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Les petites équipes de F1 gagnent leur bataille : il y aura un plafond budgétaire

Le pilote canadien roule dans les puits du circuit Gilles-Villeneuve.

Lance Stroll dans la voiture de Racing Point

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Les équipes devront travailler à partir de 2021 sous un plafond budgétaire de 175 millions de dollars américains. Ce nouveau cadre financier a été adopté par les 10 équipes, la FIA et Liberty Media, propriétaire de la F1.

La F1 tente de rédiger pour la saison 2021 de nouveaux règlements techniques et sportifs. Mais les discussions traînent en longueur. La date limite pour s'entendre était le 30 juin, soit le soir du Grand Prix d'Autriche.

Lors d'une réunion au sommet à la veille des essais du Grand Prix de France, il a été décidé qu'il fallait donner du temps au temps, et qu'il fallait reporter la date limite à la fin octobre.

Les petites équipes ont alors imposé une condition : oui à changer la date limite pour l'adoption des règlements techniques et sportifs, mais seulement si le cadre financier est adopté tout de suite.

Le marché a été conclu.

Daniel Ricciardo se glisse dans sa voiture.

Le garage de l'équipe Red Bull

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Les plans initiaux prévoyaient une réduction progressive sur une période de trois à cinq ans. Au lieu de cela, le plafond de 175 millions sera effectif en 2021.

Il y aura évaluation annuelle du chiffre avec une certaine flexibilité intégrée pour relever le plafond en raison de l’inflation.

Le plafond adopté n'est pas une formule « tout inclus ».

En effet, n'y seront pas soumis les déplacements, les salaires des pilotes et des dirigeants, le coût des groupes propulseurs, ainsi que les dépenses d'ordre marketing et juridique.

Le plafond sera donc dans les faits d'environ 250 millions. Loin du plafond espéré à 150 millions par les petites équipes.

Le plus grand défi pour la Fédération internationale de l'automobile (FIA) sera de faire respecter ce plafond. Les équipes sont invitées à mettre à l’essai le nouveau règlement financier en 2020, sans obligation réglementaire.

De lourdes sanctions sont envisagées pour toute équipe reconnue coupable d’infraction, notamment une perte de points et la suspension éventuelle de la licence de la FIA ​​d’un directeur d’équipe.

C'est le Britannique Nigel Kerr, ancien cadre pour Honda, Brawn GP et Mercedes-Benz, qui sera chargé de veiller à la mise en place et au respect du plafond.

On craint déjà des vagues de licenciements dans les usines des équipes de pointe.

Aux règlements techniques et sportifs existants s'ajoute avec effet immédiat un troisième volet, un règlement financier.

Le président de la FIA, Jean Todt, n'était pas forcément partisan d'un plafond, mais la situation actuelle en F1, avec ses courses à deux vitesses, l'a obligé à revoir sa position.

« J’avoue que j’avais certains doutes », dit-il d'entrée de jeu au micro de Radio-Canada.

« Mais j’ai été convaincu. Et c’est pour cela qu’aujourd’hui, je suis tout à fait en phase avec les décisions prises pour la réduction et la limitation des coûts, pour les chiffres qui vont permettre un rapprochement entre les petites et les grandes équipes », ajoute-t-il.

Il discute avec un journaliste assis à une table.

Le président de la FIA Jean Todt en entrevue à Radio-Canada

Photo : Société Radio-Canada / Sylvain Charest

« On sait que la F1 coûte cher. Notre rôle est d’essayer de réduire les coûts. Il y a une inflation des coûts. Plus il y a de technologie, et plus il y a l’augmentation des coûts. »

La nouvelle génération de moteurs de F1 hybrides et turbocompressés, apparue en 2014, a fait exploser le budget des moteurs, tant ils coûtent cher à concevoir et à exploiter.

« Il y a effectivement un coût important pour le développement du moteur, concède M. Todt. C’est une des raisons pour laquelle nous n’avons pas voulu réécrire le règlement.

« Nous allons nous assurer que les équipes privées puissent avoir un moteur à disposition à coût abordable. Mais quand on parle de technologie, d’optimisation des performances, il y a un coût qui est significatif », prévient-il.

