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chronique

Pour passer en finale, les Raptors doivent battre le meilleur joueur de la NBA

Giannis Antetokounmpo des Bucks de Milwaukee est surveillé par Kawhi Leonard des Raptors de Toronto.
Giannis Antetokounmpo des Bucks de Milwaukee est surveillé par Kawhi Leonard des Raptors de Toronto. Photo: La Presse canadienne / Frank Gunn
Olivier Paradis-Lemieux

Lors des trois dernières saisons, le parcours des Raptors en éliminatoires s'est arrêté lorsqu'ils ont fait face au meilleur joueur de la NBA. Toronto se trouve à nouveau devant ce défi qui ne leur a jamais souri. Mais cette année, il y a eu un changement de garde. Giannis Antetokounmpo a succédé à LeBron James au sommet de la hiérarchie. Les Bucks de Milwaukee conservent cette fois l'entrée de la finale. Survol de la finale de l'Est en trois questions.

Giannis Antetokounmpo a été le meilleur cette saison, mais peut-il l’être dans les éliminatoires?

Transformés par l’arrivée de l’entraîneur Mike Budenholzer, les Bucks ont commencé la saison sur les chapeaux de roue et n’ont jamais ralenti par la suite pour devenir la seule équipe à gagner 60 matchs en 2018-2019. En séries éliminatoires, ils n’ont perdu qu’un seul match jusqu’à maintenant, le premier de leur série contre les Celtics, qu’ils ont ensuite facilement maîtrisés lors des quatre matchs suivants pendant que le vestiaire de Boston implosait.

Après cinq saisons à Atlanta, Budenholzer est arrivé à la tête des Bucks l’été dernier, en remplacement de Jason Kidd, congédié au cours de la saison. Milwaukee a trouvé en l’entraîneur de 49 ans, assistant pendant 19 ans de Gregg Popovich avec les Spurs, le parfait candidat pour permettre à Giannis Antetokounmpo d’exploiter l’entièreté de son potentiel, virtuellement illimité.

Là où le meilleur joueur de la NBA est absolument unique au monde (et dans l’histoire de la ligue), c’est dans sa capacité à atteindre le panier, en seulement un dribble et deux immenses enjambées, de partout depuis le mi-terrain.

Giannis Antetokounmpo a une envergure de 2,21 mètres.Giannis Antetokounmpo a une envergure de 2,21 mètres. Photo : Reuters / USA Today Sports

Antetoukounmpo n’est pas surnommé le « Greak Freak » pour rien. Ses bras dignes de l’Inspecteur Gadget lui permettent d’enfoncer le ballon à une distance qui paraît, chaque fois, improbable. Ses élans vers le panier font plier les défenses jusqu’à leur point de rupture. Rien n’arrête Giannis. Les Celtics ont notamment tenté la stratégie de former, littéralement, un mur entre Giannis et le panier, sans grands succès, au tour précédent.

C’est que Budenholzer a établi une stratégie assez simple cette saison : faire du Grec de 2,11 m (6 pi 11 po) son meneur de jeu et l’entourer en tout temps de quatre joueurs habiles derrière la ligne de trois points.

Auparavant sous Kidd, Antetokounmpo était parfois placé dans un rôle de meneur de jeu, mais le plus souvent, il était utilisé comme ailier fort ou comme centre dans un système statique (qui n’est pas sans rappeler Ben Simmons avec les 76ers). Il fonçait vers le panier, mais il devait terminer seul ses actions. Maintenant, il peut en tout temps s’en remettre à l’un des Nikola Mirotic, Eric Bledsoe, Khris Middleton, Brooks Lopez, Malcolm Brogdon et autres Ersan Ilyasova, qui ont tous le feu vert pour prendre des tirs de l’extérieur.

La saison dernière, les Bucks étaient au 25e rang pour le nombre de 3 points tentés par match. Cette année, la révolution Budenholzer a propulsé les Bucks jusqu’au 2e rang de la ligue à ce chapitre. Milwaukee prend 10 tirs de longue distance de plus par match.

