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De l’espoir et des éclopés : état des forces du Canada à Roland-Garros

Denis Shapovalov frappe une balle sur son coup droit
Denis Shapovalov Photo: Getty Images / Clive Brunskill
Alexandre Gascon

Le tennis canadien a failli débarquer à Paris avec le meilleur contingent de son histoire. Son meneur et sa pépite finalement hors circuit, les espoirs de l'unifolié reposent maintenant sur de bien jeunes épaules, endolories qui plus est dans certains cas.

Si Milos Raonic avait été en mesure d’honorer son 17e rang mondial et si Félix Auger-Aliassime n'avait pas été forcé de renoncer à l'ocre parisien, le pays aurait délégué trois têtes de série dans un tableau masculin d’un tournoi du grand chelem pour la première fois de son histoire.

Le Canada aurait alors lutté à armes égales – enfin, presque – avec des nations comme la Serbie, l’Espagne et l’Argentine, dont les réputations tennistiques ne sont plus à faire. Pour la petite histoire, l’Italie fait cavalier seul à ce chapitre avec quatre représentants.

Mais voilà, le genou droit de Raonic coince toujours depuis sa défaite contre Kyle Edmund au troisième tour du tournoi de Miami, en mars. Le bombardier de Thornhill, mieux outillé pour faire parler sa puissance et ses frappes sèches sur la pelouse anglaise, a choisi de préserver sa charpente de 98 kg (216 lb) pour le jardin de Wimbledon. Sage décision.

Raonic aura beau arroser la terre de ses coups gagnants, l’herbe n’y poussera pas. Depuis un quart de finale surprise en 2014, le Canadien a peiné à se positionner comme candidat crédible sur l’ocre. Aucun de ses huit titres n’y a été conquis.

D’ailleurs, le 17e mondial est toujours en quête d’un premier trophée depuis janvier 2016. Sans dire que ses beaux jours sont derrière lui – il a offert de brillantes prestations à Melbourne et à Indian Wells en 2019 – on attend impatiemment la prochaine éclaircie.

Auger-Aliassime : ce sera une autre fois

Le prodige apprend vite. Ce n’est pas de nous, mais plutôt du journal spécialisé français L’Équipe, qui a toutefois un lourd passé pour ce qui est de fabriquer des champions avant même qu’ils aient soulevé le moindre trophée. Parlez-en à Richard Gasquet.

Tout de même. Impossible de se départir de la sensation qu’on touche ici à quelque chose de spécial.

Auger-Aliassime connaît un départ fracassant sur le circuit professionnel. En février, il est devenu le plus jeune joueur à atteindre la finale d’un tournoi ATP 500. Ses temps de passage dépassent ceux de Roger Federer lui-même, tutoient ceux de Rafael Nadal et de Novak Djokovic.

Le Québécois (no 25) devait se présenter en grande forme à la porte d'Auteuil, fort de sa finale à Lyon. Le voilà d'ailleurs 11e à la course pour une place aux finales de l’ATP.

Autrement dit, il est le 11e mondial depuis le 1er janvier. En toutes circonstances, l’exploit serait énorme. À 18 ans, il est dantesque.

Antoine Deshaies fait le point sur la blessure de Félix Auger-Aliassime

Auger-Aliassime devait amorcer sa quinzaine contre l’Australien Jordan Thompson, un aventurier honnête du circuit plutôt à son aise sur toutes les surfaces. La première grosse commande aurait été au troisième tour, avec la perspective d’un duel contre Juan Martin Del Potro (no 8).

Pour ajouter à l'amertume de son absence, il est évident que le protégé de Guillaume Marx et de Frédéric Fontang se sent chez lui au royaume de Rafael Nadal. Le vice-président du développement de l’élite à Tennis Canada, Louis Borfiga, a même déjà prédit qu’Auger-Aliassime remporterait un jour la Coupe des Mousquetaires.

Il faudra attendre encore un an. Auger-Aliassime vise un retour en action dans un peu plus d'une semaine, soit à temps pour le tournoi de Stuttgart, sur gazon.

L’inconstance de Shapovalov

Coup d’éclat ou déception? Avec Denis Shapovalov, 20e tête de série à Paris, toutes les options sont sur la table. Défaite ou victoire, le spectacle est garanti par contre.

