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Est-il dopé? Le programme Quartz veut lever la suspicion

Lance Armstrong avec le maillot jaune du Tour de France, le 24 juillet 2002

Lance Armstrong avec le maillot jaune du Tour de France, le 24 juillet 2002

Photo : AP Photo/Peter Dejong

Robert Frosi

Est-il dopé? Combien de fois vous êtes-vous posé la question en regardant une performance sportive hors du commun? Le programme Quartz, mis en place depuis quatre ans, propose aux athlètes un suivi médical permanent qui peut être rendu public à tout moment. L'idée est d'avoir plus de transparence dans le monde du sport et, surtout, de lever la suspicion. Radio-Canada Sports s'est entretenu avec son coordonnateur, Pierre Sallet.

En 2015, le Dr Pierre Sallet s'est attiré les foudres de l'Agence mondiale antidopage (AMA). Il a montré dans une expérience scientifique comment on peut contourner les contrôles antidopage. Huit athlètes ont reçu des microdoses d'EPO, d'hormones de croissance et de corticoïde durant 29 jours, afin de mieux comprendre l'influence des substances sur la performance.

Cette expérience a fait l'objet d'un long documentaire sur la chaîne publique France 2, et elle montrait les limites du passeport biologique mis sur pied par l’AMA. Les huit athlètes consentants pouvaient passer au travers des mailles sans le moindre problème. On pouvait donc contourner les contrôles.

Ce projet avait été directement inspiré par le cas Lance Armstrong : 250 contrôles négatifs en 10 ans, même s’il avait recours à de l’EPO, à des transfusions et à des hormones de croissance.

Fort de cette expérience et écœuré de la suspicion qui règne dans le monde du sport, le Dr Sallet a créé le programme Quartz.

« Nous proposons deux types de programmes, Quartz élite et Quartz event, explique-t-il. Quartz élite, c'est quand un athlète décide d'avoir un suivi de santé à l'année. Donc, c'est un engagement volontaire et l'athlète dit qu’il veut être suivi par le programme. On va donc effectuer un certain nombre d'analyses, de profilage toute l’année sur ce sportif.

« Et il y a Quartz event, que nous développons sur les cinq continents, y compris votre pays, le Canada, où nous aidons les organisateurs d'évènements sportifs comme les marathons, les triathlons, les courses d'endurance à garantir un maximum de sécurité pour les athlètes participants. Tant au niveau des produits interdits que sur leur propre condition physique. »

Comment se passent ces suivis médicaux?

L'idée originale de Quartz ce n'est pas seulement de garantir la probité de tel ou tel athlète. C'est aussi de surveiller sa santé. Si l'Agence mondiale a mis sur pied un passeport biologique, l'équipe de Quartz pense qu'il n'est pas vraiment au point et que les lourdeurs administratives de leurs contrôleurs médicaux permettent à certains athlètes de passer au travers des mailles. Car l'AMA ne surveille que les produits prohibés et non pas la santé générale de l'athlète, comme l’explique Pierre Sallet.

« Nous, dans Quartz, on fonctionne sur une base médicale. Donc, chaque fois qu'on a un profil complet, il y a une commission médicale qui se réunit et qui est toujours composée de trois médecins et d'experts. La décision finale sera prise par les trois médecins qui collégialement vont se demander s'il y a un risque de santé et si l'athlète n'encourt pas un risque vital en pratiquant son sport lors d'une compétition. S’il y a un risque, c'est tolérance zéro.

« On va donc indiquer au sportif que par rapport aux engagements qu'il a pris dans le cadre du programme Quartz, il ne sera pas autorisé à courir, car il y a un risque pour sa santé. »

N'y a-t-il pas un danger que des athlètes qui se dopent se servent du programme Quartz comme alibi?

C'est un risque, bien sûr. Mais la centaine de sportifs, dont certains Canadiens, qui ont adhéré au programme sont tannés de la suspicion qui règne en permanence quand ils performent. Le coordonnateur Pierre Sallet veut avec son programme faire une différence.

« On essaye de répondre à un besoin des sportifs, dit-il. Si on prend l'angle antidopage, si vous interrogez Lance Armstrong, il va vous répondre qu'il a eu 250 contrôles et ils sont tous négatifs. Pourtant, il s'est dopé toute sa carrière. Et si vous interrogez un sportif propre, il va vous répondre la même chose, qu’il a été contrôlé et que tous les résultats sont négatifs. »

Il y a donc une grande partie des athlètes qui se sont dit : "Mais moi, on n'arrive pas à faire la différence, car je me retrouve avec la même réponse que ceux qui se dopent." Donc, la démarche de tous ces athlètes, c'est d'adhérer au programme Quartz non seulement pour un véritable suivi de santé, mais en même temps, c'est de montrer patte blanche et de tout mettre publiquement sur la table pour lever enfin les suspicions.

Pierre Sallet, coordonnateur du programme Quartz

L’Agence mondiale antidopage, comment réagit-elle?

Pas très bien. L'AMA n'aime pas trop qu'on marche dans ses plates-bandes et est très protectionniste de son programme mondial. Mais Pierre Sallet est prêt à collaborer avec toutes les instances qui se battent pour un sport propre, sans que la politique vienne régir ce combat.

Il pense que l'AMA est un trop gros paquebot et que ceux qui le dirigent ne sont pas tous d'accord avec le cap à suivre. Il pense qu'une structure plus souple comme la sienne, à but non lucratif, aura une meilleure crédibilité pour le monde sportif.

Le monde institutionnel a encore de mauvais réflexes. Plutôt que d'être constructif avec l'idée de dire qu'on a à apprendre du monde de l'extérieur, il est souvent en autarcie et, finalement, il se sclérose. Il n’évolue pas comme il aurait dû évoluer depuis sa création.

Pierre Sallet

« J’ai toujours dit que l'idée du passeport biologique est très bonne, la voie d'un suivi individuel, c'est la bonne, mais cela fait 13 ans qu'ils planchent sur ce passeport et, pendant ce temps, les tricheurs ont largement le temps de s'adapter et de peaufiner leur technique. Alors si vous ne vous adaptez pas et que vous avez en plus une peur panique des athlètes qui ont les moyens financiers ou juridiques forts, vous créez un artifice et c'est parfois ce qui est arrivé dans certains dossiers. »

On va donc surveiller les destinées de Quartz et peut-être qu'un jour, on pourra dire en regardant un athlète performer, celui-là, il n'est pas dopé, il est Quartz.

Dopage

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