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Équité salariale au soccer féminin : la bataille est loin d'être gagnée

Elles jouent au soccer sur table.

Les joueuses de l'équipe américaine ont porté plainte contre leur fédération pour discrimination devant un tribunal de Los Angeles en mars dernier.

Photo : Getty Images / Mike Lawrie

Agence France-Presse

L’équipe victorieuse du Mondial féminin de 2019 remportera 5,3 millions de dollars canadiens, soit 10 fois moins qu’il y a un an pour les hommes en Russie (50,4 millions). Dans le soccer, le combat pour l’égalité salariale est très vif au sein de certaines fédérations, mais beaucoup moins dans d’autres.

Vendredi, les footballeuses professionnelles australiennes ont remporté une victoire avec une augmentation salariale qui va leur permettre de bénéficier de la même rémunération minimale que leurs collègues masculins. Mais ailleurs, l’égalité est encore loin d’être acquise.

Le 8 mars, aux États-Unis, lors de la Journée internationale des droits des femmes, les championnes du monde en titre ont porté plainte contre leur fédération pour discrimination devant un tribunal de Los Angeles.

Motifs de leur démarche : les primes plus faibles qui leur sont accordées et les conditions d’entraînement moins bonnes que celles des hommes, malgré un palmarès impressionnant (trois victoires en Coupe du monde), sans commune mesure avec les performances modestes de leurs collègues masculins en grande compétition.

« La fédération a complètement échoué à promouvoir l’égalité des sexes », disent les 28 plaignantes face à une fédération « surprise par cette procédure » et prête à de nouveaux échanges avec les joueuses « pour mieux comprendre leurs revendications et problèmes ».

Un accord symbolique en Norvège

Dans leur combat, les footballeuses de l’équipe américaine pourront s’inspirer des pays scandinaves, pionniers en la matière.

En 2017, les footballeuses danoises ont fait la grève pour protester contre leurs modestes rémunérations.

La même année, les capitaines des sélections féminine et masculine norvégiennes, Maren Mjelde et Stefan Johansen, ont symboliquement signé un accord pour instaurer l’égalité salariale entre leurs deux équipes.

Pour y parvenir, la fédération locale a organisé un transfert vers la sélection féminine d’une partie des montants des recettes de commandites récoltées pour l’équipe masculine. Et elle n’a pas hésité à communiquer autour de cette initiative pour en faire une source « d’inspiration à l’international ».

Ça n’a pas vraiment été le cas en Corée du Sud, où le fossé entre les rémunérations et les conditions de travail des hommes et des femmes demeure.

En 2015, la Fédération sud-coréenne de soccer (KFA) a été critiquée publiquement pour avoir fait voyager l’équipe nationale féminine – dont la joueuse de Chelsea Ji So-yun – en classe économique, pendant que les hommes avaient droit à la classe affaires. « Les joueurs apportent beaucoup plus d’argent à la fédération », avait alors dit la KFA.

Le championnat féminin sud-coréen n’a pas trouvé de commanditaires et les joueuses, semi-professionnelles, ont des salaires à des années-lumière de leurs homologues masculins. « Le marché n’est pas là parce que peu de gens veulent payer pour regarder le football féminin. Et cela tient en partie au sexisme, qui existe bel et bien sur la scène sportive en Corée du Sud », estime le chercheur Choi Dong-ho.

En Italie, les joueuses n’ont pas le statut professionnel et reçoivent une indemnité maximale de 46 131 $ par an, ainsi que des remboursements de frais, pour des salaires qui ne dépassent pas 4500 ou 6000 $ par mois.

« Dans l’avenir, le foot féminin aura autant d’importance que le masculin », veut pourtant croire la gardienne de la Juventus et de la Nazionale Laura Giuliani, interrogée par l’Agence France-Presse à la fin de 2017.

« On est encore de niveau amateur, mais on va vers le semi-professionnalisme, puis à l’avenir vers le professionnalisme, a-t-elle assuré. Les salaires sont naturellement incomparables. Nous sommes de niveau amateur, il y a une limite qu’on ne peut pas dépasser. »

Le gouffre en France

En France, la joueuse la mieux payée et premier Ballon d’or du soccer féminin, la Norvégienne Ada Hegerberg (Olympique Lyonnais), perçoit un salaire record d’environ 600 000 $ par an, contre environ 45 millions pour le Brésilien Neymar au Paris Saint-Germain (PSG) d’après la presse.

Et la moyenne en D1 féminine, partagée entre un gotha de clubs dominants (Lyon, PSG) et de toutes petites écuries, tourne plutôt autour de 5200 $ par mois, contre un salaire brut de 150 000 $ par mois en Ligue 1, avec de forts écarts entre petits et grands clubs, selon une enquête de L’Équipe début février.

L’évolution des salaires dépend de celle de l’écosystème global du football féminin, entre commanditaires et droits télévisuels, comme le soulignait la vice-présidente de la Fédération française Brigitte Henriques, dans un colloque à Paris au mois de février.

« Très sincèrement, je préfère qu’on mène le combat de convaincre les partenaires de s’engager et faire le pari de l’économie du foot féminin. De faire en sorte que le sport féminin rapporte de l’argent pour enclencher ce cercle vertueux. Après, il n’y aura plus le souci d’égalité salariale. »

À la Coupe du monde, la bourse globale, partagée entre 24 équipes, sera de 40 millions de dollars, contre 530 millions l’été dernier en Russie. Mais c’est déjà deux fois plus qu’en 2015 lors du dernier Mondial féminin.

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