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Vente avortée des Alouettes : Vincent Guzzo et Danny Maciocia aux antipodes

Vincent Guzzo (à gauche) et Danny Maciocia

Vincent Guzzo (à gauche) et Danny Maciocia

Photo : Karine Dufour (Radio-Canada) & Dave Chidley (La Presse canadienne)

Félix St-Aubin

Le dossier de la vente des Alouettes prend des allures de feuilleton. Une cassure est récemment survenue et a fait dérailler le plan ambitieux de Vincent Guzzo. L'entrepreneur montre du doigt le commissaire Randy Ambrosie pour expliquer l'échec de l'achat de la franchise montréalaise. Une divergence d'opinions avec Danny Maciocia se retrouve également au cœur de la rocambolesque histoire.

Maciocia a confirmé à Radio-Canada Sports avoir « échangé des chiffres » avec Guzzo lorsqu'il a été reçu par l'homme d'affaires à sa résidence pour discuter du poste de directeur général.

Au début, il voulait m'avoir comme directeur général. Je lui ai dit que je pouvais l'aider, mais je ne lui ai jamais dit que je serais un employé de l'équipe parce que je suis sous contrat avec l'UdeM comme entraîneur. Le but ultime, pour moi, est de ramener cette équipe dans les mains des Montréalais, des Québécois.

L'entraîneur-chef des Carabins de l'UdeM, Danny Maciocia

Le scénario a « dérapé le lendemain » dans l'esprit de l'instructeur des Carabins de l'Université de Montréal (UdeM) « quand il s'est mis à appeler beaucoup de gens dans le domaine du football et commençait à parler d'embauche avec des personnes sans que je sois au courant ».

« Je n'aimais pas la structure, je n'aimais pas cette vision, je ne la partageais pas, a expliqué Maciocia. Ça ne veut pas dire que j'avais raison, mais je ne me sentais pas à l'aise là-dedans et je ne voulais pas travailler comme ça. »

La forte implication de Maciocia dans l'épineux dossier de la vente des Moineaux est incontestable. L'ex-DG des Eskimos d'Edmonton de 2007-2010 a notamment accompagné Guzzo au cours d'une rencontre avec Ambrosie à Toronto.

L'entraîneur-chef des Carabins estime que ce rendez-vous n'avait rien d'inusité.

« Ce n'est pas la première fois que je rencontrais le commissaire avec des acheteurs potentiels. C'est toujours sérieux quand tu t'assois avec le commissaire et que tu discutes des plans d'affaires et de football. »

Danny Maciocia

Danny Maciocia

Photo : Facebook/Carabins

Volte-face d'Ambrosie, selon Guzzo

Guzzo indique qu'il avait parcouru « 75 % » du chemin qui devait l'élever au rang de propriétaire et que les « vérifications nécessaires » étaient la partie manquante à l'équation. Les finances des Alouettes lui ont été présentées lors du processus, assure-t-il, lui laissant croire que les négociations étaient rendues à un stade avancé.

« Quand je vous demande tous les contrats qui existent en capital et matériel et que vous me les donnez, ça veut dire que vous êtes en train de vous mettre à nu. Et vous vous mettez à nu seulement si vous pensez qu'on va consommer le deal. »

Une entente de principe est même survenue il y a quelques semaines.

« Durant un lunch qu'on a eu le 14 mai, le commissaire a exprimé les conditions dont il avait besoin pour présenter le plan au conseil des gouverneurs et avoir l'approbation. On s'est levés, on s'est donné la main et je lui ai dit que j'acceptais ses conditions. »

« Le jour suivant, j'ai reçu un courriel de la part du commissaire qui me disait qu'il avait présenté l'offre au bureau des gouverneurs et qu'il avait eu un fort appui pour que je devienne le propriétaire des Alouettes », commente Guzzo.

Les procédures ont suivi leur cours jusqu'à ce qu'« un beau jour, on me dise que mon offre est sur la glace parce qu'il y avait eu une autre offre de dernière minute ».

Je ne vais pas commencer à me chicaner et obliger la ligue à me vendre une équipe, et après je vais devoir faire partie d'un groupe qui ne me veut pas. Si la ligue veut aller avec quelqu'un d'autre, c'est mieux de la laisser aller. C'est comme une blonde qui ne veut pas rester, comme on dit : "Tu ne peux pas obliger un cœur d'aimer".

