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Changement de garde dans la boxe olympique

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Le président du CIO, Thomas Bach, s'adresse aux médias en conférence de presse. Photo: presse canadienne
Robert Frosi

L'avenir de la boxe olympique était en jeu ces jours-ci à Lausanne. La commission d'enquête du Comité international olympique (CIO) écoutait les arguments de l'Association internationale de boxe amateur (AIBA). La menace de son exclusion des Jeux olympiques planait depuis un an, principalement à cause de problèmes graves de gouvernance. Et la commission a tranché en retirant l'organisation du tournoi olympique à l'AIBA.

On se souviendra du tournoi de boxe olympique aux Jeux de Rio, qui avait amené son lot de scandales. Plusieurs juges avaient été écartés de la compétition après des décisions pour le moins douteuses.

Certains athlètes avaient perdu leur combat au profit d'autres boxeurs en provenance notamment des pays d'Europe de l'Est. Trente-six responsables et arbitres avaient été suspendus en lien avec des matchs truqués. Un système de collusion avait été par la suite éventé, ce qui avait amené le CIO à suspendre en 2018 l'AIBA.

Au CIO, on s'inquiétait des problèmes de gouvernance, des finances et des dépenses questionnables de l'AIBA. Il faut dire que les problèmes de gouvernance et les malversations ne datent pas d'aujourd'hui. Le Pakistanais Anwar Chowdhry, président de l'AIBA de 1986 à 2006, avait été suspendu à vie pour malversations financières. Le Taïwanais Ching Kuo-Wu, qui lui a succédé, a été lui-même contraint à la démission.

L’élection à la présidence de l’AIBA de l'homme d'affaires ouzbek Gafur Rakhimov n’a pas rassuré le CIO. Il était un président au passé sulfureux, décrit par le Trésor américain comme un « criminel majeur » dans son pays. Un président qui depuis a quitté son poste pour atténuer la défiance du CIO.

C'est dans ce contexte que le président du CIO, Thomas Bach, avait suspendu toutes les activités sportives de l'AIBA et, surtout, gelé ses subventions.

Pour Russ Anber, analyste de boxe et ancien président de la Fédération québécoise de boxe, il était grand temps que le CIO fasse le ménage.

« Pourquoi ç’a été si long? Pourquoi le CIO a autant tardé à mettre en disgrâce l’AIBA? Après 40 ans dans la boxe, je pensais avoir tout vu. Et je dois vous avouer que j’avais perdu espoir dans la boxe amateur, a-t-il dit. Je ne parle pas ici seulement de la fédération internationale, mais aussi au niveau national et provincial. »

Dans ce monopole malsain de ces dirigeants, le seul qui payait véritablement la note et qui subissait des pressions, c’était le boxeur ou son entraîneur, ou les deux. Ce monopole de toutes ces institutions n’a mené qu’à une chose : la corruption.

Russ Anber

De la boxe à Tokyo

Le CIO a déclaré qu'il ne voulait pas pénaliser les boxeurs des cinq continents. Sa commission exécutive a annoncé la création d'un groupe de travail présidé par le Japonais Morinari Watanabe, membre du CIO et président de la Fédération internationale de gymnastique.

Ce groupe de travail a pour tâche d'assurer la tenue des épreuves de qualifications pour les JO de Tokyo, ainsi que le tournoi olympique. Il se pourrait également qu'une compagnie privée spécialiste de l'organisation d'évènements soit appelée à la rescousse, car le travail est colossal et il ne reste qu'un peu plus d'un an pour organiser le tout.

Russ Amber félicite le CIO, mais s’inquiète de la manière dont tout cela va être fait.

« J’ai hâte de voir comment ils vont organiser cela, mais j’ai surtout hâte de voir si les athlètes et les entraîneurs pourront participer à ce tournoi en toute sérénité, lance-t-il. De sentir que tout est correct et que le véritable fair-play soit la règle ».

Un enjeu de taille pour l'avenir de la boxe olympique

L’enjeu est non seulement financier, mais aussi historique. Historique, car la boxe fait partie des six sports des Jeux antiques. Elle a fait ses débuts en 1904 aux Jeux olympiques modernes de St. Louis. Ce sport a fait rêver avec ses champions olympiques qui sont devenus par la suite de véritables mythes, comme Muhammad Ali, George Foreman, Joe Frazier, Sugar Ray Leonard, sans oublier les Cubains Teofilo Stevenson ou Felix Savon et le plus connu de nos Canadiens, Lennox Lewis.

Et du côté des finances, il faut rappeler que le CIO verse une aide financière tous les quatre ans aux fédérations participantes aux JO. Pour la boxe, on prévoyait un montant total d'environ 15 millions de dollars. Le déficit de l’AIBA était déjà de 16 millions. On peut penser que son avenir est incertain.

Thomas Bach a annoncé que le statut de l’AIBA serait réévalué après les Jeux de Tokyo.

« La décision d'aujourd'hui a été prise dans l'intérêt des athlètes et de la boxe. Nous voulons nous assurer que les athlètes puissent réaliser leur rêve de participer aux Jeux olympiques de Tokyo tout en tirant les conséquences qui s'imposent pour l'AIBA à la suite des recommandations du comité d'enquête. Dans le même temps, nous offrons une possibilité de lever la suspension, mais des changements fondamentaux sont nécessaires », a-t-il dit.

Est-ce la fin d’une époque? Russ Anber n’est pas si sûr.

« Ça dépend comment tu définis une époque, fait-il valoir. Si c’est mettre fin à la corruption, de mettre dehors les incapables qui ont profité du système, que l’on élise un président qui ne soit pas considéré comme un mafieux notoire… alors oui, ce sera la fin d’une époque. »

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