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chronique

Vaut-il mieux miser sur un capitaine blessé ou sur un soldat en pleine santé?

Il porte un protecteur facial.

Zdeno Chara a joué malgré une blessure à la mâchoire.

Photo : Getty Images / Patrick Smith

Martin Leclerc

La décision de faire appel à un joueur blessé au lieu de miser sur un réserviste en pleine santé constitue sans doute l’un des plus grands dilemmes auxquels font face les entraîneurs dans le merveilleux monde du sport professionnel. Et en fin de compte, l’option choisie en dit souvent long sur leur état d’esprit.

Le capitaine des Bruins de Boston, Zdeno Chara, a vraisemblablement subi une fracture de la mâchoire durant le quatrième match de la finale de la Coupe Stanley. Malgré la gravité de sa blessure, le défenseur de 42 ans était de retour à son poste jeudi soir lors de la cinquième rencontre. Il arborait une visière complète.

Une étude scientifique a déjà démontré que, lorsque placés devant ce genre choix, les entraîneurs s’attardent particulièrement au statut dont jouit le joueur blessé au sein de leur équipe ainsi qu’à l’importance du match à venir. Ce qui s’est produit jeudi avec les Bruins tend à confirmer ce fait, tout en permettant de croire que Bruce Cassidy a probablement moins confiance qu’il y a quelques semaines.

Au début de la finale de l’Est (face aux Hurricanes de la Caroline), les Bruins avaient été privés de leur meilleur défenseur, Charlie McAvoy, en raison d’une suspension. Cassidy avait tout simplement inséré le réserviste Steve Kampfer dans la formation. Il avait réparti le temps de jeu différemment parmi ses arrières et les Bruins s’en étaient fort bien tirés.

Et dans le dernier match de cette même série, Chara était aux prises avec une blessure à une jambe. On l’avait tout simplement retiré de la formation. Le vétéran John Moore avait été utilisé et rien n’y avait paru.

***

D’un point de vue sportif, on peut certainement comprendre qu’il soit préférable pour une équipe de continuer à miser sur son meilleur joueur malgré le fait qu’il soit ralenti par une blessure. Même diminués, Connor McDavid ou Sidney Crosby peuvent obtenir des résultats supérieurs à ceux de réservistes qui, de toute manière, se verraient confier des responsabilités très limitées.

Ce raisonnement s’applique-t-il de la même manière lorsqu’il est question, disons, d’un joueur se situant dans le milieu de la hiérarchie?

Zdeno Chara est âgé de 42 ans. Son jeu s’est naturellement étiolé au cours des dernières années. Même lorsqu’il est au sommet de son art, son jeu de pieds est lourdaud. Il pivote plus difficilement et il a beaucoup de difficulté à suivre les jeunes patineurs de la LNH. Intelligemment, Chara s’applique à soutenir et à compléter son partenaire de jeu (Charlie McAvoy) et à exceller en désavantage numérique, où son positionnement et sa portée lui permettent de rester efficace.

Or, jeudi, l’entraîneur s’est livré à une gymnastique plutôt compliquée pour maintenir son capitaine (et défenseur numéro 4) dans la formation :

  • N’étant pas certain du rendement pouvant être offert par Chara, Cassidy a décidé d’insérer Kampfer dans la formation et de miser sur sept défenseurs. Chara a finalement été utilisé durant 16 min 42 s.
  • Cette rotation à sept arrières a fait en sorte que Kampfer (8 min 48 s) et le défenseur partant Connor Clifton (6 min 40 s) n’ont presque pas touché à la patinoire et ne se sont sans doute jamais sentis engagés dans le match.
  • La décision d’y aller avec sept défenseurs a aussi forcé Cassidy à retirer le vétéran David Backes de sa formation. Backes est l’ex-capitaine des Blues de Saint Louis. Il est émotivement très pris par cette série, et il complète (environ 10 minutes par match) un important trio des Bruins aux côtés de Jake DeBrusk et David Krejci.

Bref, ça fait beaucoup de soustractions et/ou de compromis pour maintenir dans la formation un défenseur vieillissant qui est, en plus, ralenti par une sérieuse blessure.

Ça donne aussi une bonne idée de l’état d’esprit dans lequel se trouvaient les Bruins à la veille du cinquième match (qu’ils ont perdu 2-1). Quand un type trait une vache jusqu’au sang, ça donne généralement une bonne idée de son niveau de confiance en l’avenir.

Depuis le début de la finale, St. Louis a le dessus sur Boston à 5 contre 5. Et plus la série avance, plus les Blues semblent à l’aise. Ils avaient d’ailleurs nettement dominé le quatrième match.

Déjà privé d’un autre défenseur partant (Matt Grzelcyk), l’entraîneur des Bruins en est sans doute venu à la conclusion que son équipe ne pouvait se priver du leadership et de la présence de Chara. La mise en scène à laquelle on a assisté avant le match, lors de la présentation des joueurs, porte aussi à croire qu’on a voulu se servir de cette démonstration de courage de Chara pour fouetter les troupes.

***

Cet épisode de la vie des Bruins est intéressant lorsqu’on le compare à ce qui se passe dans la finale de la NBA, où les champions en titre, les Warriors de Golden State, sont restés totalement stoïques malgré le fait qu’une avalanche de blessures se soit abattue sur eux.

Déjà privés de Kevin Durant, le joueur le plus utile des Warriors lors de leurs deux dernières conquêtes, les Warriors ont aussi perdu les services de leur numéro 3, Klay Thompson (ischiojambiers), à la fin du deuxième match.

Alors que la finale se transportait en Californie mercredi soir et qu’il y avait de fortes chances de voir les Raptors prendre l'avance 2-1 dans la série, l’entraîneur Steve Kerr n’a pas cédé aux doléances de Thompson, qui insistait pour revenir prématurément au jeu. Avec sagesse, Kerr a expliqué qu’il préférait miser sur ses réservistes et offrir une chance à son joueur étoile de terminer la série en force. (La nature de la blessure de Chara ne permet toutefois pas ce genre d’optimisme du côté des Bruins.)

On saura à compter de vendredi soir si le pari de Steve Kerr en valait la peine.

Et dimanche soir, pour un match sans lendemain, on verra si Bruce Cassidy jugera encore qu’il est préférable de multiplier les compromis pour miser sur son valeureux, mais diminué, capitaine.

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