•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

À tout prix, Bergevin doit éviter de sacrifier les espoirs du CH

Marc Bergevin

Marc Bergevin

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Martin Leclerc

BILLET - Marc Bergevin gère une équipe rafistolée dont les résultats sont hautement imprévisibles d’une saison à l’autre. En fait, au cours des cinq dernières campagnes, aucune autre équipe de la LNH n’a offert des résultats aussi inconstants que le Canadien. Alors que s’amorce la semaine la plus importante de l’année, cette situation complique énormément la tâche du DG du CH.

En 2014-2015, le Canadien a engrangé 110 points au classement et terminé au 1er rang de sa division. Ce rendement exceptionnel a été suivi d’une médiocre récolte de 82 points en 2015-2016 (-28 points). Puis l’équipe est revenue en force en 2016-2017 avec 103 points (+21 points), avant de s’écrouler à nouveau en 2017-2018, bouclant le calendrier au 28e rang de la LNH avec seulement 71 points (-32 points).

Il faut donc prendre avec un grain de sel le fait que les hommes de Claude Julien aient amassé 96 points (+25 points) cette saison. Car lorsqu’on l’analyse froidement, cette équipe n’est pas encore sortie du bois.

Il est primordial de se rappeler que l’édition 2018-2019 du Canadien a raté les séries éliminatoires même si près de la moitié de ses membres (9 joueurs) ont égalé ou surpassé leur meilleure production offensive dans la LNH. Ça signifie que les astres se sont parfaitement alignés et que les entraîneurs ont soutiré le maximum du personnel mis à leur disposition. Les probabilités qu’une telle chose se reproduise sont peu élevées.

***

Les habitués de cette chronique savent que le département de recrutement amateur du CH a sous-performé depuis 2008. Nos classements annuels des équipes de recruteurs de la LNH l’ont à maintes reprises démontré.

Son pipeline de talent ne produisant qu’au compte-gouttes, Bergevin a été obligé de gérer à la petite semaine depuis son arrivée en poste (il y a déjà sept ans). Pour former son effectif, le DG a constamment dû faire ses emplettes au marché aux puces (échanges mineurs et ballottage) pour mettre la main sur des joueurs peu utilisés au sein d’autres organisations. C’est de cette manière que des joueurs comme Paul Byron, Joel Armia, Jordie Benn ou Christian Folin sont arrivés à Montréal.

En d’autres circonstances, Bergevin a sacrifié des choix de repêchage pour dénicher de l’aide immédiate. À titre d’exemple, Andrew Shaw a coûté deux choix de deuxième tour, tandis que Jeff Petry a été acquis contre des choix de deuxième et de quatrième tours.

Jonathan Drouin

Jonathan Drouin

Photo : USA Today Sports

Enfin, quand il a conclu des échanges majeurs, Bergevin n’avait pas assez de profondeur au sein de son organisation pour remplacer les importants actifs dont il se départait. La plus-value est forcément plus difficile à obtenir quand on déshabille Paul pour habiller Jean (Jonathan Drouin contre Mikhail Sergachev) ou lorsque le joueur nouvellement acquis se retrouve au même poste que l’autre joueur dans l'échange (Shea Weber contre P.K. Subban).

Au bout du compte, malgré la précarité de la situation dans laquelle son département de recrutement amateur l’a placé, Marc Bergevin s’est généralement très bien tiré d’affaire en négociant avec ses homologues. Cette saison, par exemple, l'échange ayant permis au CH d’obtenir Max Domi contre Alex Galchenyuk a eu des effets très positifs sur le rendement de l’équipe.

Le fait demeure : les équipes gagnantes sont assemblées par les DG qui cultivent minutieusement leur propre jardin et non par ceux qui achètent leurs fruits au marché. Le valeureux confrère Alexandre Gascon en faisait d’ailleurs récemment la démonstration.

***

Depuis 2016, le département de recrutement amateur du Tricolore est en voie de retrouver ses lettres de noblesse. On sent qu’un sérieux coup de barre a été donné. Pour la première fois depuis qu’il a pris les commandes, Marc Bergevin peut enfin entrevoir la possibilité de gérer son équipe de façon normale, en misant sur l’arrivée de jeunes talentueux sélectionnés ou développés par son organisation.

