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chronique

Bonne chance au nouvel entraîneur des Sénateurs...

Le nouvel entraîneur-chef des Sénateurs, D.J. Smith

Le nouvel entraîneur-chef des Sénateurs, D.J. Smith

Photo : Sénateurs d'Ottawa/Twitter

Martin Leclerc

BILLET - À la fin du mois de mars, la grande priorité des Sénateurs d'Ottawa consistait à dénicher un président des opérations hockey afin de soutenir et de guider le directeur général Pierre Dorion dans la reconstruction de l'équipe. Puis, on ne sait trop comment, le vent a encore changé de direction...

Pourquoi les Sénateurs avaient-ils soudainement besoin d’un président des opérations hockey? L’idée du propriétaire Eugene Melnyk ne semblait pas résulter d’une longue réflexion. Toutefois, en lisant le communiqué publié par l’organisation le 24 mars dernier, on comprenait qu’il s’agissait désormais, à ses yeux, d’un dossier très important.

« Ce poste est essentiel au succès de notre club de hockey. L’embauche d’un candidat de haut niveau est encore plus cruciale alors que nous poursuivons notre processus de reconstruction », expliquait le communiqué des Sénateurs.

« Personne ne sera surpris de constater – compte tenu de l’ampleur de notre reconstruction et de l’opportunité d’y procéder en misant sur une énorme pépinière de jeunes talents, incluant des espoirs de premier plan et des choix de repêchage avantageux (17 lors des 3 premiers tours au cours des 3 prochaines années) – que l’organisation des Sénateurs est devenue une destination de choix pour les administrateurs du monde du hockey », prenait-on le soin, modestement, d’ajouter.

Deux semaines plus tard, le confrère Elliotte Friedman rapportait que Ron Francis, Trevor Linden, Dean Lombardi, Joe Nieuwendyk et Steve Yzerman avaient été approchés pour le poste et qu’ils avaient tous décliné l’invitation. Le fait que trois présidents (chargés de superviser les opérations d’affaires de l’organisation) se soient succédé au cours des trois dernières années n’avait sans doute pas facilité les démarches des chasseurs de têtes.

Et c’est ainsi que le dossier « essentiel au succès » et « crucial » des Sénateurs a été remis à plus tard.

Et c’est aussi ainsi que, jeudi dernier, le directeur général (ayant supposément absolument besoin d’un mentor pour le guider) Pierre Dorion, a présenté le nouvel entraîneur qu’il a personnellement choisi, D.J. Smith, pour guider les prometteurs talents des Sénateurs durant cette phase critique de leur histoire.

Si un président des opérations hockey est un jour embauché, eh bien, il n’aura qu’à vivre avec les décisions prises par son subordonné. Pourquoi faire les choses à l’endroit quand on peut les faire à l’envers?

***

Il n’y a aucun doute, D.J. Smith est un entraîneur compétent. Il a fait ses classes durant six saisons dans un rôle d’adjoint pour les Spitfires de Windsor (Ligue junior de l’Ontario) avant de prendre les commandes des Generals d’Oshawa, qu’il a menés à une conquête de la Coupe Memorial. Puis au cours des quatre dernières saisons, le nouvel entraîneur des Sénateurs s’est familiarisé avec la LNH à titre d’adjoint de Mike Babcock avec les Maple Leafs de Toronto.

Smith, raconte-t-on, est animé d’un optimisme contagieux. Cette louable qualité l’a-t-elle empêché de bien mesurer la profondeur et la couleur de l’eau dans laquelle il s’apprêtait à plonger? La question se pose.

Dans les ligues majeures, tous sports confondus, les postes de président sont normalement fort convoités. Or, D.J. Smith vient de se joindre à une organisation que les candidats les plus en vue ont systématiquement évitée.

Par ailleurs, Smith vient de s’asseoir dans un fauteuil que cinq autres entraîneurs ont occupé avant lui au cours des 10 dernières années.

Voilà deux signes inquiétants pour quelqu’un venant de se lancer dans un projet sportif dont le développement devra obligatoirement s’échelonner sur plusieurs années.

Deux hommes assis côte à côte avec

D.J. Smith avec le directeur général Pierre Dorion

Photo : Sénateurs d'Ottawa

***

En regardant la conférence de presse des Sénateurs jeudi midi, je n’ai pu m’empêcher de repenser à une passionnante conversation que j’avais eue deux semaines plus tôt, à Ottawa, avec l’entraîneur québécois des 67’s, André Tourigny.

Tourigny, en passant, a déjà été entraîneur adjoint (en 2015-2016) pour les Sénateurs. Il secondait Dave Cameron, un entraîneur-chef que les joueurs respectaient.

Toutefois, à trois semaines de la fin de la saison, Eugene Melnyk avait littéralement pendu Cameron sur la place publique en déclarant que la saison de l’équipe avait été marquée par « l’inconstance et la stupidité ». Six mois après le début de la saison, Melnyk reprochait encore à Cameron d’avoir délégué son deuxième gardien devant le filet pour amorcer le premier match de la saison.

(Pour la petite histoire, toujours en 2016, Melnyk déclarait qu’il avait absolument besoin de construire un amphithéâtre « d’ici deux ans » pour assurer la survie de son organisation. Quand cet autre dossier prioritaire est tombé à l’eau au début de 2019 parce que Melnyk était à couteaux tirés avec son ex-associé John Ruddy, le propriétaire des Sénateurs a déclaré qu’il n’avait aucune difficulté à envisager l’avenir de son équipe à Kanata.)

À Ottawa, le vent change rapidement de direction.

***

Revenons un peu à André Tourigny. Durant notre longue conversation, l’entraîneur des 67’s insistait sur le fait que les organisations gagnantes ont ceci en commun : elles établissent des valeurs claires et adoptent des règles qui s’appliquent sans exception à tous leurs membres. Du sommet jusqu’au bas de la pyramide.

Quand les valeurs et les orientations de l’organisation sont claires, les décideurs et le personnel savent à quoi s’accrocher quand des passages difficiles surviennent. Mais quand les décideurs se mettent à improviser au gré de leur humeur, ils sèment la confusion et défont chaque fois les faibles fondations mises en place.

« Réunir des joueurs talentueux et les faire jouer au hockey ne suffit pas. On gère des êtres humains », plaidait André Tourigny.

Si le passé est garant de l’avenir, D.J. Smith se présentera au prochain camp avec enthousiasme, déterminé à prendre le temps nécessaire pour maximiser les immenses talents que les recruteurs des Sénateurs ont mis à sa disposition.

Mais en haut de la pyramide, les priorités changeront au gré du vent. Smith sera donc mal soutenu et n’aura probablement pas suffisamment de temps pour profiter des fruits de son labeur.

On lui souhaite quand même bonne chance.

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