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chronique

Pourquoi la MLB veut-elle replonger Montréal dans un mauvais film?

Des partisans foulent le terrain pour l'occasion.

Le dernier match des Expos à Montréal s'est joué le 29 septembre 2004 contre les Marlins de la Floride.

Photo : Getty Images / Charles Laberge

Martin Leclerc

Les amateurs de sport montréalais et québécois ont déjà joué dans un très mauvais film scénarisé par le baseball majeur. Quelque 15 ans après le départ des Expos, même si nous n’avons rien demandé, nous voilà collectivement replongés dans une saga qui sonne faux.

Le comité exécutif de la MLB a officiellement donné la permission au propriétaire des Rays de Tampa Bay, Stu Sternberg, d’étudier la possibilité d’instaurer un système de « garde partagée » de son club de baseball entre la région de Tampa et Montréal. Le commissaire du baseball majeur, Rob Manfred, en a fait l’annonce jeudi.

Selon cet étrange scénario, à compter de 2023 ou de 2024, les Rays disputeraient leurs matchs locaux à Saint Petersburg à partir du mois d’avril, pour ensuite déménager à Montréal au début de l’été afin d’y jouer la deuxième portion de leurs matchs à domicile.

Sur le compte Twitter des Rays, Stu Sternberg a réagi en se disant « engagé à maintenir une équipe de baseball majeur à Tampa pour des générations à venir » et en ajoutant que le concept « une équipe, deux villes » mérite d’être étudié sérieusement.

À Montréal, Stephen Bronfman a réagi par communiqué. Nous travaillons d’arrache-pied depuis plusieurs années pour examiner comment nous pouvons ramener le baseball à Montréal de manière durable. Ce concept est vraiment intéressant pour mes partenaires et pour moi et nous avons hâte de l’étudier plus en profondeur, a-t-il fait savoir.

Le hic, c’est que l’idée de MM. Sternberg et Bronfman semble pas mal faite. Le 22 février dernier, trois confrères de La Presse publiaient d’ailleurs un article expliquant que le concept de « garde partagée » était le scénario principal présenté aux gouvernements par Stephen Bronfman et son groupe d’investisseurs. L’annonce faite jeudi par le commissaire Manfred confirme donc la nouvelle publiée dans La Presse.

Simple question : si ce projet est dans les cartes depuis plusieurs mois, pourquoi Sternberg et Bronfman ne naviguent-ils pas à visage découvert? Et pourquoi présentent-ils cette idée comme une nouveauté méritant d’être étudiée, alors qu’elle a depuis longtemps été présentée aux élus?


À Montréal, plusieurs observateurs se disent ravis de cette annonce. Ils tiennent pour acquis que Montréal se transformera en foyer d’accueil pour les Rays en attendant que leur bail au Tropicana Field de Saint Petersburg, dont l’échéance est prévue en 2027, prenne fin.

Le hic, c’est que Sternberg et Bronfman s’engagent tous deux à présenter de façon durable des matchs du baseball majeur dans leur ville/région respective.

Ou bien l’un des deux ment. Ou bien les deux ont véritablement l’intention d’opérer une équipe de la MLB de façon continue dans deux villes, ce qui ne s’est jamais fait.

Il répond à des questions des journalistes.

Stephen Bronfman est le visage du projet de retour du baseball à Montréal.

Photo : Radio-Canada

Explorons d’abord l’option « garde partagée à long terme ».

Les cinq ligues majeures de sport nord-américain regroupent 148 équipes. Et une 149e s’ajoutera bientôt avec l’arrivée d’une nouvelle concession de la LNH à Seattle. Or, nulle part sur le continent ne retrouve-t-on une équipe dont la moitié des matchs locaux sont disputés dans deux villes (et encore moins à 2100 kilomètres de distance).

Pourquoi Montréal, une grande métropole où l’on pratique le baseball depuis plus d’un siècle, devrait-elle se contenter d’une équipe à temps partiel?

Pourquoi Valérie Plante devrait-elle réserver quelques-uns des terrains les plus convoités de Montréal pour la construction d’un stade qui ne servira que 40 jours par année, qui nécessitera des investissements majeurs en infrastructures et en transport en commun, notamment? Pourquoi Montréal investirait-elle la totale pour ne profiter que de la moitié des retombées générées par la présence d’une équipe de la MLB?

(En passant, avant de demander au public de considérer une option surréaliste comme le partage d’une équipe entre deux villes, M. Bronfman pourrait fort bien répondre à une question beaucoup plus pratique et fondamentale : comment compte-t-il financer son stade? Lui et ses associés entretiennent toujours un flou artistique sur cette question.)