  • Le défenseur Victor Mete (4e tour, en 2016) est devenu membre de l'équipe en 2017 à l’âge de 19 ans.
  • Le premier choix de 2017, l’Américain Ryan Poehling, a été proclamé joueur par excellence du dernier Championnat mondial junior. Ce joueur de centre a impressionné à son premier match dans la LNH en avril dernier.
  • Cayden Primeau (7e tour en 2017) a été proclamé gardien par excellence dans la NCAA cette saison en plus d’être invité à se joindre à l’équipe nationale des États-Unis au dernier Championnat mondial.
  • Le premier choix de 2018, le centre Jesperi Kotkaniemi (11 buts, 23 passes, 34 points), a percé la formation à son premier camp d’entraînement et a réussi à passer la saison à Montréal malgré le fait qu’il était le plus jeune joueur de la ligue.
  • Le défenseur russe Alexander Romanov (2e tour en 2018) a reçu le titre de défenseur par excellence du dernier mondial junior.
  • Le centre Nick Suzuki (obtenu dans l'échange ayant expédié Max Pacioretty à Vegas) a été le joueur par excellence de la Ligue junior de l’Ontario lors des dernières séries éliminatoires.

Ces encourageantes nouvelles font en sorte que bien des amateurs (et observateurs) croient que la cavalerie est arrivée et que le Canadien sera vite relancé par un exceptionnel groupe de jeunes.

Or, Poehling (jusqu’à preuve du contraire) s’annonce comme un futur bon centre de troisième trio. Kotkaniemi, qui a été bien protégé par ses entraîneurs, sera encore en période d’apprentissage la saison prochaine. Romanov jouera à nouveau en Russie en 2019-2020. Quant à Suzuki, malgré son immense talent, il aura probablement besoin d’une bonne saison dans la Ligue américaine (à la position de centre) pour se familiariser avec les rigueurs et la vitesse du hockey professionnel.

On commence à entendre le son du clairon, certes, mais les renforts ne sont pas encore prêts à mener la charge.

Ryan Poehling (no 25)

Ryan Poehling (no 25)

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

***

Pour les DG de la LNH, la semaine du repêchage constitue le meilleur moment de l’année pour rehausser la qualité de leur effectif. Toutes les organisations cherchent à s’améliorer et sont disposées à faire des échanges. Mais Bergevin se retrouve toutefois coincé entre deux feux.

D’un côté, le Canadien n’a participé aux séries éliminatoires qu’une seule fois au cours des quatre dernières saisons et la pression de mettre fin à cette séquence malheureuse est extrêmement forte. Si le Tricolore était encore exclu des séries au printemps de 2020, cela égalerait le rendement des désolantes équipes de la fin des années 1990 et du début des années 2000 (probablement les pires de l’histoire du club).

La pression de conclure une entente propulsant l’organisation à un autre niveau est donc très forte, mais est-elle réaliste?

Parmi les besoins les plus urgents à combler, on note l’acquisition d’un défenseur gaucher capable d’évoluer au sein du premier duo, aux côtés de Shea Weber ou de Jeff Petry, et de faire face aux meilleurs trios adverses tous les soirs. La présence d’un quart-arrière capable d’animer l’attaque massive (l’une des pires de la ligue) est aussi requise.

Que l’on opte pour une solution tout-en-un (un défenseur gaucher de premier duo capable d’animer l’unité de supériorité numérique) ou pour deux remèdes distincts, le prix à payer pour s’offrir ce genre d’actifs est très élevé.

Avec sa formation rapiécée, Bergevin n’a probablement pas la contrepartie nécessaire pour conclure ce genre de marché. En fait, aucun directeur général digne de ce nom ne lui consentira un tel joueur d’impact à moins de pouvoir piger dans la banque d’espoirs du CH.

Et c’est là que commence le douloureux dilemme.

Après avoir souffert durant toutes ces années au repêchage, accepteriez-vous de jeter quelques-uns de vos meilleurs espoirs par-dessus bord avant même de voir éclore leur talent? Ou choisiriez-vous plutôt la patience et la stabilité, en continuant d’empiler les choix de repêchage et en misant pour la première fois sur un afflux constant de jeunes talents?

Quand le problème est présenté de cette manière, la réponse coule de source. Dans un marché comme Montréal, par contre, l’indulgence est rarement de mise. Nombreux sont ceux qui plaideront qu’après trois exclusions des séries en quatre ans, la patience ne peut plus être invoquée par la haute direction du CH.

Les prochains jours nous diront si les dirigeants sont cohérents. Après avoir tellement souffert de la traversée du désert de son équipe de recruteurs, il serait hallucinant de voir Marc Bergevin saccager ne serait-ce qu’une parcelle de son jardin, et perpétuer le cycle vicieux qui le menotte depuis sept ans.

Hockey

Sports