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chronique

NCAA c. LHJMQ : le repêchage a eu lieu, les masques vont tomber

Trois joueurs de hockey font signe de la main pour montrer leur rang de sélection

Tout premier choix du dernier repêchage de la LHJMQ, Joshua Roy (au centre, avec le chandail des Sea Dogs de Saint-Jean) avait laissé entendre qu'il pourrait faire l'impasse sur la séance.

Photo : Vincent Éthier / LHJMQ

Martin Leclerc

La LHJMQ tenait son repêchage annuel à Québec samedi dernier. En 50 ans d’histoire, il n’a probablement jamais été autant question de hockey... universitaire américain lors de cet événement.

Dans les jours précédant la séance de sélection, plusieurs médias ont indiqué que 9 des 21 premiers espoirs répertoriés par la centrale de recrutement du circuit junior majeur québécois envisageaient sérieusement de poursuivre leur cheminement au sein de différents programmes américains, afin d’éventuellement atteindre les rangs universitaires de la NCAA.

Comme je l’expliquais dans cette chronique publiée au début du mois de mai, la cohorte d’espoirs de 2019 était unique. Elle regroupait un nombre anormalement élevé de francophones souhaitant franchir la frontière pour étudier et poursuivre leur développement sportif.

Le nombre d’espoirs de premier plan disant vouloir emprunter la route du hockey universitaire américain était aussi totalement inusité.

Les dirigeants de la LHJMQ et des équipes semblent vivement agacés par cette situation. Patrick Roy (Remparts de Québec) et Serge Beausoleil (Océanic de Rimouski) ont d’ailleurs milité en faveur d’une réglementation plus sévère qui bannirait de la LHJMQ les joueurs qui opteraient pour le modèle américain et qui changeraient d’idée par la suite.

J’aimerais qu’on ait une ligne plus dure avec les joueurs qui veulent aller dans les collèges américains, comme la NCAA, et qu’ils ne puissent pas revenir dans notre ligue. Présentement, le jeune peut aller de l’autre côté, et si ça ne marche pas à son goût, il va revenir. On devient quasiment une ligue bouche-trou. J’aimerais que le jeune soit obligé de prendre une décision. Au moins, on saurait où se situe le joueur et les organisations pourraient avancer , a notamment dit Patrick Roy.

La position évoquée par Roy équivaudrait à tuer une mouche avec un missile. À vue de nez, le pourcentage de joueurs ayant porté les couleurs d’une école américaine et qui décident de revenir jouer au Québec se situe sous les 1 %. Par contre, cette position répressive était certainement susceptible de soulever des craintes chez les neuf espoirs de 15 ans mentionnés plus haut et leur famille.

***

Les gens de la LHJMQ doivent commencer à nous trouver tannants parce qu’ils ont toujours bénéficié d’un monopole. Au Québec, le hockey junior était tout ce que les jeunes connaissaient. Il y a maintenant des gens, comme moi, qui viennent leur proposer une option différente, et je comprends que ça puisse déranger. Mais les équipes de junior canadiennes font la même chose. Elles recrutent beaucoup de joueurs aux États-Unis. Alors, ça fait partie du jeu , explique Dave Noël-Bernier, qui est entraîneur adjoint au sein du programme de hockey de l’Université du Nebraska à Omaha.

Dave Noël-Bernier est l’un de ceux qui contribuent le plus à la « crise existentielle » que traverse le hockey junior québécois.

Il a été entraîneur dans l’organisation des Red Wings de Détroit (Ligue américaine et LNH) de 2014 à 2017. Depuis deux ans, il est de retour à son alma mater, où il est aussi responsable du recrutement des joueurs. Au début des années 1990, l’entraîneur originaire de Montmagny a porté les couleurs des Gouverneurs de Sainte-Foy, dans la Ligue midget AAA, avant de poursuivre ses études et son cheminement sportif à Omaha.

Depuis deux ans, à lui seul, Dave Noël-Bernier a recruté pas moins de sept Québécois (!) qui se sont engagés à porter les couleurs des Mavericks :

  • Le défenseur gaucher Alexandre Roy (né en 1998);
  • L’ailier droit Ryan Brushett (né en 1998);
  • L’ailier gauche Vincent Nardone (né en 2000);
  • Le défenseur gaucher Joaquim Lemay (né en 2002);
  • Le défenseur droitier Jacob Guévin (né en 2003);
  • Le gardien William Rousseau (né en 2003);
  • L’ailier gauche Mathieu Maltais (né en 2004).