Vue de l'extérieur du stade

Le Tropicana Field est l'actuel domicile des Rays de Tampa Bay, à Saint Petersburg.

Photo : The Associated Press / Reinhold Matay

Les Rays se situent constamment au dernier ou à l’avant-dernier rang de la MLB au chapitre des assistances. Le fait de disputer la moitié de leurs matchs à Montréal les rendra-t-il plus populaires auprès des amateurs de baseball floridiens? Cette organisation planche depuis 10 ans sur un projet de nouveau stade, pour lequel elle est incapable de trouver du financement public. Est-ce que quelqu’un croit vraiment qu’il sera possible de faire progresser cette idée en annonçant que les Rays disputeront la moitié de leurs matchs à Montréal?

Enfin, pourquoi la MLB étudie-t-elle un concept pareil? Ses décideurs doutent-ils que Montréal soit véritablement une ville du baseball majeur?


Voyons maintenant ce qu’il en est de l’option de « garde partagée temporaire ».

Dans le sport professionnel majeur, les transferts de concession d’une ville à une autre ne sont pas courants. Mais lorsqu’ils surviennent, la coupure se fait instantanément, et clairement.

Au printemps 1995, les joueurs des Nordiques et les employés de l’organisation ont plié bagage pour mettre le cap sur Denver. Ils ne sont jamais revenus. Il y a quelques années, quand Gary Bettman a annoncé que les Thrashers d’Atlanta déménageaient à Winnipeg, il n’y a pas eu d’adieux lancinants.

Joueurs et employés sont débarqués au Manitoba avec conjoint et enfants. Ils se sont installés dans leur nouvelle communauté et en sont devenus des membres à part entière. Idem pour les Expos. On ne leur a pas fait disputer des matchs à Washington pendant cinq ans avant d’annoncer leur déménagement. Quand les gens de Washington ont obtenu leur équipe, ils n’ont pas eu à faire de courbettes ni de contorsions.

Pourquoi la situation serait-elle différente avec Montréal? Pourquoi Montréal devrait-elle être soumise à une sorte de période de probation?

Les investisseurs montréalais sont-ils convaincus de leur projet? Veulent-ils prendre la température de l’eau avant d’investir 1 milliard dans l’achat d’une équipe? Se trouve-t-il, parmi les propriétaires de la MLB, des récalcitrants qui demandent à être convaincus que le baseball peut générer des assistances raisonnables à Montréal avant de voter pour le retour définitif d’une équipe?

Qui ira s’enfermer au stade olympique durant les beaux week-ends de juillet et d’août pour encourager une équipe de Tampa? Et si les assistances sont décevantes lors des matchs que disputeront les Rays à Montréal, est-ce que ça donnera des munitions à ceux, au sein de la MLB, qui craignent que le baseball ne puisse fonctionner chez nous?

Enfin, ne risque-t-on pas de tuer toute l’effervescence que susciterait un retour des Expos en présentant, pendant plusieurs saisons, 40 matchs des Rays à Montréal?


Les habitués de cette chronique savent que j’ai été l’un des premiers chroniqueurs à évoquer (avec enthousiasme) la faisabilité d’un retour du baseball majeur à Montréal.

Mais plus le dossier avance, plus il est clair que le public et les amateurs se font constamment dorer la pilule. C’est extrêmement décevant. Smoke and mirrors, comme disent nos amis anglophones.

Pendant qu’on réunit quelques poignées d’amateurs dans des groupes-cibles et qu’on leur demande de réfléchir sur la sorte de bière qu’ils aimeraient boire ou sur la couleur de briques qu’ils aimeraient voir dans leur futur stade, on ne daigne pas leur dire si on leur demandera de financer ledit stade avec leurs impôts.

Alors qu’on répète aux amateurs que Stephen Bronfman et ses associés sont prêts à faire l’acquisition d’une équipe et qu’on négocie l’achat de terrains publics de grande valeur, on apprend qu’ils travaillent en coulisses à l’élaboration d’un scénario de garde partagée qui, à sa face même, révèle que tout ne tourne pas rond dans ce projet.

Être fiancé six mois par année n’est généralement pas gage d’un mariage réussi.

Et au bout du compte, pourquoi est-ce si difficile d’expliquer clairement quelles sont les intentions des promoteurs? Et, surtout, pourquoi Montréal ne serait-elle pas digne du même traitement ou des mêmes égards que toutes les autres grandes villes nord-américaines?

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