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Que sont-ils devenus? Philippe Billy, le rendez-vous raté avec la MLS

Il prend la pose devant l'amphithéâtre de son club.

Philippe Billy a fait ses débuts professionnels au Stade lavallois Mayenne FC en 2000.

Photo : Courtoisie Philippe Billy

Olivier Tremblay

Philippe Billy habite maintenant dans le coin de Laval. Non, pas ce Laval-là.

La ville française de Laval, dans le département de la Mayenne, est 10 fois moins populeuse que sa jumelle québécoise. (Les deux municipalités ont signé un protocole d’amitié en 1984.) C’est néanmoins la ville-centre de son agglomération, et sa carte de visite, c’est son club de football.

C’est là, au Stade lavallois Mayenne FC, que Philippe Billy a amorcé sa carrière de joueur de soccer professionnel. C’est aussi là qu’il travaille désormais, en coulisses, comme responsable commercial et marketing, près de 10 ans après sa saison du tonnerre avec l’Impact de Montréal.


Il a vécu les dernières années du Bleu-blanc-noir dans les divisions inférieures. Ce n’était pas la fin recherchée au départ.

J’avais des contacts avec la Nouvelle-Angleterre, Toronto, New York, D.C. United et un autre club de la MLS qui m’échappe. Il n’y avait que Montréal qui était en deuxième division, se souvient Billy. Les clubs de MLS voulaient attendre un petit peu, mais Montréal me voulait absolument. Je préfère ça à un club qui réfléchit.

La MLS lui propose du rêve. L’Impact lui présente un plan qui le mène tout droit vers l’élite nord-américaine : le bruit court que le circuit Garber s’apprête à dérouler le tapis rouge à Joey Saputo.

Il sourit sur le terrain au cours d'un match de Championnat canadien.

Philippe Billy s'est joint à l'Impact de Montréal pour la saison 2010.

Photo : Impact de Montréal/Pépé

La rapidité des négociations restera gravée dans la mémoire du joueur. En trois jours de novembre 2009, les deux parties s’entendent. Billy sera Montréalais. L’Impact sera son sixième club professionnel, mais le premier à l’extérieur de l’Europe.

S’il a le mal du pays, il le cache bien. Sa première saison nord-américaine, en 2010, restera dans la mémoire de ceux qui en sont témoins.

L’entraîneur Marc Dos Santos commence par l’utiliser au milieu, mais Billy retourne à son poste naturel de défenseur latéral vers la mi-mai. Il passera le plus clair de son temps sur le flanc droit, qu’il verrouille. Il joue toutes les rencontres du championnat au nom élégant de « Ligue professionnelle de division 2 de l’USSF ».

Le public montréalais veut Billy dans sa vie. Dans les tribunes du stade Saputo, on peut entendre les murmures : Voilà notre arrière droit pour la MLS. Rien que ça.


Philippe Billy n’a jamais joué en MLS. En 2012, c’est la pelouse française qu’il foule de nouveau. Il pose ses valises en troisième division, au club de Carquefou, près de Nantes, qui vient de connaître ses 15 minutes de gloire en éliminant l’Olympique de Marseille en huitièmes de finale de la Coupe de France.

Mais le désormais ancien de l'Impact ne tutoiera plus l’élite. Il n’a que 30 ans, mais il se penche déjà sur sa reconversion professionnelle, entre les matchs et l’entraînement.

L’Union nationale des footballeurs professionnels, le syndicat des joueurs en France, accompagne ses membres dans cette étape cruciale de leur vie. Son représentant lui propose d’aller rencontrer le directeur d’une école de commerce à Nantes.

En y allant, je me suis dit : "Je perds mon temps." Mais en sortant du rendez-vous, je me suis dit que ça m’emballait bien, en fait, se souvient-il. Ça me plaisait bien.

Pendant ses deux ans à Carquefou, Billy fait ce qu’on appellerait ici du sport-études : entraînement le matin, formation l’après-midi.

Et lorsqu’il se joint au géant du monde de l’assurance Allianz, dont il retient aujourd’hui l’importance accordée à la formation continue des employés, c’est l’épiphanie.

J’ai compris que, dans une carrière de footballeur, on a énormément de temps libre, et on ne se rend pas compte qu’on n’utilise pas ce temps pour grandir personnellement, pour étudier, soutient-il. On va aux entraînements, puis on procrastine. Des fois, quand je vois des jeunes joueurs, à Laval, je leur dis tout ça. Il ne faut pas se cantonner dans sa carrière sportive, même si dans l’instant, c’est important.

Laissez-vous aussi grandir intellectuellement, et vous verrez que ça vous aidera sur le terrain aussi.

Philippe Billy

Puis, le 3 septembre 2018, le Stade lavallois annonce en grande pompe le retour au bercail de son ancien défenseur. Pas pour jouer, mais pour entretenir les relations avec les partenaires et appuyer le développement commercial du club. C’était la fameuse offre qu’on ne peut pas refuser.

Il prend la pose devant un panneau de son service au Stade lavallois Mayenne FC.

Philippe Billy est retourné dans son club formateur comme responsable commercial et marketing en septembre 2018.

