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chronique

Jeux olympiques de 2026 : l’Italie ou la Suède, ou le désert olympique

Le président du CIO, Thomas Bach, s'adresse aux médias en conférence de presse.

Le président du CIO, Thomas Bach, prend des mesures pour raviver l'intérêt envers l'organisation des Jeux olympiques.

Photo : Associated Press / Patrick Semansky

Robert Frosi

BILLET – C’est lundi qu’on connaîtra la ville hôtesse des Jeux olympiques d’hiver de 2026. Deux candidatures mixtes sont en lice : Stockholm et Are, en Suède, et Milan et Cortina d’Ampezzo, en Italie. Mais comment peut-on expliquer une telle pénurie de candidatures?

Les Jeux olympiques seraient-ils désertés?

La question mérite d’être posée!

Il y a encore un an, elles étaient neuf en lice pour l’obtention des Jeux olympiques d’hiver. Il y avait Graz (Autriche), Calgary, un regroupement italien avec Milan, Turin et Cortina, Sapporo (Japon), Sion (Suisse), Erzurum (Turquie) et Stockholm et Are (Suède).

La plupart des villes qui se sont désistées l’ont fait à cause des coûts qu’engendre la présentation des Jeux. Chaque fois, les populations concernées ont rejeté les Jeux par référendum. Il faut dire que les villes qui proposent leur candidature ont été largement échaudées par l’explosion des budgets initiaux des Jeux.

Pour vous donner une idée, en 2010, les Jeux de Vancouver, qui devaient avoir un budget de deux milliards de dollars, avaient finalement coûté entre sept et huit milliards. Pire encore : à Sotchi, on était passé d’une prévision de 12 milliards de dollars à une réalité qui a atteint le chiffre astronomique de 50 milliards. Les Jeux les plus chers de l’histoire, été et hiver confondus.

Dans ce contexte, les villes préfèrent gérer elles-mêmes le développement de leurs infrastructures et leurs choix sociaux plutôt que d’être sous le diktat du Comité international olympique (CIO).


Quelles sont donc les chances des deux candidatures?

Tout d’abord, Stockholm et Are. Le principal atout de cette candidature est la rareté des Jeux olympiques dans ce pays. Il faut remonter à 1912 pour en trouver une trace (excluons ici les Jeux équestres de 1956 tenus à Stockholm parce que les lois australiennes compliquaient l’entrée des animaux sur l’île-continent). Autre point positif : 75 % des installations existent déjà.

Mais il y a plusieurs problèmes dans la candidature suédoise. Tout d’abord, la frilosité des autorités politiques, qui ne soutiennent pas directement la présence des Jeux. La population n’est pas non plus chaude à l’idée, l’appui envers le projet ne s’élève qu’à 37 %.

Jasmine Flury aux mondiaux d'Are en Suède

Are, en Suède, a récemment accueilli les mondiaux de ski alpin.

Photo : Getty Images / Alexis Boichard/Agence Zoom

Et même si on prédit les Jeux les plus propres de l’histoire, l’autre faiblesse du dossier suédois est la distance entre les sites olympiques.

Par exemple, la station d’Are, où seraient disputées les épreuves de ski alpin, est située à 600 km de Stockholm. Et il faut plus de trois heures de transport entre la capitale suédoise et Falun, site choisi pour le ski nordique. Quant à la piste de luge, de bobsleigh et de skeleton, elle se cache à Sigulda, en Lettonie, de l'autre côté de la mer Baltique.

Dernier tracas pour les Suédois, leCIO a aussi demandé cette semaine une clarification sur les garanties financières des différents paliers de gouvernement.

Et la candidature italienne? Celle-là a commencé à battre de l’aile dès ses débuts.

On avait proposé une alliance tripartite avec Milan, Cortina d’Ampezzo et Turin. Dans un fond de bisbille politique, une partie de bras de fer s’est engagée entre Milan et Turin pour savoir qui serait le leader de la candidature. Turin, qui avait organisé les Jeux en 2006, a fini par laisser tomber la partie.