Le gaucher de 20 ans au revers à une main décapant alterne excellence et déconvenues depuis quelques mois. Après une tournée nord-américaine prometteuse en plein hiver – huitièmes de finales à Indian Wells et demi-finales à Miami – Shapovalov a remporté seulement deux matchs et essuyé cinq défaites.

Félix Auger-Aliassime fait l'accolade à Denis Shapovalov après sa victoire à Madrid. Félix Auger-Aliassime a battu son ami et compatriote Denis Shapovalov en deux manches, à leur entrée en scène au Masters de Madrid. Photo : Getty Images / Julian Finney

La terre, il y patine davantage qu’il la survole. Son style d’attaquant pur convient moins à l’ocre, qui absorbe et ralentit la balle en plus d’ajouter de la hauteur au rebond. Plus difficile à gérer pour les revers à une main. Pas impossible, juste plus difficile.

En cinq tournois sur terre battue cette saison, il n’a pas été en mesure de remporter deux matchs d’affilée. Ne regardons pas plus loin que le premier tour donc, et déjà, ça se complique.

Pour son entrée en lice, le Torontois retrouvera le 44e mondial, Jan-Lennard Struff, son bourreau allemand à Monte-Carlo au mois d’avril.

Le défi est intéressant. Et qui sait ce que ce talent exceptionnel cache dans sa manche.

Reprise pour Andreescu

Victime d’une petite déchirure à l’épaule droite à Miami, tournoi de toutes les calamités pour les Canadiens cette saison, Bianca Andreescu reprend l’action à Roland-Garros.

Bianca Andreescu reçoit des traitements lors de son match contre Angelique Kerber à Miami en 2019.Bianca Andreescu reçoit des traitements à l'épaule lors de son match contre Angelique Kerber à Miami en 2019. Photo : Getty Images / Gaston De Cardenas

En quelques mois, la vie de la jeune joueuse a été transformée irrémédiablement. Son titre conquis dans la douleur et la volonté à Indian Wells a fait grimper les attentes de façon démesurée.

Dans ce contexte, son retrait forcé des terrains pourrait lui avoir rendu service. Le temps de prendre la mesure de sa nouvelle réalité.

Andreescu a fait un bond prodigieux de la 107e à la 22e place à la WTA depuis le début de l’année. La voilà au 8e rang pour la course aux finales de la WTA en dépit d'une saison blanche sur terre battue. Enfin, jusqu'à Roland-Garros. En fait de relève, le Canada peut se frotter les mains.

La jeune femme, qui soufflera 19 bougies le 16 juin, aura droit à une entame en douceur contre la joueuse repêchée (lucky loser) Marie Bouzkova, 121e mondiale. Serena Williams (no 10) se profile toutefois à l’horizon au troisième tour.

Avec une épaule en délicatesse, sur une surface aussi exigeante, chaque victoire sera à savourer.

Et Eugenie dans tout ça?

C’est LA question. Où en est Mme Bouchard?

Maintenant 77e raquette mondiale, la Montréalaise en est aussi à un tournoi de reprise à Paris. Bouchard s’est blessée aux abdominaux à Miami, elle aussi, et n’a plus été vue en compétition depuis ce temps.

En 2019, c’était mi-figue, mi-raisin pour l’ancienne finaliste de Wimbledon : six victoires contre sept revers. Elle restait sur trois défaites de suite, et pas nécessairement les plus prestigieuses, avant sa blessure.

Bouchard n’a plus atteint la deuxième semaine en tournoi majeur depuis les Internationaux des États-Unis en 2015 et sa fameuse commotion cérébrale. Il y a belle lurette.

La Québécoise n’a plus disputé de finale depuis 2016 et, malgré quelques exploits et une année 2014 exceptionnelle, a soulevé un titre dans toute sa carrière. Autant qu’Andreescu…

Peut-être est-il temps de revoir les attentes à son égard. Elle se mesurera à la 27e tête de série Lesia Tsurenko au premier tour.

N. B. En qualifications, aucun Canadien n’est parvenu à atteindre le tableau principal. Peter Polansky et Rebecca Marino se sont arrêtés au deuxième tour.

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