•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Finale de la NBA : sans Kevin Durant, point de salut pour les Warriors?

Kevin Durant célèbre un panier réussi dans un match entre les Warriors de Golden State et les Rockets de Houston à Oakland.

Kevin Durant

Photo : Getty Images / Ezra Shaw

Olivier Paradis-Lemieux

TORONTO - Cette dynastie des Warriors a maintenant une fiche de 7 victoires et 7 défaites dans les matchs sans Kevin Durant lors du tour ultime, et de 8-1 dans ceux où est présent le joueur par excellence des deux dernières finales. Sans son ailier étoile, Golden State n'est pas soudainement dépourvu de talent, mais le premier duel a exposé certaines limites des doubles champions de la NBA.

Avant le début de la finale, je relatais cette observation de l’architecte des Warriors, Bob Myers : dans une série, votre adversaire va tenter d’éliminer ce que vous faites le mieux. Et s’il réussit, votre succès reposera sur votre capacité à vous adapter et à contre-attaquer. Et si vous ne le faites pas, vous allez probablement perdre.

Dans le premier match de la finale, la défense des Raptors a su contrer ce que les Warriors font le mieux en attaque : pulvériser ses adversaires avec un mouvement incessant du ballon.

Or, sans Kevin Durant, les Warriors n’ont peut-être pas le choix de contredire leur président et de continuer le même manège en espérant cette fois un résultat positif.

Un jeu presque trop collectif?

Dans le premier match de la finale, plus de 85 % des points de la troupe de Steve Kerr ont été le résultat d’une passe décisive. Un chiffre mirobolant qui ferait l’envie de l’inventeur du basketball James Naismith et de tout entraîneur mettant l’accent sur la multiplication des touches de balle avant un lancer. Or, il indique aussi la réalité de cette incarnation des Warriors sans Durant : personne n’est capable de créer son propre tir, hormis Stephen Curry.

Klay Thompson est l'un des meilleurs tireurs de l’histoire et certainement le meilleur pour décocher lorsqu’il reçoit le ballon, mais il n’est pas capable de produire après un dribble. L’autre membre des Splash Brothers n’a pris que six tirs au-delà de l’arc. Il en a réussi la moitié d’entre eux. Le ballon ne se rendait tout simplement pas jusqu’à lui.

Draymond Green (0 en 2 de la ligne de 3 points) et Andre Iguodala (0 en 4) ont besoin d’être fin seuls pour avoir le temps de tirer, et l’intelligence collective de la défense des Raptors, la meilleure que n’ont jamais affrontée les Warriors en finale, est tout simplement trop élevée pour laisser cette situation se produire à répétition. Shaun Livingston n’a plus l’élévation nécessaire pour réaliser de manière constante les deux points au bord de la bouteille qui ont fait sa renommée (2 en 6), et DeMarcus Cousins n’a pas la forme actuelle pour jouer plus de 10 minutes.

Alfonzo McKinnie, Kevon Looney, Jordan Bell ou encore Quinn Cook ont de bien belles histoires, mais si Golden State espère qu’ils soient leur sauveur comme l’a été Fred VanVleet pour les Raptors contre les Bucks, ils rentreront probablement dans la baie de San Francisco en retard 0-2.

Ne reste que Curry, qui a certes marqué 34 points lors du premier match, mais 14 d’entre eux sont survenus à la ligne de lancers francs pour des fautes qui n’étaient pas le plus souvent issues d’une tentative de tir. Il est capable de mieux et la foule torontoise attendait jeudi soir, fébrile, à tout moment, une explosion du charismatique meneur de jeu pour vivre une agonie qui n’est jamais survenue.

Les possessions de Durant ne sont pas toujours les plus agréables à regarder. Isolé de l’un ou l’autre côté de l’arc, le grand ailier attend patiemment le moment où il va décocher son tir au-dessus de son défenseur, qui ne peut raisonnablement sauter assez haut pour le bloquer. La scène est mécanique, maintes fois répétée, un rien surannée, mais d’une efficacité telle que Durant sera, à la fin de sa carrière, probablement considéré comme l’un des 10 meilleurs joueurs de l’histoire.

Le jeu de mouvement de Golden State sans Durant est bien documenté, et les Raptors étaient fin prêts pour le contrer. Lorsqu’ils faisaient face à une défense placée plutôt qu’en transition, les Warriors ont marqué un famélique 0,84 point par possession, bien en deçà de leur moyenne en saison.

Durant trône au sommet des éliminatoires dans cette statistique avec 1,16 point par possession. Le manque à gagner pour les Warriors est évident.

Golden State a quand même réussi à marquer sa part de points grâce à son jeu de transition et aux points inscrits à la suite de rebonds offensifs, et les Raptors devront mieux faire dans ces deux facettes lors du deuxième match.

Cette propension qu’a Durant de ralentir par moment l’action a une autre conséquence positive : il permet à ses coéquipiers de reprendre leur souffle pour la séquence défensive suivante. Courir constamment pour se libérer finit par fatiguer même les marathoniens que sont les Curry et Thompson.

En augmentant la charge offensive de ses coéquipiers, l’absence de Durant érode la défense sensationnelle des Warriors, qui a paru par moment sans ressource face à la dynamo Siakam.

Klay Thompson et Pascal Siakam luttent pour prendre le ballon pendant le 1er match de la finale entre les Warriors et les Raptors à Toronto.

Klay Thompson et Pascal Siakam

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

L’anomalie Siakam

La performance de l’ailier camerounais des Raptors était à la fois un échec schématique des Warriors de défendre ses incursions dans l’arc et le résultat d’une fatigue collective, mais elle relevait également d’une aberration statistique.

Siakam a réussi 14 de ses 17 lancers, dont plusieurs trois points et long deux points à un rythme insoutenable face à l’inébranlable loi de la moyenne. Même s’il en ratait quelques-uns de plus lors du deuxième match, un Siakam mal contré est susceptible de donner des maux de tête aux Warriors.

L’ailier a connu son lot de matchs sans réussite lors de la série contre les Bucks, particulièrement au-delà de l’arc, qui aurait pu plomber les Raptors n’eût été les moments où VanVleet marchait sur l’eau. Une régression est attendue dans son cas, sans que le dynamique camerounais ne devienne pour autant complètement inefficace.

Draymond Green jure qu’il va réduire au silence Siakam dans le deuxième match, mais le joueur défensif par excellence en 2017 ne doit pas devenir obnubilé par la nouvelle coqueluche canadienne, a rappelé avec tact Steve Kerr au lendemain de la défaite des doubles champions.

Freiner Kawhi Leonard comme ils l’ont fait lors du premier match doit demeurer la priorité des Warriors. Le plan de match de Golden State de le doubler systématiquement était parfaitement réalisé, mais Leonard a su trouver ses coéquipiers à suffisamment de reprises (5 passes décisives) pour compenser ses ratés au tir (5 en 14).

Le meilleur joueur de la NBA depuis le début des présentes séries n’est pas le passeur le plus précis, mais il est suffisamment habile pour ne pas que les Raptors subissent le sort qu’ils ont fait connaître aux Bucks et à leur joueur étoile, Giannis Antetokounmpo.

Relâcher son attention de Leonard serait mortel pour les doubles champions.

Un match ne fait pas une série, mais sans Durant, ce sont les Raptors qui sont désormais les favoris.

Pascal Siakam fonce au panier.

Pascal Siakam fonce au panier.

Photo : Getty Images / Gregory Shamus

Basketball

Sports