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Chronique

La centralisation des athlètes, un modèle à revoir

Samuel Girard lève les bras après l'une de ses victoires aux Olympiques de Pyeongchang.

Samuel Girard alors qu'il se trouvait au sommet de sa gloire à Pyeongchang.

Photo : Getty Images / Jamie Squire

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

BILLET - Le texte qu'a signé Samuel Girard pour Podium au sujet de sa retraite à 22 ans a eu beaucoup d'écho dans le monde du sport olympique.

Tout un chacun avait son point de vue. Certains jugeaient Samuel, d’autres l’admiraient et plusieurs étaient juste estomaqués de voir qu’un si jeune champion olympique était déjà retraité.

Que s’est-il passé?

Je ne juge pas sa décision, car je respecte les athlètes qui prennent leur retraite avec autant de conviction. Par contre, sa situation a quelque chose de désolant et soulève beaucoup de questionnements. Samuel fait d’ailleurs allusion à ces questionnements de belle façon. Et on sent même une certaine retenue par respect pour son sport, ses ex-coéquipiers et, bien sûr, les entraîneurs et spécialistes qui l’ont aidé à devenir ce patineur dominant. Malheureusement, il semble que l’être humain derrière le patineur ait été ignoré.

Je ne veux pas porter de jugement sur Patinage de vitesse Canada, car on ne connaît pas tous les détails. Si on lit entre les lignes, on peut tirer ses propres conclusions.

Cela étant dit, il y a une réalité dans le sport olympique qui alimente un éternel et interminable débat, celui de la centralisation.

La centralisation, c’est l’idée de mettre toutes les ressources disponibles au même endroit. On impose aux athlètes de déménager et de s’installer à temps plein à cet endroit pour recevoir le soutien de leur fédération nationale.

Rappelez-vous l’histoire d’Alex Harvey en 2009. Le programme national a tenté de lui imposer de s’établir à Canmore, en Alberta, en le menaçant de lui couper les vivres. Pour Alex, être à Québec durant les mois d’entraînement était primordial afin de garder un sain équilibre de vie et de poursuivre ses études en droit. On pourrait dire que le temps lui a bien donné raison, n’est-ce pas?

Il sourit à l'arrivée d'une course à Québec.

Alex Harvey

Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

Même chose avec le patineur de vitesse sur longue piste Mathieu Giroux. Il voulait passer moins de temps à Calgary et plus de temps à Montréal afin de poursuivre ses études en pharmacie. On le menaçait de couper son financement et, n’eût été un plan de pression médiatique, il aurait perdu sa cause.

À première vue, la centralisation semble une idée extraordinaire qui permet une économie de coûts intéressante. Les impacts positifs sur la performance ont aussi été démontrés maintes fois dans plusieurs autres pays.

Je vois ça comme un mal nécessaire dans un monde où les ressources humaines et financières sont très limitées, mais ce n’est pas la solution idéale. Oui, des bénéfices ont souvent été obtenus dans plusieurs pays, mais le Canada, ce n’est pas un pays comme les autres. En Suisse, par exemple, il est pratiquement impossible d’être à plus de quatre heures de route de Genève ou de Zurich. Donc, on ne déracine jamais vraiment un athlète avec une centralisation sportive. Ici, on peut facilement être à 5 heures d’avion de la résidence familiale, et dans une culture complètement différente.

Lorsque j’étais athlète, à l’âge de 16 ans, l’équipe nationale de ski acrobatique parlait de vouloir centraliser notre programme à Whistler, ce qu’elle a tenté une dizaine d’années plus tard. Cela a d’ailleurs été un échec. Même si j’étais un athlète très motivé, jamais je n’aurais accepté de faire mes bagages et de m’installer à temps plein à 6 heures d’avion d’où j’habitais.

On pourrait penser que pour un jeune de 16 ou 17 ans, ce serait un rêve et un accomplissement de s’installer à Whistler. Pour moi, ç’aurait été la fin de l’équilibre entre ma vie sportive, familiale, sociale et scolaire, un équilibre si important pour qu’un athlète atteigne son plein potentiel. C’est exactement ce qui semble avoir manqué à Samuel et sûrement à bien d’autres athlètes dans un système centralisé.

Il y a quelques jours, un athlète dont je vais taire le nom me disait justement qu’un organisme de financement du sport les identifie ouvertement comme des numéros et des statistiques. On oublie alors de façon consciente que ces athlètes sont des humains et qu’ils sont tous différents.

Une approche commune est assurément un compromis. Ceux qui prônent la centralisation vous diront qu’ils individualisent leur approche et leur programme avec chaque athlète. Je m’excuse, mais faire une série d’exercices de moins que les autres une journée ou quelques tours de plus une autre journée n’est pas un plan individualisé. C’est un plan adapté, selon les besoins de l’équipe. Si on veut du succès à long terme et bien développer notre talent, il faut vraiment individualiser notre approche, tant sur le plan de l'entraînement que de la planification annuelle.

N’oubliez pas que dans plusieurs sports, à ce jour, on ne demande même pas l’opinion de l’athlète au moment de faire la planification. Même des médaillés que je connais bien n’ont jamais été consultés par leur fédération. On dit souvent que l’athlète ne sait pas ce dont il a réellement besoin.

Alors, lorsque je dis que la centralisation est un mal nécessaire, c’est parce qu’elle est vraiment inévitable, voire souhaitable dans certains cas à un certain moment. Par contre, elle doit faire montre de flexibilité. Il faut arrêter de prendre les athlètes pour des enfants ou faire comme s’ils appartenaient à une équipe professionnelle.

C’est leur carrière, elle leur appartient. Une carrière pour laquelle la très grande majorité ne gagnera jamais un sou.

Nous devons donc être là pour eux. Et eux ne doivent pas sentir qu'ils sont là pour nous.

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