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Chronique

Les circuits se multiplient dans la MLB, mais est-ce bien la faute de la balle?

Vladimir Guerrero fils claque un circuit de deux points contre les White Sox de Chicago.

Vladimir Guerrero fils claque un circuit de deux points contre les White Sox de Chicago.

Photo : Getty Images / David Banks

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

BILLET - Imaginons un peu ce qui se produirait si, du jour au lendemain, les ballons Spalding habituellement utilisés par la NBA se mettaient tout d'un coup à bondir à la moitié de la hauteur normale.

Ou encore, imaginons ce qui surviendrait si, sans trop qu’on sache pourquoi, les rondelles Inglasco utilisées par la LNH sortaient de l’usine un peu plus molles qu’avant et produisaient un imprévisible effet papillon lors de tirs au but.

Quelle réaction logique les dirigeants de ces deux ligues pourraient-ils avoir? Les commissaires Adam Silver (NBA) et Gary Bettman (LNH) feraient-ils « contre mauvaise fortune bon cœur » et se mettraient-ils à envisager des changements de règlements afin d’adapter leur sport à une nouvelle pièce d’équipement sortie de nulle part? Ou contacteraient-ils plutôt leur manufacturier pour exiger qu’on leur expédie, au plus sacrant, des ballons et des rondelles conformes aux devis habituels?

La réponse coule de source.

Or, dans le monde du baseball majeur, depuis quelques années, on raconte que le manufacturier Rawlings s’est soudainement mis à fabriquer des balles plus « vivantes » et plus aérodynamiques que celles qu’on utilisait au cours des 100 années précédentes. Et tout le monde semble considérer que même si cette modification industrielle est en train de tuer le baseball, elle est une fatalité puisque le bureau du commissaire étudie une panoplie de changements aux règles du jeu pour adapter son sport à ces soi-disant nouvelles balles.

Selon la trame narrative de cette histoire, l’homme qui tirerait vraiment les ficelles du baseball majeur ne serait donc pas Rob Manfred, mais plutôt l’anonyme directeur de l’usine qui fabrique lesdites balles au Costa Rica.

Ça ferait un bon film.

Les balles de la marque Rawlings sont utilisées dans le baseball majeur depuis plus de 40 ans.

Les balles de la marque Rawlings sont utilisées dans le baseball majeur depuis plus de 40 ans.

Photo : Getty Images / Mark Brown

***

Au cours des derniers jours, toutes les grandes publications sportives américaines ont souligné le fait que les frappeurs du baseball majeur ont réussi 1135 circuits en mai pour établir un nouveau record pour ce mois de l’année. La marque précédente était de 1119 et datait de l’année 2017.

Par ailleurs, au cours du mois d’avril, 1144 balles se sont retrouvées de l’autre côté de la clôture. Il s’agissait d’un autre record, qui a cette fois effacé la marque précédente (913, datant de 2018) par une hallucinante marge de 45 %!

Alors que débutent les mois plus chauds de l’été (au cours desquels la balle voyage davantage), la tendance indique déjà que plus de 6500 coups de circuit seront réussis dans la MLB cette saison. Ça signifie environ 1000 circuits de plus qu’au début des années 2000, une période tristement nommée « l’ère des stéroïdes ». Ces 6500 circuits enterreront par ailleurs, et de façon spectaculaire, le record précédent de 6105 longues balles qui avait été établi en 2017 et qui défiait déjà l’imagination.

***

En milieu de semaine, je signais une chronique soulignant que les assistances sont constamment en baisse dans la MLB depuis sept ans et qu’il s’agit d’un phénomène unique dans l’histoire du baseball. Ce phénomène n’est peut-être pas étranger aux changements survenus sur le terrain depuis le début des années 2010 et qui ont totalement métamorphosé l’expérience des spectateurs.

Dans une récente édition de Sports Illustrated, le chroniqueur Tom Verducci mettait en relief d’autres statistiques fort inquiétantes :

- Le nombre de retraits au bâton est en hausse pour une 14e saison d’affilée et on se dirige vers un autre record en cette matière [on enregistrera environ 42 500 retraits au bâton en 2019, comparativement à 31 356 au cours de la saison 2000, NDLR].

