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chronique

Un stade sans toit pour les Expos : une mauvaise idée

Plan d'ensemble de l'intérieur du stade olympique de Montréal, où se dispute un match de baseball.

Les Expos reçoivent les Astros de Houston au stade olympique de Montréal le 19 mai 1998.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Martin Leclerc

BILLET - Bien des amateurs de sport ont été stupéfaits d'apprendre, vendredi dernier, que Stephen Bronfman et ses associés ont l'intention de construire un stade à ciel ouvert, aux abords du bassin Peel, pour y faire jouer la mouture 2.0 des Expos.

Les investisseurs montréalais ne se sont pas longuement attardés aux caractéristiques de leur futur stade dans un document qu’ils ont déposé auprès de l’Office de la consultation publique de Montréal (OCPM). Ils ont toutefois pris le soin de souligner qu’il s’agira d’un stade « ouvert ».

Énormément de gens s’attendaient plutôt à ce que les futurs propriétaires des Expos misent sur un toit rétractable afin d’offrir au public, à leurs joueurs et à leurs télédiffuseurs le meilleur des deux mondes.

L’OCPM tiendra jusqu’à l’automne des consultations sur la construction du futur stade et, surtout, sur le vaste projet immobilier que Claridge (la firme d’investissement de Stephen Bronfman) et Devimco entendent réaliser autour.

Tout le monde comprend que doter un stade de baseball d’un toit rétractable coûte cher. Et on devine facilement que cette décision d’y aller avec un stade ouvert est le résultat d’un minutieux exercice comptable.

Mais au fil des ans, cette dépense évitée pourrait devenir une économie de bouts de chandelle. Car cette décision signifie que les futurs Expos ne pratiqueront pas leur sport dans un environnement optimal et que cette absence de toit handicapera l’organisation durant toute son existence.

***

Il est d’ailleurs ironique que cette orientation des investisseurs montréalais soit confirmée durant un printemps particulièrement inhospitalier au Québec.

En avril dernier, selon divers sites compilant les données météo quotidiennes, on a eu droit à Montréal à 24 jours de météo « défavorable » ou « très défavorable ». Durant le premier mois de la saison de la MLB, les Montréalais ont vécu des précipitations moyennes de 8 mm et des températures moyennes de 7 degrés. Les mêmes données nous apprennent qu’on a eu droit durant les six autres jours du mois à une météo « correcte ».

Aucun jour du mois d’avril n’a donc produit de météo « favorable » ou « très favorable » à la présentation d’un match du baseball majeur.

Qui donc aurait acheté des billets de baseball dans de telles conditions? Et combien de matchs aurait-on dû reporter à plus tard?

Et on ne parle ici que du mois d’avril dernier. Les premières semaines du mois de mai n’ont guère été plus favorables à la pratique du baseball ou au plaisir de s’asseoir dans des gradins pour assister à des matchs.

En avril 2018, c’était un peu la même chose. Nous avions eu droit à seulement trois jours de météo « correcte », tandis que les 27 autres jours avaient été marqués par du temps « défavorable » ou  très défavorable ».

Par curiosité, j’ai aussi consulté les données d’octobre 2018. Au baseball, le mois d’octobre est le plus important de la saison puisque c’est à cette période de l’année qu’on dispute les séries éliminatoires.

Or, malgré l’été sublime qu’on a connu en 2018, Montréal a vécu seulement deux jours de météo « correcte » en octobre 2018. Les 29 autres jours ont été « défavorables » ou « très défavorables ».

On nous répète tous les jours, et nous sommes à même de le constater, que la planète vit une grave période de changements climatiques. Si les récentes années sont garantes de l’avenir, des organisations dont la saison débute au printemps, comme l’Impact et les Expos, ne sont pas sorties du bois.

Tim Raines

Tim Raines

Photo : La Presse canadienne

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La décision des futurs propriétaires des Expos détonne par ailleurs avec l’orientation prise par les dirigeants de la Coupe Rogers, qui ont entrepris des démarches visant à équiper le stade IGA d’un toit rétractable, même si le tournoi ne dure qu’une dizaine de jours et qu’il est présenté au début du mois d’août.

« On veut s’assurer que, quand on présente un match diffusé dans 180 pays à des dizaines ou des centaines de millions de spectateurs, il ait lieu », expliquait l’an dernier le directeur du tournoi, Eugène Lapierre.

Tous les grands tournois de tennis de la planète recouvrent leurs stades d’un toit rétractable ou sont sur le point de le faire. Ces démarches visent à assurer les télédiffuseurs internationaux que leur grille-horaire sera respectée. Et pour cause, ce sont eux qui sont les plus grands partenaires financiers de l’ATP et de la WTA!

Le même raisonnement s’applique au baseball majeur. Pour défendre leur place dans la MLB, les futurs Expos auront besoin d’un télédiffuseur local qui leur allongera entre 60 et 100 millions par année.

Si l’équipe avait existé cette saison, le télédiffuseur en question aurait vécu un véritable cauchemar.

Ces derniers jours, certains ont fait valoir qu’il serait possible d’assurer le confort des spectateurs malgré l’absence de toit. En chauffant les gradins et la surface de jeu, par exemple, ou en recouvrant une partie des gradins d’une voûte. Au bout du compte, il ne faut toutefois pas oublier qu’on ne peut présenter un match de baseball lorsqu’il pleut.

***

Cette incertitude quant à la présentation des matchs aura assurément des répercussions aux guichets et handicapera une équipe de petit marché. L’industrie touristique de Montréal y perdra aussi au change.

Pour des amateurs de l’Abitibi, du Saguenay ou du nord des États-Unis (du moins pour certaines périodes de l’année), il sera plus difficile de planifier un week-end de baseball à Montréal.

La mouture 1.0 des Expos a combattu durant une bonne partie de son histoire le phénomène des partisans qui attendaient jusqu’à la dernière minute avant d’acheter leurs billets. Ce stade à ciel ouvert ne fera que renforcer ce réflexe et les amateurs resteront tout simplement à la maison quand la météo se montrera peu clémente.

Enfin, il ne faut pas oublier que le but ultime, lorsqu’on se porte acquéreur d’une équipe professionnelle, consiste à remporter des championnats. Et que, parfois, une participation aux séries éliminatoires ne se décide que par une avance d’un ou deux matchs au classement.

Si les Expos voient six ou sept programmes doubles leur tomber sur la tête durant le dernier mois du calendrier et que le gérant se voit obligé de confier des départs importants à des lanceurs des ligues mineures parce que ses partants sont surutilisés, on s’en mordra sans doute les doigts. Surtout que les chances de participer aux séries ne surviendront pas tous les ans.

Aussi, recruter des joueurs autonomes de renom, convaincre des joueurs de haut niveau d’accepter un échange pour venir jouer à Montréal, ou même convaincre des joueurs ayant grandi dans l’organisation montréalaise de ne pas se prévaloir de leur droit à l’autonomie risque de s’avérer plus difficile si on leur demande d’exercer leur métier dans des conditions climatiques plus difficiles.

En fin de compte, il ne reste qu’à souhaiter que les investisseurs montréalais aient parfaitement aiguisé leurs crayons avant de conclure qu’un stade « ouvert » s’avérera pour eux la meilleure façon de faire fonctionner une équipe de la MLB à Montréal.

Parce que les désavantages seront très nombreux et qu’ils ne disparaîtront jamais.

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