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Il faut mieux former les arbitres de la LNH et leur donner plus de pouvoir, croit Kerry Fraser

Kerry Fraser à son dernier dans la LNH, le 11 avril 2010

Kerry Fraser à son dernier dans la LNH, le 11 avril 2010

Photo : Getty Images / Jim McIsaac

Michel Chabot

La Ligue nationale de hockey (LNH) nage en pleine controverse au cours des présentes séries pour des décisions d'arbitrage douteuses, ou carrément erronées, qui ont directement influé sur le résultat de certains matchs. Kerry Fraser, arbitre à la retraite, ne mâche pas ses mots : la formation des officiels est déficiente et la LNH nuit à leur autorité en ayant recours trop souvent aux reprises vidéo.

Il n’a jamais eu froid aux yeux durant sa carrière de 30 ans qui a pris fin en 2010. Il continue d’être un observateur attentif et exprime ses opinions avec fermeté. Et ce qu’il a vu ce printemps ne l’étonne pas.

« Il y a trop d’erreurs commises par les arbitres et pas seulement dans ces séries, estime-t-il. Ça dure depuis plusieurs années. Les amateurs, les entraîneurs, les joueurs, les directeurs généraux et toute la communauté du hockey se plaignent de la qualité de l’arbitrage dans La Ligue nationale. Ils doivent régler le problème à la source. »

La dernière bourde, mercredi dans le troisième match de la série entre les Blues et les Sharks, quand une passe avec la main a mené au but vainqueur d'Erik Karlsson en prolongation, illustre éloquemment le problème, selon lui.

Quatre officiels, en positions différentes, n’ont pas vu la passe avec la main. Et tous les joueurs, sauf un, étaient tout près de la rondelle. Alors que voient les arbitres? Ont-ils la vue bloquée? L’arbitre dans le coin avait trois joueurs qui l’empêchaient de bien voir. C’est sa faute s’il ne s’est pas rendu où il aurait pu voir l’infraction. L’autre arbitre, qui aurait pu compenser ce manquement, était à la ligne rouge, beaucoup trop loin. En analysant tout ça, ce n’est pas de la physique quantique, on comprend pourquoi ce système a échoué.

Kerry Fraser

La formation des arbitres est l’un des problèmes les plus criants à l’heure actuelle et les arbitres ont eux-mêmes moins de pouvoir qu'ils en ont déjà eu, selon Fraser.

« Je donnerais plus de pouvoir aux arbitres parce qu’avec l’avènement des reprises vidéo et son recours plus fréquent, certains d’entre eux sont réticents à prendre des décisions. Ils doivent réagir à ce qu’ils voient sur la glace, dit-il. Mais ils doivent mieux se placer. Il faut régler le problème du positionnement et du déplacement des arbitres. Ils doivent voir le jeu comme un joueur très talentueux, comme un Wayne Gretzky ou un Mario Lemieux, qui avaient une vision exceptionnelle. »

Des arbitres hors de la glace

Mercredi, Rod Brind’Amour suggérait que deux des quatre officiels travaillent à l’extérieur de la patinoire. Selon l’entraîneur-chef des Hurricanes de la Caroline, le hockey est trop rapide et les hommes rayés sont souvent touchés par des rondelles, et parfois ils entrent en collision avec des joueurs.

« Ce n’est pas la solution, rétorque celui qui a officié lors de 12 finales de la Coupe Stanley. La solution, c’est qu’ils comprennent où ils doivent aller avant qu’un jeu se développe. Et ça s’enseigne, ça s’apprend. Ce n’est manifestement pas le cas en ce moment. Même des arbitres parmi les plus chevronnés, selon le système d’évaluation de la ligue, font des erreurs. »

Notre chroniqueur Martin Leclerc suggérait cette semaine de retirer le droit de contestation aux entraîneurs et permettre aux juges responsables de la vidéo d'intervenir à n’importe quel moment au cours d’un match.

Kerry Fraser n’est pas d’accord avec cette suggestion. Il croit que pour éviter que d’autres bourdes majeures, la solution est ailleurs.

Il y a une meilleure méthode. Il y a cinq officiels affectés à chaque match des séries, en comptant l’arbitre substitut. Servons-nous de cet arbitre en lui donnant un écran pour voir les reprises. Comme une passe avec la main ne peut faire l’objet d’une révision, c’est une décision arbitrale, il pourrait communiquer avec ses collègues sur la glace et statuer sur tel jeu en tant qu’arbitre.

Kerry Fraser

« L’enseignement est déficient »

Avec plus de 2100 matchs derrière la cravate, dont 261 dans les éliminatoires, Kerry Fraser souhaite que moins de décisions soient prises dans un bureau de Toronto, parce que « ces gars-là sont d’anciens joueurs, ils n’ont jamais été arbitres ».

Et il aimerait que des changements surviennent au sein de la structure qui régit l’arbitrage dans la LNH.

« Il doit y avoir de l'imputabilité et ça commence au sommet, dit l’Ontarien de 66 ans. Prenez le Canadien, il a changé de directeur général et d’entraîneur dans le passé. Les propriétaires étaient insatisfaits du rendement de l’équipe et ils ont fait des changements. Les échecs répétitifs chez les arbitres, qui forment une équipe en soi, devraient être traités comme le ferait une franchise de la ligue pour ramener le bateau à bon port. »

Fraser ne croit pas que la Ligue nationale fera appel à son expertise, à cause de ses prises de position au sujet des commotions cérébrales. Il ne croit pas non plus qu’il y aura amélioration en matière d’arbitrage à court terme.

« Ce qui va se passer, fiez-vous sur moi, c’est qu’un tout nouveau contingent de jeunes arbitres avec une expérience minime va être recruté parmi d’anciens joueurs juniors ou de la Ligue américaine, estime-t-il. Il y a du recrutement actif qui se fait pour les convertir à l’arbitrage. Et ce n’est pas parce que tu as joué au hockey de haut niveau que tu vas devenir un bon arbitre ou un bon juge de ligne. Tu dois être formé pour y arriver, c’est un tout autre état d’esprit. Et ce que je constate depuis des années, c’est que l’enseignement est déficient. »

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