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Comment les Raptors ont-ils assemblé leur équipe championne?

Des joueurs lèvent les bras en triomphe avec un trophée.
Les Raptors sont champions de la NBA pour la première fois de leur histoire. Photo: Getty Images / Ezra Shaw
Olivier Paradis-Lemieux

OAKLAND - Les Raptors sont champions de la NBA. Il y a un an à peine, quand les Cavaliers de Cleveland et LeBron James venaient à nouveau de balayer les espoirs torontois, un tel scénario semblait impensable, sauf pour Masai Ujiri, architecte des succès de l’équipe.

C’est surréel de penser au chemin parcouru, mais quand tu construis une équipe, tu penses au championnat. Nous y pensons tous et je pense que les changements apportés ont été difficiles à faire dans le moment, mais nous savions le genre de joueurs que nous obtenions. Nous avons surmonté tant de choses ensemble, a analysé le premier Africain à être devenu directeur général d’une équipe de la NBA, aujourd’hui président des Raptors.

Ujiri a d’abord congédié celui qui avait mené les Raptors à une première saison de 60 victoires et qui serait nommé entraîneur de l’année quelques semaines après son renvoi, Dwane Casey. Après avoir évalué la possibilité d’embaucher Mike Budenholzer, qui se dresserait éventuellement sur la route de son équipe en finale d’association à la tête des Bucks, il a décidé de confier les rênes de sa formation à Nick Nurse, jusqu’alors assistant de Casey.

L’excentrique Nurse a prouvé en éliminatoires que la confiance qu’Ujiri avait placée en lui n’était pas déplacée. Dans la série contre les 76ers, mais surtout dans celle contre les Bucks, il a su apporter les ajustements nécessaires pour mettre ses joueurs dans la meilleure position pour l’emporter. La stratégie qu’il a adoptée de doubler systématiquement Giannis Antetokoumnpo hante encore l’ailier grec de Milwaukee.

Il est accroupi sur le bord du terrain.L'entraîneur des Raptors de Toronto, Nick Nurse Photo : Reuters / USA TODAY

En finale, ses ajustements ont été moins spectaculaires, particulièrement en raison de l’absence de Kevin Durant. Mais après l’explosion des Warriors lors du troisième quart du deuxième match, il a su jouer légèrement avec sa défense de telle manière que Golden State n’a pu attaquer le panier avec la même aisance que pendant ces six minutes fatidiques.

Il s’est même permis de puiser dans le cahier de jeu des écoles secondaires pour défendre contre Stephen Curry en abandonnant le reste des joueurs des Warriors, démontrant ainsi qu’il n’avait aucun scrupule à sortir des sentiers battus.

Mais c’est surtout dans sa réinvention de l’effectif après la défaite contre les Cavaliers qu'Ujiri a eu la plus grande influence.

[Masai Ujiri] a construit toute une formation avec de grands joueurs et le mélange a pris, expliquait simplement Nurse avant le sixième match de la finale, sans se donner le mérite qui lui revient.

Un homme ouvre une bouteille de champagne.Le directeur général des Raptors Masai Ujiri sabre le champagne après le titre des Raptors. Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Leonard, le joueur qui a tout changé

La deuxième grande décision d’Ujiri a été d’utiliser DeMar DeRozan, joueur le plus apprécié des Raptors depuis Vince Carter et Chris Bosh, comme pièce maîtresse d’un échange qui allait lui permettre d’acquérir Kawhi Leonard, en fin de contrat. Leonard a été nommé joueur le plus utile de la finale.

Un joueur de dos, entouré de journalistesKawhi Leonard, joueur le plus utile de la finale de la NBA Photo : Getty Images / Ezra Shaw

Ujiri a également résisté aux demandes de San Antonio d’inclure Pascal Siakam ou OG Anunoby dans cet échange, refilant plutôt l’espoir Jakob Poeltl avec DeRozan. Siakam, un réserviste en ascension l’an dernier, s’est progressivement affirmé au cours de la saison comme deuxième joueur de l’équipe derrière Leonard et gagnera assurément le titre de joueur le plus amélioré de la NBA. Quant à Anunoby, les blessures, des problèmes personnels et une appendicite au pire moment l’ont empêché de contribuer au championnat.

Un joueur saute près du panier avec le ballon dans la main gauche; un défenseur tend le bras pour le bloquer.Pascal Siakam Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Il a aussi mis la main sur Danny Green dans ce même échange avec San Antonio, et le garde de 31 ans a apporté, en plus de son expérience de champion en 2014 avec les Spurs, une présence défensive supplémentaire et une habileté aux trois points qui ont été cruciales en finale, après une série difficile contre Milwaukee.

