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Rester à la maison, pas une option pour les joueuses de soccer canadiennes

Pour continuer de progresser, les joueuses canadiennes doivent s'expatrier aux États-Unis ou en Europe.

Pour continuer de progresser, les joueuses canadiennes doivent s'expatrier aux États-Unis ou en Europe.

Photo : Getty Images / Cooper Neill

Alexandra Piché

Presque toutes les joueuses de la sélection canadienne qui joueront à la Coupe du monde revêtent en club les maillots d'équipes professionnelles européennes ou américaines. Manchester City, Paris Saint-Germain, Portland, Houston... Celles qui sont encore à l'université jouent aux États-Unis. À un certain niveau, rester à la maison n'est plus une option.

Les joueuses s’expatrient-elles par choix, pour le prestige? Pas nécessairement. Les talents du soccer féminin n’ont pas l’occasion de jouer à un calibre assez élevé pour atteindre le niveau international si elles restent au pays. Et les sélectionneurs canadiens recherchent généralement des joueuses qui ont fait leurs preuves.

« Souvent, dans le cheminement de l’équipe nationale, ils veulent que les joueuses jouent au plus haut niveau possible. Nous, au Canada, on n’a pas de ligue professionnelle. Une option pour les joueuses qui étudient est de jouer en NCAA division 1, dans le top 20. Ce sont vraiment les meilleures écoles en Amérique du Nord. C’est le meilleur niveau de soccer à part le niveau international ou le niveau professionnel », indique Cindy Walsh, ancienne joueuse de l’équipe canadienne qui a notamment entraîné les Comètes de Laval, une équipe de la défunte USL W-League.

Cindy Walsh en a vu passer des jeunes joueuses. Elle a entraîné des espoirs aux Jeux du Québec, a travaillé au Centre de haute performance de Soccer Québec (CNHP) et a fait partie du personnel des équipes du Québec. Comme sa soeur Amy, elle a du vécu en équipe nationale, et elle se fait souvent demander par des parents quel est le parcours idéal pour y parvenir.

« Ça n’existe pas, mais il faut être capable de s’adapter et de prendre sa place », dit-elle.

C’est l’avis que partage Gabrielle Carle, seule Québécoise de l’équipe canadienne. À 20 ans, l’attaquante de Québec participera en France à sa première Coupe du monde.

Elle était de l'aventure olympique en 2016, en tant que substitut. Elle était dans les gradins quand le Canada a battu le Brésil pour remporter le bronze.

« Si on regarde au niveau des équipes nationales U-17 et des U-20, on a toujours une bonne présence de joueuses québécoises. Mon année, en 2017, les Québécoises représentaient la moitié des joueuses en Coupe du monde. En U-20, on était 6 ou 7 joueuses aussi. Il se passe quelque chose entre le U-17, le U-20, et les seniors, clairement », affirme-t-elle.

Certains pensent que c’est parce que beaucoup de Québécoises s’abstiennent d’aller aux États-Unis à cause de la langue pour aller continuer de jouer au plus haut niveau possible. Mais, de plus en plus, il y a des joueuses québécoises qui vont aux États-Unis pour jouer au plus haut niveau possible. J’ai donc l'impression que dans les prochaines années, on devrait avoir plus de Québécoises sur l’équipe.

Gabrielle Carle

Dès l’adolescence, Gabrielle Carle savait qu’elle devrait s’expatrier si elle voulait continuer dans le monde du soccer.

« Même à un très jeune âge, au CNHP, elle a commencé à réaliser son plein potentiel, raconte Cindy Walsh. Elle a commencé à vouloir améliorer son anglais parce qu’elle savait que si elle voulait se rendre aux États-Unis, il fallait qu’elle fasse des études en anglais. Elle savait que de jouer en NCAA l’aiderait à devenir plus forte et à se développer. Elle savait qu’elle devait arriver là-bas. Il y a des joueuses du Québec qui ne veulent pas faire ce changement dans leur vie et faire des études en anglais. »

Après leur parcours universitaire, des joueuses sont recrutées par des formations de la Ligue nationale de soccer féminin des États-Unis (NWSL) ou par les ligues européennes, comme la division 1 en France ou la Super Ligue féminine en Angleterre.

Beaucoup d’organisations professionnelles européennes renommées, comme l'Olympique Lyonnais, le Paris Saint-Germain et Manchester City, ont des équipes féminines, ce qui n’est pas le cas en Amérique du Nord. Les Whitecaps de Vancouver sont la seule équipe canadienne de la MLS à tenir une académie pour les jeunes filles.

Cindy Walsh ne croit pas qu’on puisse rêver à une ligue professionnelle canadienne de soccer de sitôt.

Le problème avec le Canada, c’est que c’est un grand pays. Je pense qu'on est loin d’être là parce qu’en Europe, quand on parle géographie, c’est rapproché. Pour nous, la plupart du temps, ça implique des vols. Je me souviens que, même quand on faisait les camps avec l’équipe canadienne, on voyageait souvent de Montréal à Vancouver et je me souviens que les gérants nous disaient que ça coûtait beaucoup d’argent pour regrouper tout le monde pour faire des camps d’entraînement.

Cindy Walsh

« C’est sûr qu’une ligue professionnelle, ce serait l’idéal. Mais présentement, je ne pense pas que ce soit réaliste financièrement. Pour avoir une ligue professionnelle du Canada, il faudrait des gens qui veulent payer pour le soccer féminin et il n’y en a pas autant que pour le soccer masculin, ajoute-t-elle. Une solution serait que l’ASC (Association canadienne de soccer) mandate chaque équipe professionnelle du Canada à avoir un pendant féminin. Ce serait le seul moyen de pouvoir soutenir le soccer féminin au niveau pro au Canada. »

Lumière sur le soccer professionnel féminin

Cindy Walsh a aussi remarqué avec les années que le soccer féminin, au-delà des matchs de l’équipe nationale, reste peu connu du grand public. Seulement une vingtaine de places sont disponibles dans la sélection canadienne et certaines joueuses se retrouvent désemparées quand elles en sont exclues.

« L’équipe nationale, c’est un grand honneur et tout le monde veut le faire, mais il faut voir la réalité des choses. Chaque fois qu’un entraîneur est mis en place, ça change. Je l’ai vécu. J’ai été partante deux années de suite et quand l’entraîneur a changé, mon style de jeu ne convenait plus et j’ai été laissée de côté aussi vite que d’autres », raconte-t-elle.

« Plusieurs joueuses se sont retrouvées aux États-Unis et en Europe. Mais si elles ne font pas l’équipe nationale, on en entend peu parler, dit-elle en mentionnant les noms de Valérie Sanderson, qui a joué au niveau professionnel en France, et de Geneviève Richard, qui a fait partie d’équipes au Japon et en France. Les jeunes ne savent donc pas toujours que c’est une possibilité. On devrait mettre plus de lumière sur elles pour montrer qu’il y a aussi autre chose que l’équipe nationale. »

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