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chronique

Et si les Devils du New Jersey viraient Kaapo?

Jack Hughes (à gauche) et Kaapo Kakko (à droite)
Jack Hughes (à gauche) et Kaapo Kakko (à droite) Photo: Getty Images
Martin Leclerc

BILLET - L'attaquant finlandais Kaapo Kakko se bat admirablement contre une vieille prophétie voulant que l'électrisant centre américain Jack Hughes soit assurément le premier joueur sélectionné au prochain repêchage de la Ligue nationale (LNH).

Jack Hughes, un centre de petite taille (5 pi 10 po et 170 lb ou 1,78 m et 77,1 kg), était connu à la grandeur du continent nord-américain bien avant son année de repêchage.

Fils d’un entraîneur de hockey (son père Jim a été instructeur dans les rangs professionnels et directeur du développement des Maple Leafs) et d’une mère ayant patrouillé la ligne bleue de l’équipe nationale des États-Unis, Jack Hughes a passé une partie de son enfance dans la région de Toronto où, dans les rangs midget AAA, il a inscrit 58 buts et 159 points à l’âge de 15 ans. Rien de moins!

Puis au cours des deux dernières saisons, Hughes a porté les couleurs du Programme de développement de l’équipe nationale des États-Unis (NTDP).

Les 197 points (63 buts) qu’il a amassés lors de ces deux campagnes constituent un record de l’histoire du programme américain. Les deux précédents détenteurs de cette marque étaient Clayton Keller (189 points) et Phil Kessel (180 points).

Ces exploits de Jack Hughes ont ainsi donné naissance à une autre prophétie, voulant cette fois qu’il devienne le premier joueur de l’histoire à faire directement le saut du NTDP jusqu’à la LNH.

Mais Kaapo Kakko ne semble pas l’entendre ainsi.

***

Kakko, un ailier droit incroyablement habile qui fait 6 pi 2 po et pèse 190 lb (1,88 m et 86,2 kg), a littéralement pris le plancher au Championnat mondial.

Et ce, malgré le fait qu’il soit surtout entouré de joueurs de la ligue professionnelle finlandaise, la SM-liiga. En 45 matchs dans ce circuit, Kaapo Kakko a inscrit 22 buts, effaçant ainsi le record de 21 buts (pour un joueur de 18 ans) que détenait Aleksandr Barkov.

Kakko, qui est de seulement trois mois l’aîné de Hughes, a inscrit sept points (6 buts, 1 passe) à ses six premiers matchs au mondial. Il occupe le 2e rang (à égalité avec trois autres joueurs) des buteurs du tournoi.

Patineur puissant et extraordinaire manieur de bâton, Kakko a démontré hors de tout doute qu’il sera capable de conserver la rondelle et de se créer de l’espace dans la LNH.

Il possède un flair certain pour le filet et, autre facteur auquel les recruteurs accordent beaucoup d’importance, il touche très souvent à la rondelle au cours d’un match. Il se rend disponible et ses coéquipiers le repèrent facilement sur la patinoire.

Cette éclosion fait écarquiller les yeux parce qu’au Championnat mondial junior durant le temps des Fêtes, Kaapo Kakko s’était montré plus discret, ne récoltant que deux buts et trois passes. Il avait toutefois inscrit le but permettant à la Finlande de remporter la médaille d’or.

De son côté, Hughes s’était aussi montré timide au mondial junior. Ennuyé par une blessure, il avait été limité à quatre mentions d’aide.

***

Depuis la semaine dernière, les deux espoirs les plus convoités en vue du prochain repêchage de la LNH croisent à nouveau le fer au Championnat mondial. Mais Hughes, même s’il est entouré de joueurs de la LNH dans l’équipe américaine, ne semble pas être capable de tirer profit de la situation.

Son exceptionnel coup de patin est indéniable. Son sens du jeu et ses habiletés aussi. Mais sa présence reste très discrète. Il n’a récolté qu’une passe jusqu’à présent.

Et à moins qu’il gagne beaucoup de maturité physique durant l’été, on peine à l’imaginer faire face aux rigueurs d’un calendrier de 82 matchs dans la LNH.

