Barzal (0,88). Mais du groupe, Sebastian Aho est le deuxième pour les buts (0,34 but par match contre 0,35 but par match pour Eichel).

L’offre, avec un salaire annuel de 8,454 millions, limite la compensation que le CH devrait remettre aux Hurricanes à un choix de premier, de deuxième et de troisième tours. Pour mettre la main sur un joueur vedette sur le point d’entamer ses meilleures années, c’est l’équivalent d’une poignée de pinottes. Le Tricolore, rappelons-le, a déjà déboursé deux choix de deuxième tour pour obtenir Andrew Shaw.

En soumettant à Aho une offre de 10,568 millions par saison, le Bleu-blanc-rouge aurait pu y aller pour la jugulaire et indisposer davantage Tom Dundon. Et la compensation à offrir avec un tel salaire (deux choix de premier tour, un choix de second tour et un choix de troisième tour) aurait encore été raisonnable. Sur cinq ans, cette offre (qui n’aurait acheté qu’une seule année d’autonomie d’Aho) aurait toutefois chambardé le marché de la LNH. Pas sûr que Bergevin voulait s’attirer les foudres de tous ses confrères.

Au bout du compte, l’offre supposément hostile est trop molle et, à moins d’un miracle, elle sera égalée par les Hurricanes.

Dans son point de presse, le directeur général de la Caroline, Don Waddell, a laissé savoir qu’il allait attendre le plus longtemps possible (il dispose d’un délai de sept jours) pour répondre à l’offre du Canadien.

Pendant ce délai, le marché des joueurs autonomes (et le marché des échanges) se videra de sa substantifique moelle. Et quand la musique s’arrêtera, Marc Bergevin risque de n’avoir que le gardien réserviste Keith Kinkaid à montrer à ses joueurs, qui espéraient du renfort en vue de la prochaine saison.

« En déposant cette offre, nous voulons envoyer un message à nos partisans et à nos joueurs », a plaidé Marc Bergevin.

Le hockey est un business de résultats. Si Dundon et Waddell se tiennent debout, quand la poussière sera retombée, le message que retiendront les partisans et les joueurs sera qu’il ne s’est rien passé pour le Canadien cet été.

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