Avec ce plan de match assez simple, mais presque impossible à contrer, Milwaukee est entré dans l’élite de la NBA et Giannis Antetokounmpo a ravi à LeBron James le titre de meilleur joueur sur la planète, bondissant au-dessus des autres prétendants : James Harden, Kevin Durant… et Kawhi Leonard. Antetokounmpo a augmenté sa moyenne de points (27,7), de rebonds (12,1) et surtout de passes décisives (5,9) dans le système de son nouvel entraîneur.

Giannis Antetokounmpo passe Kawhi Leonard lors d'un match en janvier 2019.Giannis Antetokounmpo passe Kawhi Leonard lors d'un match en janvier 2019. Photo : usa today sports / USA Today Sports

Seule faiblesse notable de Giannis Antetokounmpo : il est lui-même pitoyable au-delà de la ligne. Et à sa sixième saison dans la NBA, il est même en régression dans cette phase de jeu. Il ne réussit que 25 % de ses tirs de 3 points. En bas de 30 %, un joueur ne devrait tout simplement pas tenter ce genre de tirs.

Mais Antetokounmpo convertit plus de 70 % de ses tentatives de tirs à l’intérieur de deux mètres du panier, l’équivalent d’un formidable tireur de 3 points qui réussirait 48 % de ses offrandes.

Aucun joueur de la NBA n’a maintenu cette moyenne cette saison.

Personne ne marque de points dans la NBA avec la même efficacité que Giannis Antetokounmpo.

Sauf Kawhi Leonard depuis le début de ses séries.

Nick Nurse devrait faire confiance à Pascal Siakam pour ralentir, autant que possible, le meilleur joueur du monde. La vivacité de Siakam et sa capacité à suivre Antetokounmpo d’un bout à l’autre du terrain devraient amener l’entraîneur torontois à le préférer à Leonard, mais les deux joueurs-clés de cette série devraient quand même se retrouver de temps à autre l’un face à l’autre.

Kawhi Leonard devra-t-il continuer de tout faire seul, ou presque?

Les Raptors sont venus à bout des 76ers, au cours d’une série où le jeu offensif des hommes de Nick Nurse s’est progressivement détérioré jusqu’à se résumer, au septième match, à remettre le ballon à Kawhi Leonard et à espérer.

Dans les neuf premiers matchs des séries éliminatoires, Leonard a maintenu un taux d’efficacité au tir de 58,8 %, 6 points plus élevés que celui de Giannis!

Défendu par Joël Embiid, Kawhi Leonard décoche le dernier tir du match contre les 76ers alors qu'il ne reste que 0,3 seconde au cadran.Défendu par Joël Embiid, Kawhi Leonard décoche le dernier tir du match contre les 76ers alors qu'il ne reste que 0,3 seconde au cadran. Photo : Reuters / USA Today Sports

Cette moyenne infernale de réussite a toutefois chuté dans les trois derniers duels contre les Sixers à 43 %. L’ailier des Raptors n’a d’ailleurs réussi que 2 de ses 17 dernières tentatives derrière la ligne de trois points au cours de ces trois derniers matchs.

Le tir historique de Leonard à la fin du septième match et ses quatre rebonds miraculeux sur l’anneau ne doivent pas occulter le fait que le robotique ailier a baissé de régime.

Et il fera face à la meilleure défense de la NBA, sur le plan des statistiques, en saison comme dans ces séries éliminatoires. Mike Budenholzer devrait d’ailleurs demander à l’excellent défenseur Khris Middleton de suivre Leonard comme son ombre et l’ailier des Bucks est capable de lutter face aux différents écrans pour se maintenir devant son adversaire.

Leonard devra trouver l’espace pour décocher sa vingtaine de tirs par match, mais les Kyle Lowry, Marc Gasol et Danny Green devront cesser de s’en remettre à leur joueur étoile et prendre eux-mêmes leur part de tirs, lorsqu’ils seront ouverts ou partiellement ouverts.