En un été et deux coups de maître, Ujiri a donc remodelé son équipe sans sacrifier sa profondeur, mais avec la conséquence d’avoir réduit la fenêtre pour devenir champion à cette saison, ou presque.

Sauf qu’après le coup d’envoi de la saison, les Bucks se sont affirmés comme la puissance dans l’Est et les 76ers se sont renforcés avec l’arrivée de Jimmy Butler. Ayant tout misé sur cette année, les Raptors n’ont eu d’autres choix que de suivre le bal s’ils ne voulaient pas subir le même sort que lors des saisons précédentes, où après des succès pendant les 82 premiers matchs, ils n’avaient jamais su passer en finale.

Une autre bonne prise

Marc Gasol a été la prise suivante d’Ujiri. Le centre espagnol de 34 ans s’est retrouvé disponible à la date limite des échanges en février, quand les Grizzlies de Memphis ont amorcé leur reconstruction. Comme Leonard, Gasol a déjà été nommé joueur défensif de l’année, et il représentait une amélioration certaine sur ce plan face à Jonas Valanciunas.

L’ancien 5e choix au total, qui avait la faveur du public torontois, a connu une excellente fin de saison à Memphis pendant que Gasol prenait du temps à s’adapter à ses coéquipiers. Mais dès que les éliminatoires ont commencé, Ujiri a pu savourer les dividendes de cet ultime échange.

Il marche sur le terrain.Marc Gasol Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Gasol a réduit à néant les efforts de Nikola Vucevic au premier tour et a diminué, au possible, l’impact de Joel Embiid au deuxième tour, tout en améliorant grandement la fluidité de l’attaque torontoise. L’Espagnol est un passeur d’exception pour sa taille, et son intelligence de jeu est remarquable.

Serge Ibaka devait être le pilier de la défense à son arrivée avec l’équipe en 2017, mais le centre congolo-espagnol, parfois ailier fort, a perdu son poste de partant en fin de saison au profit de Gasol et de Siakam. Ibaka n’a jamais bronché à ce changement de rôle, et il a été le seul réserviste des Raptors à offrir une contribution constante à Nick Nurse.

Lowry et VanVleet

Ujiri a aussi joué de chance.

À son arrivée à Toronto en mai 2013, débauché des Nuggets de Denver où il était aussi directeur général, Ujiri a sollicité l’intérêt de diverses équipes de la NBA envers un garde au fort potentiel, un brin bourru, qui tardait à éclore après son départ de Houston : Kyle Lowry.

Le nouveau DG torontois a cependant été patient, comme il n’obtenait pas assez à ses yeux sur le marché des échanges. Et, en 2013-2014, Lowry a connu la meilleure saison de sa carrière, a supplanté José Calderon comme meneur de jeu de l’équipe et a participé depuis à cinq matchs des étoiles.

Kyle LowryKyle Lowry Photo : Associated Press / Lynne Sladky

L’autre meneur de jeu des Raptors, Fred VanVleet, n’a jamais été repêché. Mais le petit garde de Rockford, en Illinois, a profité d’un stage avec les Raptors 905 dans la ligue de développement de la NBA pour tranquillement faire sa place. Mais même si ses performances en saison depuis deux ans en faisaient un joueur-clé dans la formation de Nurse, VanVleet tardait à faire sa marque en éliminatoires, particulièrement depuis la ligne de trois points.

VanVleet est devenu père pendant la série contre les Bucks, et même s’il n’aime pas trop reconnaître cet étrange alignement de planètes, son taux de réussite aux trois points s’est haussé au-dessus d’un remarquable 50 % dans 5 des 8 matchs qui ont suivi la naissance de son fils.

Fred VanVleet Fred VanVleet Photo : Getty Images / Gregory Shamus

Comme quoi, parfois dans la construction d’une équipe championne, il y a toutes ces manoeuvres qui vous permettent de vous positionner pour maximiser votre potentiel, mais aussi tous ces coups du sort qui vous favorisent, ou vous coulent.

L’audace de Masai Ujiri a été remarquée aux quatre coins de la NBA, et nombreux seront ceux qui tenteront de copier sa recette. Mais sans son flair pour le talent, sa capacité à trouver le moment propice pour effectuer tel ou tel échange, et son calme calculateur face à l’adversité, la plupart échoueront à répéter le modèle torontois.

Ujiri a réussi son petit chef-d'oeuvre. Ses Raptors sont immortels.

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