Parmi ces sept joueurs, Guévin et Rousseau faisaient partie des espoirs les plus convoités par les équipes de la LHJMQ samedi dernier à Québec. Des équipes juniors se sont tout de même risquées à les sélectionner.

Les Mavericks d’Omaha font partie de la plus puissante association du hockey universitaire américain, la National Collegiate Hockey Conference (NCHC), avec Colorado College, Denver, Miami (Ohio), Minnesota Duluth, North Dakota, St. Cloud State et Western Michigan.

Le fait d’évoluer dans une conférence aussi relevée et aussi visible auprès des recruteurs de la LNH constitue un avantage lorsque vient le temps de faire du recrutement , confie Noël-Bernier.

À chacune des quatre dernières années, le championnat national a été remporté par des équipes de la NCHC. C’est aussi au sein de cette association que jouaient les espoirs du Canadien Ryan Poehling et Charlie Lindgren (tous deux à St. Cloud State) au cours des dernières saisons.

***

Un autre entraîneur québécois de la NCAA, Ben Guité (Université du Maine), fait aussi beaucoup de recrutement au Québec. En raison de leur proximité géographique, les entraîneurs de l’Université du Vermont et de l’Université Clarkson figurent aussi parmi les plus actifs sur le territoire québécois.

Un grand nombre d’universités américaines étaient présentes aux Jeux du Canada l’hiver dernier. Cependant, peu d’entraîneurs osaient faire les premiers pas auprès des familles québécoises. La barrière de la langue les intimide peut-être un peu. Ben Guité et moi avons toutefois travaillé très fort durant cette compétition pour rencontrer des familles et pour les renseigner sur nos programmes respectifs , explique Dave Noël-Bernier.

Il existe une soixantaine de programmes universitaires dans la NCAA et la concurrence est féroce pour recruter les meilleurs talents disponibles.

J’assiste parfois à des événements auxquels participent cinq ou six bons espoirs de la USHL et il y a des représentants d’une trentaine d’universités dans les gradins pour les évaluer.

Je passe donc beaucoup de temps dans les arénas québécois, où peu d’universités osent encore s’aventurer. Ça me permet de parler en français! Ça me donne aussi plus de temps pour rencontrer des parents, pour faire leur connaissance et pour leur faire connaître notre programme. Ensuite, ils sont en mesure de choisir ce qu’ils estiment être la meilleure option pour leur fils , plaide-t-il.

D’autres universités américaines semblent toutefois commencer à s’intéresser davantage aux joueurs du Québec. Il y a quelques semaines, le défenseur Tristan Luneau a notamment annoncé qu’il s’était engagé auprès de l’Université du Wisconsin. Luneau, un surdoué, était destiné à devenir le premier choix au repêchage de la LHJMQ en 2020.

***

Dave Noël-Bernier n’hésite pas une seconde lorsqu’on lui demande de dresser une évaluation générale de la santé du hockey mineur québécois.

Il est toujours hasardeux de généraliser. Mais quand on observe des jeunes du Québec, il m’arrive souvent de trouver qu’en ce qui a trait aux habiletés individuelles et du sens du jeu, ils sont en avance sur des jeunes du même âge qui proviennent d’ailleurs au Canada ou aux États-Unis.

Je pense aussi que les jeunes de la Ligue midget AAA, entre autres, sont bien encadrés et bien dirigés. Dans d’autres régions, dans certains programmes, on voit parfois un bon entraîneur en chef être appuyé par des parents de joueurs. Au même niveau au Québec, tous les gars qui sont derrière le banc sont de vrais entraîneurs. J’adore ça , confie l’entraîneur de 43 ans.

***

Après le repêchage de la LHJMQ, il n’est pas rare de voir des hockeyeurs qui envisageaient l’option américaine faire un virage à 180 degrés.

L’entraîneur adjoint des Mavericks d’Omaha soutient qu’il serait extrêmement surpris que les Québécois avec lesquels il a conclu des ententes fassent faux-bond à son programme et à son université.

Nos démarches ont été menées très sérieusement. Tout cela n’a pas été fait à la sauvette en deux jours. Nous avons passé beaucoup de temps avec ces familles. Ce sont des gens de qualité. Nous nous sommes assurés de bien connaître ces familles et nous nous sommes assurés qu’elles fassent connaissance avec notre personnel. J’estime à 100 % les chances que nos sept joueurs québécois recrutés se rendent à Omaha. Je serais à la fois surpris et déçu s’ils devaient changer d’idée , dit-il.

Personne ne sait si cette singulière cuvée 2019 marque le début d’une nouvelle tendance. Dans le petit univers du hockey québécois, beaucoup de gens suivront donc avec intérêt le parcours de ces jeunes.

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