Serge Ibaka et Kyle Lowry se félicitent de leur performance face aux Warriors de Golden State.Serge Ibaka et Kyle Lowry se félicitent de leur performance face aux Warriors de Golden State. Photo : The Associated Press / Jeff Chiu

Trop souvent contre les 76ers, ces trois Raptors ont passé quantité de tirs de qualité, par peur de les rater, et cette tendance s’est accentuée avec la série.

Pascal Siakam et Serge Ibaka ont été les deux seuls coéquipiers sur qui il a pu compter, à l'attaque, match après match. Ce ne sera pas suffisant contre les Bucks.

Leonard a vécu l'un des moments les plus enivrants de sa carrière lors du septième match contre les Sixers. Mais avec une élimination hâtive, ou une élimination avec un sentiment de trop grande isolation, et l'attrait du soleil de la Californie pourrait s'avérer trop fort pour le convaincre de rester à Toronto. Au-delà d'un possible premier titre, le retour de Leonard l'an prochain est, faut-il le rappeler, l'enjeu principal des présentes séries.

Est-ce que les réservistes des Raptors joueront davantage?

Nick Nurse a peu à peu réduit sa rotation à sept joueurs au cours de la série contre les 76ers, soit les cinq partants, Serge Ibaka (excellent contre Philadelphie) et Fred VanVleet (craintif). Mais cette décision a en partie été forcée par les ajustements de Brett Brown, qui a également coupé son banc. Les deux entraîneurs ont été pris dans une spirale autorenforcée qui les a menés à ne faire jouer que leurs partants, ou presque, dans le septième match.

Mike Budenholzer est têtu et a toute la saison fait confiance à une unité de réservistes, qui a elle-même décidé de reprendre le surnom de la fameuse unité des Raptors de 2017-2018, le « bench mob ».

Lors des présentes séries, les réservistes des Bucks ont inscrit 37,4 points par match et ont même continué de remplir le panier à un rythme plus élevé que lorsqu'Antetokounmpo était sur le terrain.

Malcolm Brogdon a effectué un retour au jeu lors du cinquième match de la série Bucks-Celtics.Malcolm Brogdon a effectué un retour au jeu lors du cinquième match de la série Bucks-Celtics. Photo : Reuters / USA TODAY USPW

De plus, ils profiteront du retour dans la formation du garde Malcolm Brogdon, blessé depuis la mi-mars, qui marquait 15,6 points/match en saison en tant que partant. Mais Budenholzer a décidé de le garder, pour l’instant, sur son banc et de renforcer une unité qui n’en avait décidément pas besoin.

L’équilibre de cette série pourrait rapidement glisser du côté de Milwaukee en raison de ses réservistes si Nurse ne fait pas confiance davantage à ses propres joueurs de banc. Ses partants se fatigueront plus rapidement et devront jouer en fin de match contre un cinq nettement plus reposé.

Le péril est réel, mais il pourrait également être l’occasion pour Nurse de ramener dans sa rotation Jeremy Lin, Norman Powell et Patrick McCaw contre les réservistes des Bucks. OG Anunoby, qui a subi une appendicectomie d’urgence au début des séries, ne sera pas de retour avant la semaine prochaine.

Avec un cinq partant régulièrement épuisé, il est difficile de voir comment les Raptors pourront se qualifier pour la première finale de leur histoire.

Les Raptors ont chauffé les Bucks toute la saison, mais ont finalement perdu deux matchs de plus qu’eux et c’est Milwaukee qui aura l’avantage du terrain dans cette série. D’ailleurs, les Bucks ont remporté trois des quatre affrontements entre les deux formations cette année. Aucun de ces matchs n’a été joué après l’acquisition de Marc Gasol, mais le centre des Raptors devrait être bien moins important dans cette série, où il sera confié au périmètre pour contrer le centre Brooks Lopez, lui aussi capable de tirer de l’extérieur.

Jusqu’à preuve du contraire, c’est l’année des Bucks de Milwaukee dans l’Est.

Prédiction : Milwaukee en six

Bonus, avec un match en retard : Golden State en cinq dans l'Ouest

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