La position de centre est extrêmement exigeante. Elle requiert notamment que son détenteur puisse livrer bataille aux côtés des défenseurs au fond de la zone défensive. Et elle implique que le centre doive constamment faire face à des géants dans le cercle des mises au jeu.

Au Championnat mondial, Hughes semble handicapé par sa petite taille. La maturité physique viendra éventuellement. Toutefois, la prédiction voulant qu’il devienne le premier joueur de l’histoire du NTDP à faire directement le saut dans la LNH ne semble pas acquise.

***

La manière dont Kakko se comporte en Slovaquie depuis une semaine ébranle les convictions de plusieurs. Il sera intéressant de voir ce que les Devils du New Jersey, détenteurs du tout premier choix de la prochaine séance de sélection, feront avec l’intéressant dilemme qui leur pend au bout du nez.

En 2017, les Devils détenaient le tout premier choix et leurs recruteurs avaient ignoré le classement de la centrale de recrutement de la LNH, qui plaçait Nolan Patrick au 1er rang des espoirs nord-américains. Les Devils avaient plutôt misé sur Nico Hischier (des Mooseheads de Halifax) qui était plus frêle physiquement, mais dont les habiletés étaient nettement supérieures.

Hischier leur a donné raison.

Cette fois, leur choix se fera entre deux attaquants rapides et très habiles. L’un d’eux (Kakko) possède toutefois un net avantage concernant le gabarit. Hughes est davantage un fabricant de jeu qu’un tireur. Kakko est davantage un marqueur qu’un passeur.

***

Lorsqu’on prend un pas de recul, on constate que même s’il brille de tous ses feux dans un tournoi réservé à des professionnels aguerris, Kaapo Kakko a toute une pente à remonter.

Historiquement, les équipes de la LNH semblent accorder moins de valeur aux joueurs portant l’étiquette de « meilleur espoir européen ».

Il faut dire que le bassin de joueurs est nettement plus vaste en Amérique du Nord et que les équipes ont beaucoup plus de recruteurs en sol nord-américain qu’en Europe. Autour de la table, lorsque vient le temps de décider, il y a davantage de recruteurs nord-américains.

Au cours des 15 dernières années (de 2003 à 2017), seulement deux équipes détenant le premier choix au total ont opté pour un attaquant que la centrale de recrutement avait identifié comme étant le premier espoir européen (NDLR : Aux yeux de la centrale de recrutement, un espoir européen est un joueur portant les couleurs d’une équipe européenne).

Le premier était Alex Ovechkin, en 2004. Et le second était Auston Matthews, en 2016. Ce dernier avait cependant fait son apprentissage au sein du programme de développement américain. Il avait toutefois décidé de s’expatrier en Suisse durant sa saison d’admissibilité au repêchage. Matthews avait donc souvent été évalué en territoire nord-américain.

Ce biais défavorable aux meilleurs espoirs européens (du moins en apparence) explique peut-être pourquoi, au fil des ans, plusieurs attaquants européens identifiés comme « meilleur espoir » de leur continent ont offert un rendement nettement supérieur à leur rang de repêchage.

- Sélectionné au 11e rang en 2005, Anze Kopitar (888 points) est jusqu’à présent le deuxième joueur le plus productif de cette séance de sélection.

- Choisi au 4e rang par les Capitals en 2006, Nicklas Backstrom (873 points) est le joueur le plus prolifique de cette cuvée.

- Appelé au 11e rang en 2012, Filip Forsberg (305 points) est le joueur le plus productif de son année de repêchage.

- Quant à Mikko Rantanen (repêchage de 2015), il a amassé 209 points en seulement 239 matchs. Même s’il a été choisi au 10e rang, il est jusqu’à présent le quatrième attaquant le plus productif de cette séance de sélection.

Des glissements aussi importants (par rapport au rang de sélection) ne surviennent pour ainsi dire jamais avec les joueurs portant le titre de « meilleur espoir nord-américain ».

Alors, Hughes ou Kakko?

La réponse à cette question semblait extrêmement claire il y a quelques mois. Elle ne l’est plus.

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