Le patinage de vitesse lors des Jeux olympiques de 1956 à Cortina d'Ampezzo

Cortina d'Ampezzo a déjà accueilli les Jeux olympiques d'hiver en 1956.

Photo : Getty Images / Keystone

La riche ville de Milan, avec le soutien de toute la région, a fini par s’associer à Cortina d’Ampezzo. Problème de la candidature italienne, le pays a déjà accueilli les Jeux d’hiver à deux reprises : Cortina, en 1956, et Turin, en 2006, en plus des Jeux d’été de Rome, en 1960.

Mais cela ne devrait pas peser lourd dans la balance, car la Chine va accueillir les Jeux de 2022 après ceux de 2008. Et au Japon, Tokyo a organisé les Jeux d’été en 1964 et en 2020, tandis que les Jeux d’hiver ont eu lieu à Nagano en 1998.

Du côté italien, le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, sera à Lausanne pour défendre le dossier aux côtés de la légende du ski Alberto Tomba. Pour l’anecdote, le skieur suédois Ingmar Stenmark, lui aussi légendaire, s’est fait plutôt rare pour la défense de la candidature de son pays.

Dernier point positif pour le dossier italien, 87 % de la population appuie la candidature transalpine. C’est sans compter l’énorme influence des Italiens dans les couloirs olympiques! Du côté du budget de fonctionnement, les deux candidatures sont à égalité avec un total annoncé d’environ deux milliards de dollars.


Devant la rareté des candidatures, le CIO n’a plus vraiment le choix de changer sa politique. On peut même dire qu’il est au pied du mur.

Confronté à cette nouvelle réalité, il a déjà commencé à transformer ses méthodes en proposant notamment un dédommagement de 925 millions de dollars aux villes hôtesses. Le président Thomas Bach a même parlé de « révolution » cette semaine à l’ouverture de la session de la commission exécutive.

Un comité spécial a été mis en place pour faire des propositions afin de raviver le peu d’intérêt des villes candidates. On suggère notamment d’être plus souple sur de nombreux terrains, à commencer par le délai de sept ans entre la désignation et l’organisation des jeux.

Comme pour 2026, des candidatures pourraient encore s’opposer, mais le CIO pourrait aussi ne recommander qu’un seul projet. Thomas Bach a déclaré qu’« une ville unique pourrait être proposée par la commission exécutive si elle était jugée au-dessus du lot ».

On encouragera aussi des candidatures communes de pays. Le président a annoncé cette semaine : « Nous encouragerons les candidatures à chercher des solutions hors de leurs frontières si elles ne possèdent pas certaines installations et n’ont pas de nécessité à les construire ».


Le CIO est donc à la croisée des chemins et est obligé de se renouveler. Si le spectacle olympique ne change pas de mise en scène, il risque à l’avenir de faire comme le Cirque Barnum, qui n’avait pas su s’adapter aux nouvelles réalités et qui a disparu au profit de spectacles plus modernes comme ceux du Cirque du Soleil.

Le CIO n’a plus le choix. Il doit repenser son modèle d’affaires et devenir un co-organisateur des Jeux. Une association qui serait liée aux bénéfices comme aux déficits.

Certaines grandes fédérations qui gèrent des sports comme l’athlétisme, le soccer ou la natation commencent à réfléchir à leur intérêt à participer aux Jeux et surtout au manque à gagner qui en découle.

Une première alerte avait secoué les colonnes du temple aux derniers Jeux de Pyeongchang, quand la Ligne nationale de hockey avait gagné sa partie de bras de fer avec les instances olympiques en empêchant ses joueurs d'y aller. Reste à savoir si le message sera entendu et si la vieille dame, qui fête ses 125 ans cette année, trouvera sa fontaine de Jouvence.

Pour le moment, le seul changement plutôt cosmétique du CIO, c’est l’inauguration de son nouveau siège, toujours à Lausanne, construit au coût de 200 millions de dollars. On parle d’un investissement durable, mais pour combien de temps?

Reste qu’on peut s’interroger sur la symbolique de cette nouvelle architecture qui nous offre une maison de verre. Est-ce que ce sera suffisant pour briser l’image d’opacité de l’organisation?

Sports