Photo : Courtoisie Philippe Billy

J’ai l’impression de vivre plus intensément les résultats de l’équipe que quand j’étais joueur, affirme-t-il. Quand on est joueur, on vit les matchs, et ensuite, on savoure le résultat ou on en vit le deuil. Et on passe à un autre match. Dans la partie partenariale, le match va avoir une influence immédiate sur les relations que je vais avoir avec les partenaires d’entreprise, et ça perdure dans le temps.

Billy a vu l’Amérique. Signe qu’il n’a jamais vraiment coupé le fil, il s’inspire de ce qu’il a vu au fil de ses déplacements avec l’Impact dans son travail actuel. S’il est une chose que la plupart des organisations sportives nord-américaines ont comprise, c’est bien la façon de mettre en marché leur produit.

On voit les petits chapiteaux, le bar en haut des tribunes, toutes ces petites animations qui sont faites en parallèle. Il y a plein d’idées que j’ai trouvées intéressantes et qu’on essaie de mettre en application, parce que ce n’est pas toujours évident, admet-il. Ce sont des choses que je peux utiliser et essayer d’apporter ici. Les mentalités ne sont pas les mêmes, mais on essaie d’apporter une petite culture nord-américaine du côté de Laval.


La saison 2011 est un exercice qu’il vaut mieux oublier à Montréal. La meilleure nouvelle, c’est que la ligue a troqué son nom impossible pour le sigle tout simple de NASL. Du reste, rien à retenir : l’Impact ne gagne que 3 de ses 20 premiers matchs en championnat. L’équipe ne jouera pas de matchs éliminatoires.

Les joueurs ne sont pas dans de bonnes dispositions pour réussir. La dernière saison avant l’entrée en MLS ressemble à une longue audition. Personne, en théorie, n’a de contrat en vue de la prochaine saison. Du moins pour la MLS, comme nous l’apprend l’épisode Ali Gerba. Tout le monde joue pour un poste. L’objectif commun n’est pas clair.

J’ai eu une super première saison. La deuxième… c’était particulier. Les joueurs, ça venait, ça partait, c’était un peu du grand n’importe quoi. J’ai du mal à m’intégrer dans des effectifs où il n’y a pas de continuité. Je ne sais même pas si on a eu deux fois le même XI de départ.

On nous demandait des choses qui n’étaient pas en adéquation avec ce que j’avais l’habitude de faire ou de proposer.

Philippe Billy

Petit à petit, l’avenir s’éclaircit – en surface – pour certains membres de l’Impact. Malgré cette saison 2011 difficile, Billy n’a pas d’autre plan, l’année suivante, que la MLS.

Selon les dires de mon agent, j’avais un contrat de trois ans qui était prêt à partir de 2012, indique-t-il.

Le hic, c’est que les décisions du genre doivent recevoir l’approbation de Jesse Marsch, qui devient le premier entraîneur-chef du club dans la MLS. Et l’Américain n’offre aucune garantie à Billy.

Le Français participe au camp d’évaluation de Marsch en octobre 2011. L’entraîneur lui annonce quelques jours plus tard qu’il n’a pas de place réservée dans son effectif pour la saison suivante.

Quand j’ai vu l’entraîneur, il m’a dit : "Je ne sais pas si on va reprendre avec toi en janvier." Je ne comprenais pas. Ils m’ont dit qu’ils étaient en réflexion sur l’effectif pour l’année suivante, qu’ils souhaitaient que je revienne en janvier pour la préparation, mais qu’on ne me garantissait rien pour la saison suivante. Mais en France, à partir du 1er février, on ne peut plus signer nulle part. Ça me bloquait.


La désillusion ne rend pas les souvenirs amers. Billy mène aujourd’hui une belle vie avec sa femme et leurs enfants, une fille de 11 ans et un garçon de 8 ans né pendant un voyage de l’Impact en Floride.

Billy aurait souhaité que son fils naisse au Canada. Son épouse préférait le confort des hôpitaux français à celui des établissements montréalais. La maman a (logiquement) gagné, mais n’y voyez pas là un signe que la famille n’éprouve pas une affection profonde pour la métropole québécoise.

Quand j’étais à Montréal, mon épouse rentrait souvent en France, raconte Billy. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, elle dit que le seul autre endroit où elle aimerait s’installer, c’est Montréal.

Je parle souvent de Montréal avec pas mal de Français. Et on a tous les mêmes échos : quand un Français part à Montréal, il a toujours envie de s’y installer. C’est aussi simple que ça. On se sent bien à Montréal. Quand je suis revenu de Montréal, il m’a fallu trois mois, à peu près, pour me réhabituer à la mentalité française. Ça m’a embêté de partir.

Peut-être Billy reviendra-t-il à Montréal. Ou à Laval.

Oui, ce Laval-là.

Ils sont côte à côte dans les gradins.

Philippe Billy (à gauche), Jean-Marc Miton (au centre) et Pascal Daussy, trois générations de responsables commercial et marketing au Stade lavallois Mayenne FC.

Photo : Courtoisie Philippe Billy

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