Déjà, il y a 10 ans, la FIA avait tenté d'imposer un plafond budgétaire aux équipes. Le président de la FIA de l'époque, Max Mosley, y tenait. Il a perdu.

Il arrive au circuit de Silverstone.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Max Mosley en 2009, alors président de la FIA

Photo : Getty Images / SHAUN CURRY

« Ce qui n’était pas possible il y a 10 ou 15 ans peut être aujourd’hui possible avec l’évolution des technologies, avec les moyens qui existent maintenant, soutient-il. Et le chiffre décidé ne comprend pas tous les coûts liés à l’engagement en F1. »

« Donc, il y aura une diminution importante par rapport à la situation actuelle, mais la F1 restera la discipline la plus onéreuse des championnats de la FIA », conclut le président de la FIA.

Williams en croisade

Parmi les équipes qui militaient pour l'introduction d'un plafond budgétaire, il y a Williams.

« Ce plafond est essentiel pour garantir que Williams puisse progresser à l'avenir, a plaidé Claire Williams au micro de Radio-Canada.

« Nous travaillons avec un budget légèrement moins élevé, alors ce chiffre de 175 millions nous convient. Ça va obliger les équipes comme Ferrari, Mercedes-Benz, Red Bull à diminuer leurs dépenses, car elles ont des budgets trois à quatre fois plus élevés que ça. »

Selon le magazine allemand Auto Bild, voici les budgets des équipes de F1 en 2018 :

  • Mercedes-Benz : 524 millions de dollars américains (au cours du 22 juin 2019)
  • Ferrari : 500 M$ US
  • Red Bull : 408 M$ US
  • McLaren : 290 M$ US
  • Renault : 233 M$ US
  • Sauber : 157 M$ US
  • Williams : 157 M$ US
  • Toro Rosso : 145 M$ US
  • Haas : 128 M$ US
  • Force India : 128 M$ US (renommée Racing Point depuis)

NDLR : Mercedes-Benz, Ferrari et Renault construisent leur propre groupe propulseur

Claire Williams souhaite que le plafond bâti à la hauteur de 175 millions de dollars permette de revenir à une compétition plus équilibrée et plus saine.

« Nous n'avons pas fait un bon travail ces dernières années, et c'est pourquoi nous sommes en fond de grille, admet la fille du fondateur de l'équipe, Frank Williams. Mais il y a des facteurs qui peuvent expliquer cela, notamment le fait que les grandes équipes dépensent nettement plus que nous. Ça ne nous aide pas, et ça n'aide pas notre sport.  »

Elle répond aux questions devant la caméra.

Claire Williams en entrevue à Radio-Canada

Photo : Société Radio-Canada / Sylvain Charest

« Il y a aussi le fait que la notion de constructeur a perdu sa réelle signification depuis quelques années, en raison de ces partenariats techniques entre les équipes » , rappelle-t-elle.

Parmi les équipes appelées clientes, nommons Haas, qui profite d'un partenariat technique très poussé avec Ferrari.

L'équipe américaine utilise le groupe propulseur italien et la suspension avant, qui dicte le design aérodynamique de la voiture.

De plus, le fabricant Dallara, qui construit le châssis de Haas, peut utiliser la soufflerie de Ferrari.

Gros plan des voitures en pisteAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Kevin Magnussen (Haas) suit de près Sebastian Vettel (Ferrari).

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Ces partenariats techniques dont parle Claire Williams ont eu l'effet pervers de voir apparaître des équipes satellites, ou équipes B, qui servent de laboratoire aux équipes de pointe.

« Nous avons travaillé incroyablement fort pour imposer ce que nous croyons être juste, clame la directrice générale de Williams, non seulement pour notre équipe, mais pour l'ADN de notre sport que nous voulons conserver. »

« J'espère que cela permettra de garantir une plus grande parité des équipes en piste », conclut-elle.

Les petites équipes semblent avoir gagné la première bataille, avec cet accord sur l'imposition d'un plafond budgétaire. Mais ce plafond tiendra-t-il le coup quand il s'agira de finaliser en octobre les règlements techniques et sportifs pour 2021?

Rien n'est moins sûr.

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