L'entrepreneur montréalais Vincent Guzzo

Guzzo est tout de même demeuré près du dossier en attendant la suite des choses, poursuivant ses discussions avec d'autres personnes engagées dans le processus. Il dit avoir appris de l'un d'entre eux que « la personne liée à l'offre de dernière minute est là depuis le 20 avril [...] Si c'est comme ça, c'est évident que je vais juste me désister, je vais m'en aller et oublier ça ».

À moins d'un revirement total de situation, qui relève pratiquement de l'impossible, le projet de Guzzo de faire l'acquisition des Alouettes ne verra jamais le jour.

« Avant que je réalise que j'étais manipulé dans un processus que je trouve très injuste, inéquitable et pas transparent, j'étais intéressé à les acheter. Oui, l'intérêt à ce niveau reste, mais est-ce que j'ai un intérêt à vouloir travailler avec les personnes avec qui [la mésentente] est arrivée? Non, ça ne m'intéresse pas du tout! »

L'entrepreneur montréalais de 49 ans détermine un moment précis où il a senti Ambrosie reculer dans les négociations.

« J'ai téléphoné au commissaire pour lui demander la permission de parler avec l'Université McGill [concernant le bail au stade Percival-Molson] et lui ai annoncé que Danny Maciocia ne fera pas partie de mon équipe. On a dit qu'on allait me revenir pour McGill. Après ça, on n'a plus eu accès à rien, c'était le gros néant. »

Sans les nommer afin d'éviter « que ça devienne une chasse aux sorcières », Guzzo confie que des joueurs des Alouettes l'ont contacté et ont exprimé un petit peu leur frustration, de même que des agents de joueurs qui ont essayé de lui donner leur opinion sur le problème.

« C'est un énorme travail de restructuration au niveau du plan d'affaires, de refaire la vision et l'image de cette équipe. J'allais prendre la présidence gratuitement parce que si je me payais, j'allais nuire au processus. L'idée était de sortir [de l'endettement] », promet-il.

La Ligue canadienne de football (LCF) n'a pas retourné l'appel de Radio-Canada Sports.

Une « alliance québécoise » ratée

Le président et directeur général de la chaîne de cinémas qui porte son nom avait établi comme plan de réunir les deux entraîneurs québécois les plus influents à l'échelle provinciale.

« C'est avec Randy Ambrosie que j'ai échangé ma vision, et avoir Danny Maciocia comme DG et Glen Constantin comme entraîneur-chef en faisait partie », soutient Guzzo.

Une vision dont il a fait part à Maciocia lors d'une des rencontres entre les deux hommes.

« C'était un non catégorique [pour Glen Constantin], on a essayé de m'expliquer qu'entraîner des jeunes de 19 ou 20 ans et un professionnel comme Anthony Calvillo est totalement différent. »

« À un moment donné, il commençait à m'imposer du monde sans qu'on en discute, déplore pour sa part Maciocia. J'ai énormément de respect pour Glen [Constantin], ça fait 25 ans que je le connais [...] C'est un excellent entraîneur-chef. »

Le pilote des Bleus juge effectivement qu'être aux commandes d'une équipe de l'U Sports et de la LCF est « complètement différent ». Il affirme avoir « suggéré Noel Thorpe, [Paul] LaPolice, Ryan Dinwiddie, Tommy Condell et même Glen [Constantin] était dans la conversation ».

Danny Maciocia (gauche) et Glen Constantin (droite)

Danny Maciocia (gauche) et Glen Constantin (droite)

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Martin

« Il avait des idées fixes, voulait avoir certaines personnes en place et aussi contrôler les joueurs, ajoute Maciocia. Il m'a dit que je pouvais sélectionner les six premiers [joueurs] et qu'il allait choisir le reste... »

Des propos que Guzzo a balayés du revers de la main lorsqu'il a été questionné au sujet de son implication dans les opérations football montréalaises en cas d'achat de la franchise.

« C'est une farce, je ne peux même pas croire que quelqu'un insinue ça. Je ne m'y connais pas assez au football pour dire ça. Mais je me rappelle avoir dit quelque chose qui ressemblait à ça, répond-il.

« Je lui ai dit : "Tu choisiras les meilleurs joueurs possible dans les six positions les plus importantes et, pour le reste, j'apprécierais bien que tu regardes dans nos universités francophones et anglophones et que tu essaies de me trouver du talent local. C'est ça que je lui ai dit, je n'ai jamais dit que j'allais choisir les joueurs”. »

Constantin et Maciocia ne combineront donc pas leurs efforts et resteront des rivaux dans le circuit universitaire québécois, Guzzo abandonne son projet de faire l'acquisition de l'organisation montréalaise et les Alouettes passent à un autre appel. Encore.

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