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La LNH rajeunit, pas ses champions

Les Blues de Saint Louis, champions de la Coupe Stanley.

Les Blues de Saint Louis, champions de la Coupe Stanley

Photo : Getty Images / Patrick Smith

Alexandre Gascon

Auston Matthews, Mitch Marner, Mikko Rantanen, Sebastian Aho. Elles sont nombreuses, les très jeunes vedettes de la Ligue nationale (LNH) à présider aux destinées de leur équipe bien qu’elles aient tout juste le droit de commander une bière dans un restaurant aux États-Unis. Cette belle jeunesse, la voie de l’avenir, entend-on souvent. Vraiment?

Le crédit revient d’abord à Kristopher Letang.

Est-ce que tout le monde est monté sur une balloune en se disant que les jeunes joueurs, c’est le futur de la Ligue nationale, a lancé l’as défenseur des Penguins de Pittsburgh au détour d’une conversation à bâtons rompus il y a une dizaine de jours.

C’était davantage que de la rhétorique. Letang, 32 ans, n’a pas la réputation de polir ses opinions pour leur enlever leur relief et, conséquemment, leur impact.

Je trouve que c’est de se tirer dans le pied. Les équipes qui gagnent, ce sont les équipes qui sont vieilles.

Kristopher Letang

Les jeunes patineurs ont pris une place prépondérante dans la hiérarchie de bon nombre d’équipes du circuit Bettman, une tangente qui a semblé s’accélérer dans les deux dernières années. Cette saison, par contre, les deux équipes finalistes de la Coupe Stanley figuraient parmi les plus âgées.

La moyenne d'âge dans la LNH en 2018-2019 s’est située à 27,1 ans, tandis que les membres des Bruins ont, en moyenne, 28,4 ans, et ceux des Blues, tout près de 28 (27,9).

Ces deux formations ont bénéficié d’une contribution appréciable de leurs plus beaux projets comme Robert Thomas, Vince Dunn, Brandon Carlo ou encore Charlie McAvoy, mais leurs noyaux, en majorité, étaient constitués de vétérans, souvent dans la trentaine ou près de franchir ce seuil.

En fait, depuis le dernier lock-out en 2012, une seule équipe se trouvait sous la moyenne d’âge de la ligue, soit les Penguins de Letang en 2016. Les Blackhawks de Chicago détiennent la palme de l’équipe, disons, expérimentée.

Âge moyen des champions de la Coupe Stanley

  • 2018 - Capitals de Washington : 27,4
  • 2017 - Penguins de Pittsburgh : 27,7
  • 2016 - Penguins de Pittsburgh : 26,8
  • 2015 - Blackhawks de Chicago : 27,9
  • 2014 - Kings de Los Angeles : 27,2
  • 2013 - Blackhawks de Chicago : 28,2

Placé devant ces chiffres, l’ancien gardien et analyste à TSN Martin Biron ne s’est guère ému.

La ligue va par vagues. Des vagues robustes, des vagues de talent ou de vitesse. Des jeunes ou des vieux. La clé du succès aujourd’hui, c’est d’avoir des jeunes avec des contrats quand même assez bas, et qu’ils performent au-delà de ce contrat, à cause du plafond salarial, selon Biron.

Ça semble évident. De la main-d’œuvre abordable, un afflux de sang neuf injecté à même ses rangs qui, généralement, déborde d’enthousiasme et de désir de vaincre, apparaît comme une combinaison parfaite pour bâtir une équipe championne.

Or, les jeunes ont besoin de se faire montrer les étapes, a insisté Letang.

Kris Letang

Kris Letang

Photo : Getty Images / Christian Petersen

Je ne dis pas ça parce que je suis vieux aujourd’hui, mais parce que je l’ai vécu. J’ai gagné une Coupe Stanley à 22 ans et 2 autres à 28 et 29 ans. Je trouve juste que les jeunes se font moins bien entourer. Ce qui arrive à Toronto, je pense que c’est un phénomène qui va arriver dans beaucoup d’équipes maintenant.

Qu’arrive-t-il à Toronto d’ailleurs, pour ceux qui se souviennent que cette cité a déjà chéri le hockey avant de vibrer, de s’enflammer, pour ses glorieux Raptors?

