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Siakam, Boucher et Ibaka : le trio francophone des Raptors

Serge Ibaka et Pascal Siakam des Raptors de Toronto

Serge Ibaka et Pascal Siakam des Raptors de Toronto

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Olivier Paradis-Lemieux

TORONTO - L'un est du Cameroun et n'avait pour ainsi dire jamais joué au basketball avant l'âge de 18 ans. L'autre est Antillais, a grandi à Montréal, et n'a commencé à jouer sérieusement qu'au même âge. Le dernier est Congolais, exilé par la guerre civile en France puis en Espagne, où il fait désormais partie de l'équipe nationale. Les trois sont francophones et revêtiront l'uniforme des Raptors jeudi soir pour le premier match de la finale de la NBA. Pascal Siakam, Chris Boucher et Serge Ibaka rêvent de championnat.

Une telle concentration de francophones ne s’est vue qu’une seule fois dans l’histoire de la NBA quand les Français Tony Parker, Boris Diaw et Nando de Colo ont pris part à la finale avec les Spurs de San Antonio contre le Heat de Miami en 2012.

Ce qu’il y a de particulier dans le trio des Raptors, c’est l’unicité de leur parcours respectif, qui incarne l’attrait de plus en plus global de la NBA.

Siakam a d’ailleurs été découvert en 2011 par un autre joueur camerounais de la NBA, Luc Mbah a Moute, au cours d’un des camps de Basketball Without Borders. Ce programme mis sur pied en 2001 par la NBA tente de dégoter les perles rares dans des endroits de la planète où les recruteurs ne vont que très rarement.

Le président des Raptors, Masai Ujiri, a vu Siakam lors de ce même camp, mais ce n’est que cinq ans plus tard qu’il l’a repêché avec le 27e choix. Le Camerounais venait de jouer deux saisons avec l’Université d’État du Nouveau-Mexique après avoir quitté son pays natal en 2014. Cette saison, l’ailier fort de 25 ans s’est imposé comme le deuxième joueur des Raptors et devrait remporter le titre de joueur le plus amélioré de la NBA au gala qui aura lieu après la finale.

« Quand j’ai vu Pascal à Basketball Without Borders, je ne m’attendais pas qu’il atteigne ce niveau. En tant que dirigeant, on fait comme si on savait tout, tout le temps, mais ce n’est pas le cas. Sa progression est formidable. Il aurait dû être au match des étoiles », a déclaré Ujiri mercredi.

Siakam attribue sa nette progression cette année – il est passé de 7,9 points/match à 16,7 en un an – à la plus grande confiance de son entraîneur, Nick Nurse, qui a remplacé Dwayne Casey après son congédiement en mai dernier.

« Être davantage sur le terrain tous les soirs est la chose qui m’a le plus aidé à devenir meilleur. J’ai commencé à jouer au basketball sur le tard. Alors jouer plus souvent, ça m’a vraiment permis d’améliorer mon tir et mes lectures du jeu. Et en défense, j’ai regardé davantage de vidéos dans la dernière année pour mieux comprendre les schémas, ce que je faisais moins lors de ma première année », a expliqué Siakam.

Siakam est un joueur énergique à l’éthique irréprochable, selon Ujiri, mais il n’a surtout pas l’intention de s’arrêter là.

« Il ne veut pas être l’un de ses joueurs africains qui est identifié uniquement à ses qualités athlétiques, dit le premier directeur général de la NBA à être originaire de ce même continent. Il veut être un joueur étoile, il veut pouvoir tout faire. »

Contre Golden State, sa capacité à combler rapidement les espaces sera bien sûr mise à profit, mais Siakam veut également apporter sa contribution à l'attaque.

« Je ne veux pas être trop agressif. Je veux prendre ce que la défense me donne, et l’utiliser dans ma faveur », ajoute-t-il.

Chris Boucher en apprentissage

Le Montréalais Chris Boucher ne devrait pas se retrouver souvent sur le terrain en finale, à moins que l’un des matchs ne soit complètement hors de portée de l’autre équipe dans les derniers instants. Lors du quatrième match de la série contre les Bucks de Milwaukee, par exemple, il a joué les dernières deux minutes du duel alors que les Raptors détenaient une avance de plus de 15 points.

En séries éliminatoires, les équipes utilisent habituellement bien moins que les 13 joueurs qui peuvent être habillés pour un match. Depuis la série contre Orlando, l’entraîneur des Raptors Nick Nurse n'a par exemple fait appel qu’à ses cinq partants, ainsi qu’aux réservistes Fred VanVleet, Norman Powell et Serge Ibaka.

Chris Boucher serre les poings après avoir marqué contre les Kings de Sacramento.

