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La NBA et les limites à ne pas franchir entre joueurs et spectateurs

Il gesticule en parlant.

Le meneur de jeu des Raptors Kyle Lowry se plaint à l'arbitre Marc Davis d'avoir été poussé par l'actionnaire minoritaire des Warriors, Mark Stevens, lors du troisième match de la finale de la NBA.

Photo : Getty Images / Lachlan Cunningham

Olivier Paradis-Lemieux

L’extrême proximité entre les spectateurs et les joueurs lors des matchs de la NBA est propice aux débordements. L’incident entre Kyle Lowry et le propriétaire minoritaire des Warriors Mark Stevens n’en est que le plus récent exemple. Depuis le « Malice in the Palace » en 2004, la ligue tente par tous les moyens de contrôler ces excès. Cette saison encore, plusieurs accrochages ont été relevés, mais la NBA est toujours prompte à réagir.

Le 19 novembre 2004 a eu lieu un des jours les plus sombres de l’histoire de la NBA et certainement la situation la plus dommageable pour l’image de la ligue.

À Détroit, au Palace of Auburn Hills, une bagarre éclate entre les joueurs des Pistons, champions l’année précédente, et ceux des Pacers de l’Indiana avec 45 secondes à jouer au quatrième quart.

Au début des années 2000, ces deux équipes rivales et aspirantes au titre comptent certains des plus mauvais garçons de la NBA. Les Ron Artest, Stephen Jackson, Ben Wallace, Jermaine O’Neal et autres Reggie Miller ont tous des réputations sulfureuses et sont autant prompts aux rixes qu’aux coups salauds.

Sauf que cette fois, l’échauffourée déborde du terrain quand les arbitres ont peine à contenir les ardeurs des joueurs pendant la confrontation.

Un spectateur lance son verre sur Ron Artest, couché à l’écart sur la table du pointeur, afin de reprendre son souffle. Artest bondit dans la foule et agrippe un spectateur, qui n’était pas celui qui lui avait lancé son verre. Le descripteur des Pacers Mark Boyle tente de retenir l’ailier, mais est piétiné en tombant et il subit cinq fractures aux vertèbres.

Il échange des coups.

Ron Artest se bat dans les estrades avec un partisan des Pistons de Détroit, le 19 novembre 2004.

Photo : AP / DUANE BURLESON

Jackson se lance également dans la foule à la suite de son coéquipier et frappe aussi un spectateur. La scène s’envenime et ce n’est qu’après plusieurs minutes que l'émeute prend fin.

Dès le lendemain, la NBA décide de suspendre Artest, Jackson, O’Neal et Wallace indéfiniment pendant qu’elle mène son enquête. Artest sera le plus lourdement puni, comme il a été le premier à sauter dans la foule. Il sera suspendu pour le reste de la saison, qui commençait à peine, Jackson recevra 30 matchs, O’Neal, 15, et Wallace, 6. Cinq autres joueurs seront suspendus, dont quatre des Pistons.

Le spectateur qui avait lancé un verre en direction d’Artest, John Green, ainsi que quatre autres partisans ont été bannis à vie par les Pistons.

Pour la petite histoire, les deux équipes allaient se retrouver dans les éliminatoires. Détroit l’a emporté en six matchs au deuxième tour avant de s’incliner en finale devant les Spurs de San Antonio.

Un code de conduite des spectateurs

Au début de la saison suivante, la NBA instaurait son code de conduite des spectateurs, qui est depuis publié sur tous les sites Internet des équipes.

Les spectateurs, que la NBA nomme « invités », doivent se restreindre d’adopter un comportement répréhensible, un langage abusif ou de faire des gestes obscènes. Ils ne peuvent se bagarrer, lancer des objets ou entrer sur le terrain.

Il est debout derrière un lutrin.

Le commissaire de la NBA, Adam Silver, s'adresse aux médias avant la finale entre les Raptors de Toronto et les Warriors de Golden State.

Photo : Getty Images / Vaughn Ridley

Tous ces gestes résulteront d’une expulsion de leur siège pendant le match, chose qui a d’ailleurs été faite pour le copropriétaire des Warriors Mark Stevens après ses gestes inappropriés envers Kyle Lowry lors du troisième match de la NBA.

Je pense que les choses se sont améliorées depuis mon arrivée en poste, a déclaré le commissaire de la NBA depuis 2014, Adam Silver, avant le début de la finale. Tout se déroule mieux dans les arénas par rapport à avant, mais il y a encore de la place à l’amélioration.

Dans ce code, il est également stipulé que les joueurs sont tenus de respecter et d’apprécier tous les amateurs.

Toute réplique physique de Kyle Lowry lui aurait certainement valu une suspension, et sa retenue a été soulignée autant par ses coéquipiers que par les joueurs des Warriors, jeudi.

Racisme en Utah

En mars dernier, Russell Westbrook, du Thunder d’Oklahoma City, est sorti de ses gonds et a menacé un spectateur du Jazz de l’Utah.

Le garde étoile du Thunder a expliqué après la rencontre qu’il n’en pouvait plus de supporter les insultes racistes, fréquentes selon lui lors de ses visites à Salt Lake City.