Émergeant de saisons hautement productives à 21, 22 ans, Auston Matthews et William Nylander – et, bientôt, Mitch Marner – ont négocié de seconds contrats très lucratifs qui ont poussé vers la sortie certains vétérans comme Tyler Bozak.

Ce même Bozak que Saint Louis a embauché l’été dernier et qui a piloté un très efficace troisième trio en route vers la conquête de la Coupe Stanley.

Il faut vraiment que tu aies un bon mélange de vieux et de jeunes. Mais je ne suis pas un de ceux qui disent que la jeunesse ne peut pas gagner. Il faut juste que toutes les pièces soient en place.

Martin Biron

Possible. Il y a aussi certaines « vieilles » équipes parmi les cancres du circuit, les mauvais élèves que sont les Kings et le Wild, par exemple. Cela dit, les plus jeunes formations, comme les Blue Jackets ou les Oilers, doivent encore le prouver.

Le nerf de la guerre

Lorsqu’on compare la composition des sept derniers lauréats de la coupe, un autre constat s’impose : la qualité du repêchage et du développement des espoirs demeure le nerf de la guerre.

Sur la vingtaine de joueurs-cadres – 10 matchs ou plus – de chacune de ces éditions championnes, plus de la moitié s’était développée au sein de l’organisation qui les avait choisis.

Le cas des Blues s’inscrit légèrement dans la marge, les deux premiers centres de l’équipe, Ryan O’Reilly et Brayden Schenn, ayant été acquis grâce à des échanges, loin de la formule dite idéale.

Malgré tout, parmi les 22 joueurs indélogeables de l’équipe du Missouri, 7 sont arrivés après des échanges, et 13 ont été repêchés par les Blues. Parmi ceux-ci, Alex Pietrangelo, Jordan Binnington, Jayden Schwartz, Vladimir Tarasenko, Colton Parayko, un groupe auquel on pourrait greffer David Perron, repêché par Saint Louis et rentré au bercail en tant que joueur autonome l’été dernier.

Un noyau scindé en deux, d’abord bâti par une approche méthodique, patiente, puis complété par quelques coups de génie. Les Blues font toutefois figure d’exceptions dans l’histoire récente.

Les Penguins (2016, 2017), les Blackhawks (2013, 2015), les Kings (2014) et les Capitals (2018) misaient tous sur des joueurs formés par la maison pour transporter leur équipe, judicieusement appuyée par des joueurs de soutien acquis par des échanges ou sur le marché de l’autonomie.

Mais le repêchage, ne serait-ce que pour déjouer les affres du plafond salarial, les a guidés au sommet.

Et le Canadien?

Le Canadien traîne la réputation d’une jeune équipe qu’honore son groupe d’attaquants, mais que contredisent sa ligne bleue et ses gardiens. Si sa moyenne d’âge de 25,6 ans était la 2e de la LNH en début de saison, entre autres en raison de l’absence de Shea Weber, le Tricolore a terminé la campagne avec 20 joueurs dont l’âge moyen était de 27,3 ans. Légèrement supérieur à la moyenne de la ligue.

Jesperi Kotkaniemi

Jesperi Kotkaniemi

Photo : Reuters / USA Today Sports

Plus intrigant encore, le CH a été assemblé de façon bien différente des équipes championnes mentionnées plus haut.

Au dernier match de la saison, ce qui comptabilisait la présence de Ryan Poehling, une faveur accordée à un bel espoir d’une équipe fraîchement éliminée, seulement 6 des 20 joueurs avaient été repêchés par le Tricolore, 13 acquis par des échanges et un joueur autonome.

Carey Price et Brendan Gallagher forment une partie du noyau dur, évidemment, mais Shea Weber, Jonathan Drouin, Max Domi et Phillip Danault aussi, et ils ont tous d’abord grandi, à différents degrés, au sein d’une autre organisation.

Il n’y a pas de formule magique ni de recette unique, mais celle du CH, à ce jour, et bien qu’il essaie d’y remédier, s’éloigne de la tendance actuelle.

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