Chris Boucher serre les poings après avoir marqué contre les Kings de Sacramento.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Pour Chris Boucher, c’est néanmoins une deuxième finale de suite, puisqu’il faisait partie de l’organisation des Warriors de Golden State l’an dernier, mais il jouait essentiellement dans la ligue de développement de la NBA, la G-League.

« De Golden State à Toronto, deux finales en deux ans, je pense que ça n’arrive pas souvent », a raconté avec le sourire le centre de 26 ans, rencontré lors de la journée des médias. Signe de son statut de réserviste encore en développement, il n’avait pas de podium attitré.

Je pense que cette année, c’est beaucoup plus intéressant pour moi parce que je fais vraiment partie de l’équipe. J’ai pu jouer plus qu’une minute, j’ai montré beaucoup de flashs.

Chris Boucher

Cette année, Boucher a connu une saison de rêve dans la G-League, et il a été sacré joueur le plus utile avant d’être rappelé par les Raptors.

« Je pense que je suis arrivé un peu trop tard, a avoué Boucher. Tout ce que je faisais, c’était dans la G-League et c’était pendant la saison de la NBA. Et le plus loin que tu arrives pendant la saison, le plus que tu veux avoir un groupe de gars à qui tu peux faire confiance. »

« Je n’ai pas eu le temps d’en montrer assez, mais j’ai fait des bonnes choses, a-t-il ajouté. C’est juste une question de temps. Il me reste à devenir plus fort, à améliorer mon maniement du ballon et à travailler ma régularité. Je pense que je peux y arriver. »

Chris Boucher souhaite être un exemple. Son parcours atypique devrait être une inspiration, surtout pour ceux qui ont la chance de pouvoir commencer plus tôt leur carrière.

« Aux jeunes qui ont 8-12 ans : moi, j’ai commencé à 19 ans et regardez où je suis rendu, a-t-il insisté. La porte est vraiment ouverte. Le basketball, c’est rendu tellement gros. Il faut continuer de travailler fort et croire que ça va arriver. »

Pourquoi pense-t-il que les Raptors de Toronto forment une équipe aussi multiculturelle avec les Siakam, Ibaka, l’Espagnol Marc Gasol, le sino-américain Jeremy Lin, ou encore lui-même, le Canadien né dans la petite île de Sainte-Lucie?

« Je pense que c’est juste le fait qu’il y a du talent partout dans le monde. Et Toronto fait ça bien, ils vont en Afrique, ils vont en Europe. Je pense qu’on réalise particulièrement à Toronto que ça n’a pas d’importance d’où tu viens, quand tu as du talent, tu as du talent. On est tous de différents pays, mais on a tous la même ambition : jouer au basket. »

Une revanche pour Ibaka

Le Congolais Serge Ibaka devait faire face à un barrage particulier à la journée des médias. Parlant cinq langues (le français, l’anglais, l’espagnol, le catalan et le lingala), il s’amusait à passer de l’une à l’autre, laissant en plan ceux qui sont, au mieux, bilingues.

Peu importe le grand dialecte choisi, la majorité des questions tournait autour de sa relation avec le grand absent du premier match, Kevin Durant.

Les deux anciens coéquipiers ne se feront pas face immédiatement. Durant est blessé au mollet, et son statut pour le reste de la finale reste indéterminé.

Serge Ibaka et Kevin Durant dans l'uniforme du Thunder d'Oklahoma City

Serge Ibaka et Kevin Durant dans l'uniforme du Thunder d'Oklahoma City

Photo : Getty Images / Jamie Squire

« Une chose que je sais à propos de Kevin, c’est qu’il adore jouer au basketball. Toute sa vie tourne autour de ce sport. Il ne va pas apprécier d’être à l’écart », a observé Ibaka.

Il y a trois ans, le Thunder d’Oklahoma City menait 3-1 dans la finale de l’Association de l’Ouest quand les Warriors de Golden State ont renversé cette série pour se qualifier pour la finale (les Warriors allaient subir le sort inverse contre les Cavaliers de Cleveland). Ibaka était alors coéquipier de Kevin Durant, et ils avaient fléchi contre la troupe à Stephen Curry.

« Ça fait encore mal. C’est certain que gagner cette finale me permettrait de finalement passer par-dessus », a juré Ibaka.

Durant et Ibaka ont quitté le Thunder après cette défaite crève-coeur. Le premier s'est joint à ses bourreaux, les Warriors, alors qu’Ibaka a signé un contrat lucratif avec le Magic d’Orlando, qui l’a échangé quelques mois plus tard aux Raptors.

Leur chemin attendra encore un peu pour se croiser à nouveau sur la plus grande scène du basketball mondial, qui a jeté son chapiteau ce week-end, pour la première fois, dans cette ville aux 1000 visages.

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