Tourné vers la foule, le garde Russell Westbrook, du Thunder d'Oklahoma City, jubile après la victoire de son équipe contre les Raptors de Toronto.

Russell Westbrook

Photo : Getty Images / Layne Murdoch

Le jour suivant, le Jazz annonçait qu’il avait banni à vie Shane Keisel, un spectateur de 45 ans établi comme celui qui avait proféré ses insultes à l’endroit de Westbrook, qui a reçu une amende de 25 000 $.

Dans la foulée de cette affaire, les Celtics de Boston ont également banni deux ans un amateur qui avait aussi proféré des insultes racistes, cette fois à l’endroit du centre des Warriors DeMarcus Cousins.

Le commissaire de la NBA a aussi commenté la situation en Utah lors de sa conférence de presse avant le début de la finale. Il a raconté avoir rencontré les joueurs et l’organisation du Thunder afin de s’assurer qu’ils étaient satisfaits de la manière dont la ligue avait géré l’incident.

C’est un incident aussi rare que malheureux, mais je veux être clair envers cette petite minorité de spectateurs qui voudrait adopter ce genre de conduites : elle ne sera aucunement tolérée , a-t-il ajouté.

Nous allons vous prendre sur le fait parce que dans tous nos arénas, nous avons non seulement de nombreuses caméras haute définition qui pointent en tout temps vers les gradins, mais il y a aussi 18 000 autres spectateurs qui ont eux-mêmes des caméras haute définition dans leur main. Il n’y a pas beaucoup d’incidents quand un joueur relèvera une interaction avec un spectateur qu’on n’aura pas capté. Nous pourrons voir exactement ce qu’il s’est passé, et bannir ce spectateur, si nécessaire , a-t-il enfin fermement indiqué.

Stevens et le précédent Sterling

Depuis que Mark Stevens a été reconnu comme étant celui qui avait poussé Lowry, de nombreuses voix se sont élevées pour que son amende et sa suspension (500 000 $ et un an sans pouvoir assister en personne à un match de la NBA) ne soient pas la seule punition que reçoive le propriétaire minoritaire des Warriors.

Certains ont avancé que Stevens, qui posséderait 8 % des parts des Warriors, devrait être forcé de les vendre, une situation qui n’est pas sans rappeler la fin de Donald Sterling en tant que propriétaire des Clippers de Los Angeles.

Il se prend le front de la main gauche.

L'ex-propriétaire des Clippers de Los Angeles, Donald Sterling

Photo : Reuters / Danny Moloshok

Après qu’un enregistrement où on l’entendait prononcer des propos racistes, enregistrés par sa conjointe V. Stiviano, ont fait surface en avril 2014, Sterling a été pris dans un feu croisé de nombreux joueurs de la NBA, d’autres propriétaires et des médias qui, cinq jours plus tard, mènerait Adam Silver à le bannir à vie des activités de la ligue.

Un mois plus tard, quand la pression continuait d’augmenter sur les Sterling (Donald et sa femme Shelly) et que la NBA menaçait de mettre fin à leur emprise sur l'organisation, les Clippers ont été vendus à Steve Ballmer pour 2 milliards de dollars américains.

Forbes rapportait jeudi que les parts de Stevens étaient évaluées à 180 millions.

S’il les vendait, ce serait la deuxième fois qu’elles changeraient de main par obligation. Stevens avait acquis sa participation dans les Warriors parce que Vivek Ranadivé avait dû céder ses actions lorsqu’il est devenu le propriétaire des Kings de Sacramento.

Kyle Lowry invective Mark Stevens, au milieu d'une mêlée après le plongeon du joueur des Raptors dans les premières rangées de partisans.

Kyle Lowry a été poussé par un partisan et dit avoir été la cible de commentaires vulgaires, pendant le troisième match entre les Raptors et les Warriors, à Oakland.

Photo : Getty Images / Lachlan Cunningham

La fin des propriétaires dans la NBA

À la suite de l’incident entre Lowry et Stevens, l’ailier Draymond Green, des Warriors, reconnu pour son franc-parler, a notamment répondu à la question si un propriétaire d’une équipe devait être tenu, par son comportement, au plus haut standard possible.

Vous devez l’être, a-t-il répondu. Quand vous êtes un joueur, vous êtes tenus à un certain standard. C’est la même chose pour les entraîneurs et pour tout le monde dans le cercle de la NBA. Je ne pense pas que ce soit différent pour le propriétaire d’une équipe.

L’an dernier, dans un épisode de la série The Shop produite par LeBron James (qui a véhément défendu Lowry et réprimandé Stevens jeudi sur son compte Instagram), Green avait d’ailleurs déclaré que le terme propriétaire devrait disparaître du jargon de la NBA.

Juste parce que nous utilisons un terme depuis 100 ans ne veut pas dire que c’est la bonne chose à faire. Le mot propriétaire réfère à l’esclavage, comme le mot maître, avait réfléchi Green. Ce n’est que très rarement que nous prenons le temps de repenser à ce que nous disons. Nous ne faisons que perpétuer l’utilisation de ces termes.

Selon TMZ, dans un article publié avant l’incident Stevens, ces déclarations de Green auraient déjà fait leur chemin et plusieurs équipes penseraient éliminer le terme de leurs communications.

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