- Il n’y a jamais eu autant de buts sur balles que cette année au cours des 19 dernières saisons.

- Quatre des cinq saisons au cours desquelles on a enregistré le plus grand nombre de circuits dans l’histoire du baseball ont été disputées au cours des quatre dernières années.

- Le nombre de balles cognées en jeu est en baisse pour une sixième année d’affilée, et voir un joueur cogner un simple n’a jamais été aussi rare dans l’histoire du baseball.

- 36 % des présences au bâton se soldent par un résultat qui n’entraîne aucune action sur le terrain (un circuit, un but sur balle ou un retrait sur des prises). Il s’agit d’un record. La marque précédente (31 %) date de 2015.

***

Bref, le baseball est devenu un sport de bête puissance. Les subtiles stratégies qui rendaient ce sport unique (le vol de but, l’amorti-sacrifice, le court et frappe, cogner la balle du côté droit du terrain pour permettre à un coureur posté au deuxième coussin d’avancer au troisième, etc.) ont été rangées quelque part sur une tablette.

Une utilisation encore plus poussée des statistiques avancées a par ailleurs provoqué un réaménagement des défenses sur le terrain. Un frappeur qui cogne la balle en jeu, à l’intérieur des lignes et des clôtures, n’a jamais eu aussi peu de chances d’obtenir un coup sûr parce que le gérant adverse poste trois joueurs d’avant-champ sur son côté fort. Résultat : on demande dorénavant aux frappeurs de soulever la balle et de chercher à obtenir l’angle de contact idéal pour la sortir du stade.

Ce n’est plus le même sport.

Aussi, un peu partout aux États-Unis, des écoles de baseball spécialisées voient le jour et enseignent aux lanceurs à maximiser la vitesse et la puissance de leur bras. Des artilleurs passent leurs hivers à courir en direction d’un mur pour y lancer, de toutes leurs forces, des balles empesées.

Il y a 20 ou 30 ans, un lanceur dont la rapide atteignait 100 mph était une exception. En avril dernier, 114 lanceurs des majeures ont atteint des vitesses de 97 mph ou plus, soulignait Sports Illustrated.

***

Au bout du compte, toutefois, on en revient toujours à cette fameuse balle Rawlings, dont le coefficient de traînée serait moindre, ce qui permettrait aux frappeurs de joyeusement sortir la balle des stades.

Cette saison, une trentaine de joueurs maintiennent la cadence d’une production de 40 circuits. Quand Mark McGwire et Sammy Sosa régnaient sur la MLB à la fin des années 1990 et que les produits dopants étaient consommés en toute impunité, seulement une douzaine de frappeurs franchissaient le seuil des 40 circuits.

Peu importe qu’on lise Sports Illustrated, For the Win ou Forbes, les chroniqueurs spécialisés finissent toujours par dire : « Vous savez, les balles ne sont plus les mêmes, elles voyagent beaucoup plus. »

Or, les statistiques démontrent clairement qu’il y a de moins en moins d’action sur les terrains et que les stades ont commencé à se vider de façon constante depuis que la nature du jeu a été sérieusement altérée. Les conséquences économiques sont énormes.

Au début des années 2000, le monde du tennis faisait face au même genre de difficulté. Les raquettes étaient devenues à ce point performantes que les matchs, surtout masculins, prenaient des allures de concours de coups de canon. Les as se succédaient et il n’y avait à peu près plus d’échanges entre les joueurs. On a définitivement et simplement réglé la question en optant pour des balles moins rapides.

Si cette supposée nouvelle balle était le véritable cancer du baseball, le problème ne serait-il pas facile à régler? Il suffirait à Manfred d’écrire un courriel exigeant qu’on lui fabrique les bonnes mêmes vieilles balles qu’avant, et on n’en parlerait plus.

Il y a donc un autre problème.

Comment, en l’espace de quelques années, les lanceurs se sont-ils mis à lancer plus fort et les frappeurs se sont-ils mis à cogner plus loin qu’en 150 années d’histoire, au point de ridiculiser des marques établies quand les joueurs s’injectaient des quantités phénoménales de produits dopants?

Votre explication vaut certainement la mienne. Mais en poussant un peu la réflexion, il est difficile de placer la balle au 1er rang de la liste des suspects.

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